Voltaire F.-M.
 
 
 

action
Exercices de circonstances - c'est ainsi que Voltaire et Val√©ry voyaient la po√©sie. Bander, de temps en temps, mon arc et ne pas craindre de rejoindre l‚Äôau-del√† sans vider mon carquois. L'essentiel n'est ni dans les fl√®ches, ni dans les cibles, mais dans l'attouchement de certaines cordes et leur bonne tension. « L'espoir, c'est la fl√®che qui vole, tout en restant au fond du carquois »** - Kierkegaard.
espérance,flèche

voltaire f.-m.
L'homme est né pour l'action, comme le feu tend en haut et la pierre en bas.
action
L'action est toujours du c√īt√© des pierres qui roulent, ce qui pousse les porteurs d'un feu int√©rieur √† s'accrocher √† l'inaction, m√™me sous la forme de l'action absurde et symbolique de Sisyphe, qui ne fait que caresser les pierres (G.Bachelard) : que tes yeux se baissent ; que ton regard reste tendu vers le haut.
amour,caresse,éléments,hauteur,regard

amour
La passion est un besoin soudain de sacrifier ce qui est fort ou de rester fid√®le √† ce qui est faible. L'esprit, l'√Ęme ou le corps sont les organes, en g√©n√©ral ‚Äď exclusifs, de ces r√©sistances √† l'inertie ambiante. Mais seul l'amour les aligne de front, tous les trois : « L'amour est de toutes les passions la plus forte, parce qu'elle attaque √† la fois la t√™te, le cŇďur et le corps » - Voltaire.
√Ęme,caresse,cŇďur,esprit,force,sacrifice

voltaire f.-m.
On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d'aimer et d'être aimable.
amour
La première de ces morts n'est pas inconsolable, depuis qu'on inventa la résurrection, qui est le retour vers l'amour-mystère, une fois épuisé l'amour-solution.
consolation,mort,mystère,retour

art
Les Chateaubriand et les J.Joubert (les Goethe et les Lichtenberg, les Nabokov et les Chestov) semblent √™tre incompatibles. Le second se serait mis √† imiter le premier - le rire de l'auteur nous emp√™cherait de nous √©mouvoir. Le premier se serait aventur√© dans le genre du second - le rire du lecteur compromettrait toute estime. Il est clair qu'entre Chateaubriand et rien il y ait moins d'espace qu'entre Joubert et n'importe qui. Des exceptions : Shakespeare, Voltaire, Nietzsche, Tolsto√Į.
école,esprit,ironie,maxime

art
Partout s'imposa l'√©criture sobre et lin√©aire ; aucune trace de l'ivresse hyperbolique (Chateaubriand et Dostoievsky), parabolique (Voltaire et Nietzsche) ou elliptique (Hugo et Tolsto√Į).
folie,ironie

art
Quelle chance eut la France avec Voltaire et Chateaubriand en tant que juges compl√©mentaires en esth√©tique ! Tout bon √©crivain fran√ßais devrait les avoir en vue, en permanence : l'ironie du premier l'emp√™cherait de ne se vouer qu'√† l'exalt√©, et la noblesse du second lui d√©sapprendrait √† ne fr√©quenter que le genre persifleur.
élan,france,ironie,noblesse

voltaire f.-m.
Les livres les plus utiles sont ceux, dont les lecteurs font eux-m√™mes la moiti√© ; ils √©tendent la pens√©e, dont on leur pr√©sente le germe.
art
C'est une simplification alg√©brique et botanique : la lecture d'un beau livre est unification de l'arbre interrogatif de l'auteur avec l'arbre interpr√©tatif du lecteur, dont le r√©sultat n'est pas une somme mais un troisi√®me arbre, o√Ļ des rameaux furent substitu√©s aux variables. Les germes doivent √™tre pleins d'inconnues pr√™tes √† s'unifier avec des fleurs ou des fruits.
arbre,idée,interprétation

voltaire f.-m.
L'écriture est la peinture de la voix.
art
Expos√©e au mus√©e, peut-√™tre. Mais elle s'adresse plus souvent aux greniers ou, mieux, aux souterrains, o√Ļ les hurlements et les soupirs ont la m√™me √©paisseur de pinceau. L'ennui de notre temps est que les hommes, n'ayant ni leur propre voix ni le talent d'en inventer une autre, se mettent √† √©crire. Il faut √™tre m√©galomane, pour bien √©crire, mais ce don est interdit aux graphomanes.
ennui,grandeur,modernité,ruines,souffrance,voix

