Boehme J.
 
 
 

art
Ni l'idée, ni le sentiment, ni l'image ne sont le véritable fond d'une œuvre d'art, mais la soif du beau qu'éprouve le créateur. « La volonté ne découvre que la source de la soif, elle n'est que la soif même »** - Boehme - « Der Wille findet nichts als nur die Eigenschaft des Hungers, welche er selber ist ».
beauté,création,idée,sentiment,soif

bien
Le Bien n'est pas couleur de rose, mais couleur de sang, du front en flamme ou des yeux en larmes. Le mal est gris, omniprésent, égalisateur. C'est le Bien irréel et non pas le Mal réel qui apporte des couleurs au tableau du monde, et Boehme a tort : « Sans le Mal tout serait incolore, comme un homme sans passions » - « Ohne das Böse wäre alles so farblos, wie ein Mensch ohne Leidenschaften ».
élan,honte,mal,nature,réalité

distances
Pour les mystiques (Boehme, Berdiaev), l'homme est l'image, la vie et l'être du Dieu immotivé. Mais l'homme est de plus en plus envahi par les motifs des hommes : au mystère de l'image il préfère la solution par reproduction, à la vie - la mécanique, à l'être - l'avoir.
argent,contrainte,dieu,être,maîtrise,robot,style,vie

hommes
Deux erreurs des hommes : celle du mouton - vouloir faire partie d'une forêt ou même être soi-même une forêt, ou celle du robot - ne se prendre que pour une branche d'arbre. « La sottise, c'est qu'une branche se prenne pour un arbre entier » - Boehme - « Was Thorheit ists, daß der Zweig will ein eigener Baum seyn » - l'homme, qui ne retrouve pas en soi tous les attributs de l'arbre, est voué à ne rester qu'une souche.
arbre,concept,intelligence,mouton,robot

ironie
D'autres cherchent la paix - en cultivant la révolte et l'angoisse. J'élève ma tour d'ivoire pacifique, au milieu de mes ruines résignées. La paix en est la forme, pour mieux préserver un fond lancinant. Les profondeurs sont vouées à la mesure imperturbée des ondes, et la hauteur - à l'écoute incertaine de la musique. Boehme a tort : « Qui ne désire que son repos, ne connaît pas ses propres profondeurs »** - « Wer sich nur um seine Stille kümmert, kennt seine eigene Tiefe nicht » - il ne connaîtra surtout pas la hauteur divine.
acquiescement,angoisse,auteur,château,hauteur,ruines,sentiment

mot
Sans m'être enraciné dans le français, j'en réclamai des fleurs ; ce que se permit ma compatriote, comtesse de Ségur, m'était interdit. L'arbre français me répondit par le silence de ses ramages ; je dus lui inventer un souffle, pour que mes feuilles bruissent. « Dans une langue d’emprunt, les mots existent non en vous mais hors de vous »*** - Cioran. Sans entendre la musique à ses nœuds, accords des mots justes, je dus confier mon visage aux couleurs de ses mots troubles, juchés près de la cime ; mais je n'envie pas ceux qui, à l'inverse, peuvent dire : « Je ne suis que parole, il me faut un visage » - Jabès. Je vise l'octopus profond, c'est l'occiput superficiel qui émerge. Je dois me résigner à n'être connu que par l'extérieur, puisque « l'intérieur de l'homme se révèle par la musique de sa parole » - Boehme - « das Innerliche arbeitet stets zur Offenbarung durch den Schall des Worts ».
arbre,auteur,création,france,intensité,langue,musique,russie,voix

noblesse
Pourquoi les âmes finirent-elles par devenir, comme les cervelles, tièdes, sans frisson ni fièvre ni éclat ? Parce qu'on suivit la recette platonicienne mal comprise : les nourrir. Mais au lieu de ne sélectionner que des aliments immatériels, composés d'élans et d'étonnements, pour en entretenir la pure flamme, on les encombra avec des matières lourdes, lois ou algorithmes, qui y éteignirent toute étincelle. « Étant grossier, tout esprit s'ignore et désire la chair, comme aliment et volupté »** - Boehme - « Ein jeder Geist ist rohe, und kennet sich nicht : nun begehret ein jeder Geist Leib, beides zu einer Speise und Wonne » - c'est dans l'image ou dans la donzelle que l'esprit entretient la belle illusion de soi.
âme,ange,caresse,élan,esprit,étonnement,femme,intensité,matière,raison,…

noblesse
La seule beauté au ciel, c'est mon étoile. Tout ce qu'elle illumine sur terre se met à danser, au milieu de ce qui marche ou rampe. « Comme la terre me paraît vile, quand je regarde le ciel ! »* - Loyola - « ¡ Qué vil me parece la tierra, cuando contemplo el cielo ! ». Et le chemin n'est pas long : « Dieu est au ciel, et le ciel est en toi »** - Boehme - « Gott ist im Himmel, und der Himmel ist im Menschen ».
bassesse,beauté,chemin,danse,dieu,éléments,étoile,soi
Boehme J.