voltaire f.-m.
Le secret d'ennuyer, c'est de vouloir tout dire.
art
Le pire des holismes litt√©raires est le bourrage raisonneur, en largeur (compl√©tude, liaisons). Il faut savoir s'arr√™ter en profondeur - laisser le lecteur s'appesantir sur le dernier pas, qu'on ne fait pas soi-m√™me. « Quand on n'a pas de talent, on dit tout. L'homme de talent choisit et se contient »* - Quintilien. Ou bien on cherche √† conter, √† tout dire par algorithme ; ou bien √† chanter, viser tout en rythmes. D√©muni de po√©sie, on en cherche des ersatz : l'action, la v√©rit√©, la libert√© : « La premi√®re des libert√©s est la libert√© de tout dire » - Blanchot. Du tout au rien ou du rien au tout - les itin√©raires de ceux qui ne visent pas le ciel. Les meilleurs sont dans l'√©ternel retour sur le soi-m√™me imaginaire, retour fait de commencements d'intensit√© √©gale.
action,chemin,contrainte,danse,discursif,ennui,esprit,éternité,étoile,hauteur,…

bien
Je veux suivre la vertu, la tol√©rance, la compassion, ou bien je c√®de au vice, √† la passion, au m√©pris ‚Äď on s'aper√ßoit tr√®s vite, que la seconde attitude est plus prometteuse, pour s√©duire ; les sots finissent par n'exhiber que ces noires valeurs et par avoir honte des couleurs trop transparentes : « Un monstre gai vaut mieux qu'un sentimental ennuyeux » - Voltaire. Le sage prend en charge l'axe entier, sur lequel toute valeur re√ßoit la m√™me intensit√© de ses pinceaux.
axe,ennui,haine,honte,intelligence,mal

ovide
Video meliora, proboque, deteriora sequor.

Je vois le meilleur, l'approuve et fais le pire.
bien
Le mal se cache dans le Bien, je l'extirpe et le Bien me quitte. J'aurais fait le meilleur, d'autres juges l'auraient condamn√©, d'autres yeux y auraient vu le pire. Le conflit n'est pas entre ma libert√© et la pens√©e, il est entre mon bras et ma t√™te. Et il n'est jamais certain, qui, entre les deux, est plus s√©culier ou plus spirituel. Ce qui est certain, c'est que d√®s que j'agis, je suis au service de l'acrasie. Le meilleur en moi est peut-√™tre dans la facult√© de voir le pire dans ce que d'autres, en moi, saluent. Ni St Paul, ni Racine (« Je ne fais pas le bien que j'aime, et je fais le mal que je hais »), ni Voltaire ne t'ont compris. Le Bien se loge dans le regard. La cervelle est un bon interlocuteur des yeux ou des bras, elle n'en est n√©anmoins pas un interm√©diaire fid√®le. C'est √† Adam et √ąve que nous devons le passage fatal du choix entre bon et meilleur vers celui entre Bien et mal.
action,esprit,haine,honte,justice,liberté,mal,raison,regard,sacrifice,…

voltaire f.-m.
C'est n'être bon à rien que n'être bon qu'à soi.
bien
Le sot, qui est toujours bon à soi, mais aussi aux autres, vaut quelque chose. Le sage, qui n'est jamais bon à soi et encore moins aux autres, a des chances d'être bon à quelque chose.
esprit,hommes,soi

voltaire f.-m.
Le mieux est l'ennemi du bien.
bien
Le vrai Bien m'est donn√© avant m√™me que je l√®ve mon bras ; viser le mieux, c'est d√©j√† engager un combat : « Tu g√Ęches le bon, en luttant pour le mieux » - Shakespeare - « Striving to better, we mar what's well ». M√™me les anges sont contraints parfois √† la lutte. Pour chuter. D√©chus, ils font la b√™te et se servent de leurs ailes, pour marcher, au lieu de danser.
action,ange,commencement,danse,lutte

france a.
Il faut donner à la vie humaine pour témoins et pour juges l'Ironie et la Pitié.
bien
Ce serait le proc√®s de la vie le plus √©quitable ! Il faut emp√™cher l'Ironie de se pr√©senter en tant que Procureur, et la Piti√© - en tant que circonstance att√©nuante. L'Ironie, en souriant, nous rend la vie aimable ; la Piti√©, qui pleure, nous la rend sacr√©e. Difficile de les voir cohabiter ; Voltaire, devenu larmoyant, ou Rousseau, devenu caustique, y perdraient beaucoup de leur verve.
ironie,pitié,sacré,tragédie,vie

cité
L'homme libre d'aujourd'hui ne connut ni l'√©lan, ni l'√©cart√®lement, ni le joug d'une idylle politique, d√©fiant la force de l'argent. Il ne connut que le r√®gne, sans partage, du boutiquier. Les cobayes des exp√©riences po√©tico-inquisitoriales devinent plus ais√©ment les d√©lices d'une soci√©t√© des marchands, que les adeptes de la v√©rit√© √©conomique n'imaginent les horreurs d'une v√©rit√© utopique faite chair. Plus on est libre, plus on est aveugle. « Voltaire a dit : plus les hommes seront √©clair√©s et plus ils seront libres. Ses successeurs ont dit au peuple, que plus il serait libre, plus il serait √©clair√© ; ce qui a tout perdu » - Rivarol.
argent,élan,hommes,intensité,liberté,ombre,rêve,vérité

cité
Le meilleur compagnon du prince, aujourd'hui, est le journaliste. Et dire qu'on vit Anaxagore admir√© par P√©ricl√®s, Aristote et Pyrrhon aupr√®s d'Alexandre, S√©n√®que √©cout√© par N√©ron, Bo√®ce tol√©r√© par Th√©odoric, Thomas d'Aquin invit√© par St Louis, Pic de la Mirandole avec son m√©c√®ne Laurent le Magnifique, √Črasme aupr√®s de Charles-Quint et de Vinci aupr√®s de Fran√ßois 1er, Th.More appr√©ci√© de Henry VIII, Michel-Ange recherch√© par Jules II, F.Bacon par Elizabeth, Leibniz par Pierre le Grand, Voltaire par le Grand Fr√©d√©ric, Diderot par la Grande Catherine et m√™me Malraux par de Gaulle, ou tout au moins Guitton par Mitterand. Je pr√©dis, que les prochains princes seront journalistes, eux-m√™mes. « Qualis grex, talus rex ».
antiquit√©,moyen √Ęge,modernit√©,philosophie,platitude

cité
Mon acharnement contre les forts (et le robot, son aboutissement) parach√®ve (?) une longue, et assez st√©rile, tradition fran√ßaise, o√Ļ la cible fut : les scolastiques (Descartes), les cl√©ricaux (Voltaire), les gentilshommes (Rousseau), les bourgeois (Flaubert), les intellectuels (mes contemporains). H√©las, vitup√©rer les zombies - Dieu, le peuple, l'ignorance - est un exercice sans gr√Ęce.
auteur,dieu,fl√®che,force,gr√Ęce,hommes,moyen √Ęge,r√©volte,robot,savoir

cité
L'effet d√©sastreux d'une libert√© acquise : on succombe √† une l√©thargique paix d'√Ęme. Et ce n'est pas par hasard qu'on les mette souvent ensemble, soit en repus : « Je consacre mes retraites √† ma libert√©, √† ma tranquillit√© » - Montaigne, soit en plaisantin : « Le repos et la libert√©, les rois ne les donnent point, ou plut√īt qu'ils √ītent » - Voltaire, soit en d√©pit√©, amoureux ou vaniteux : « Ici-bas, nulle trace d'un autre bonheur, que la tranquillit√© et la libert√© » - Pouchkine - « –Ě–į —Ā–≤–Ķ—ā–Ķ —Ā—á–į—Ā—ā—Ć—Ź –Ĺ–Ķ—ā, –Ĺ–ĺ –Ķ—Ā—ā—Ć –Ņ–ĺ–ļ–ĺ–Ļ –ł –≤–ĺ–Ľ—Ź ». Dommage, puisqu'on sait bien, que ce sont les esclaves de deux ma√ģtres, d'Apollon et de Dionysos, qui r√©ussissent le mieux les nobles t√Ęches de beaut√© et d'intranquillit√©.
angoisse,beauté,bonheur,élan,liberté,noblesse

cité
L'esprit ou l'√Ęme s'enflamment facilement, quand on en appelle √† la g√©n√©rosit√©, pour se lancer dans des aventures de la cit√©, tandis que le cŇďur reste fid√®le √† sa vocation de solitaire. C'est pourquoi les messages de Voltaire (l'esprit de libert√©) et de Tolsto√Į (l'√Ęme compatissante) jou√®rent un r√īle si n√©faste dans les f√©rocit√©s r√©volutionnaires fran√ßaises et russes, tandis que le romantisme allemand (le cŇďur r√™veur) excluait toute fraternit√© dans la rue avec des philistins.
allemagne,√Ęme,cŇďur,esprit,fraternit√©,romantisme,russie,solitude

cité
Il fallut vivre les affreuses ténèbres du XX-ème siècle, pourtant nées des Lumières du XVIII-ème, pour assister à la fin d'une époque, qui dura deux siècles et demis, de Voltaire à Sartre, de Radichtchev à Soljénitsyne, de Goethe à H.Böll, ces hommes, qui portaient en eux toute la douloureuse conscience de l'humanité, et dont la parole portait quelque chose de surhumain. Aujourd'hui, il ne nous restent que des écologistes, des tiers-mondistes, des ardents défenseurs de la croissance ou des farouches adversaires de la discipline budgétaire.
argent,hommes,honte,modernité,mot,ombre

cité
Prenez les philosophes nobles ‚Äď Voltaire, Marx, Nietzsche ‚Äď et voyez vers o√Ļ nous conduisent leurs adeptes ‚Äď la terreur, la f√©rocit√©, la mis√®re. Et voici ceux, dont n'√©manent que la banalit√© et l'ennui ‚Äď Descartes, Spinoza, Kant ‚Äď mais admirez leur r√īle dans les soci√©t√©s d√©mocratiques, justes et prosp√®res.
ennui,justice,liberté,misère,noblesse,philosophie

cité
Le communisme est enfant des Lumi√®res (Voltaire, Rousseau, Danton), comme le nazisme est celui de la Renaissance ou du Moyen √āge (la Propagande de Goebbels s'inspira de la propaganda fide de la Curie romaine, comme le mod√®le de la SS de Himmler, ce Loyola de Hitler, fut l'Ordre des J√©suites, qui fut le mod√®le originel de tout totalitarisme) ; mais le nihilisme de leurs homme ou ordre nouveaux doit beaucoup aux nouvelles valeurs de Nietzsche.
allemagne,axe,hommes,moyen √Ęge,nihilisme,russie

voltaire f.-m.
Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu.
cité
Elle s'en m√™la pour de bon ; personne ne s'inqui√©ta des pertes. Ses trouvailles captiv√®rent le raisonneur.
bassesse,défaite,raison

doute
√Čtranges √©tiquettes - « inutile et incertain » - que Pascal attribue √† Descartes, tandis que celui-ci n'est justement qu'utile et certain. Comme ce lourdaud de Spinoza bourr√© de connaissances pratiques et trait√© par Voltaire de « subtil et creux ».
go√Ľt,intelligence,platitude,savoir,simplicit√©,utilit√©,vide

doute
Deux porte-voix possibles, pour m'exprimer : le soi connu ou le soi inconnu. Mes ma√ģtrises et mes exp√©riences, ou mes perditions et mes r√™ves ? Dois-je coller mon verbe √† mon corps et √† mon esprit, pour qu'il en soit solidaire, ou bien dois-je cr√©er un personnage imaginaire, en contact myst√©rieux avec mon √Ęme irresponsable, tenant des propos impr√©visibles ? Je penche pour le second choix, mais ce que furent Socrate pour Platon, Zadig pour Voltaire, Zarathoustra pour Nietzsche, s'appelle, chez moi, - mon soi inconnu.
√Ęme,auteur,esprit,impossible,ma√ģtrise,myst√®re,r√™ve,soi

sénèque
Ignotus moritur sibi

Tu mourras, inconnu de toi-même
doute
Et peu importe si les autres te connurent ou pas. « Sommes-nous √† jamais condamn√©s √† nous ignorer ?  » - Voltaire ‚Äď il faudrait y pr√©f√©rer l'ignorance √©toil√©e √† la connaissance √©tiol√©e.
impossible,savoir,soi

voltaire f.-m.
Les petits ruisseaux sont transparents, parce qu'ils sont peu profonds.
doute
Les grands fleuves sont troubles, parce qu'ils noient une vraie profondeur et laissent flotter une fausse planche de salut.
consolation,grandeur,hauteur,mensonge,vie

voltaire f.-m.
Nos pr√™tres ne sont pas ce que le vain peuple pense ;
Notre crédulité fait toute leur science.
doute
Ma foi, quand je vois l'élite non vaine, débarrassée de toute crédulité, ne faire que calculer et mémoriser, j'ai de la sympathie pour la vanité frissonnante et angoissée de l'ignorant. La science du comptable reçoit des cahiers des charges, l'ignorance du prêtre - des chuchotements, des gémissements, des hontes. Il faut prendre le prêtre pour une bocca della verità.
angoisse,auteur,hommes,mémoire,religion,révolte,robot,savoir,utilité,vérité

hommes
Les contemporains de Montaigne, de Pascal, de Voltaire, de Hugo, de Val√©ry se lamentaient, exactement comme les n√ītres, sur la dissolution des sens, l'effondrement des principes, la d√©ch√©ance des hommes, la d√©sint√©gration de l'humanit√©. La seule diff√©rence notable est que nous sommes contemporains des houellebecq. Ceux-l√† furent h√©ritiers d'une grande culture, et ils concevaient leurs propres commencements ; ceux-ci sont porte-parole accumulatifs d'une inculture moutonni√®re ou robotique.
art,commencement,culture,modernité,mouton,robot

hommes
Aucune parent√© avec la France de Moli√®re, Marivaux, Guitry, Sollers ne m'est pensable ; des sentiments filiaux et presque tribaux pour la France de Montaigne, Voltaire, Val√©ry, R.Debray. Je sais que c'est la premi√®re France qui domine, et a toujours domin√©, dans les ‚Ķ cŇďurs des Fran√ßais, et la seconde - seulement dans leurs t√™tes.
auteur,cŇďur,esprit,france,proximit√©

hommes
De tous les temps, on savait, que tout syst√®me de pens√©e √©tait r√©futable (falsifiable), mais, pour garder quelques rep√®res et √©viter un relativisme g√©n√©ral, mesquin et chaotique, certains hommes b√©n√©ficiaient d'un statut de presque intouchables, de micro-sacr√©s (on n'embastille pas Voltaire), les hostilit√©s se d√©roulant autour, et non pas face √† ces idoles tol√©r√©es. Aujourd'hui, toute autorit√©, morale ou intellectuelle, disparut ; la guerre de tous contre tous, le rabaissement imm√©diat de toute voix ambitieuse, l'agitation dans des mares et l'oubli des oc√©ans.
grandeur,lutte,modernité,voix

hommes
Souvent, pour briller au second rang, on s'√©clipse au premier (Voltaire) ; ceci n'est vrai que parce que le clinquant vient du rang et non de l'homme. La vraie sc√®ne n'est pas toujours du c√īt√© des gros projecteurs ; elle peut choisir ses planches jusqu'au paradis, en l'absence des lustres.
élite,gloire,jeu,ombre

hommes
L'ordinaire se d√©versant aujourd'hui de toutes les plumes, on devrait, d'apr√®s Voltaire : « Un art entre en d√©cadence, lorsqu'on y met moins le souci du beau que celui du bizarre » - saluer la bonne sant√© de notre art. Non, plut√īt une haute d√©cadence des grimoires que de basses cadences des miroirs. Val√©ry exag√©rait moins : « est beau ce qui est rare ».
art,beauté,grandeur,hauteur,modernité,mouton

voltaire f.-m.
√Ä tous les cŇďurs bien n√©s que la patrie est ch√®re.
hommes
Le cŇďur, c'est la musique ou le chuchotement d'un langage. La t√™te, c'est l'appel des questions et la port√©e des r√©ponses. Le monde s'exerce de plus en plus en dialogues et se moque de soliloques musicaux. La patrie des t√™tes sera unique, elle s'appelle la Bourse. Les cŇďurs d√©chus garderont leurs titres de noblesse virtuelle et leurs superstitions rituelles dans un monde r√©publicain et la√Įc.
argent,cit√©,cŇďur,d√©faite,langue,musique,noblesse,question,raison,solitude

baudelaire ch.
Je m'ennuie en France, parce que tout le monde y ressemble à Voltaire.
hommes
Tu serais heureux aujourd'hui, en France, o√Ļ tout le monde te ressemble, √† toi et √† tes acolytes, √† des B.-H.L√©vy, J.-L.Servan-Schreiber, A.Glucksmann, A.Minc, Sollers. L'√©crivain, ce n'est pas sa didactique, mais ses m√©taphores. Et le bon vieil archer de Voltaire se rit de vos fl√®ches imprudentes.
art,discursif,ennui,flèche,france,métaphore,universel

intelligence
Des jeux pseudo-logiques avec des concepts tir√©s au hasard des soutenances de th√®ses, en psychologie ou en physiologie, ce charabia insipide de la professoresque clanique, s'attachant, au gr√© des modes, au rationaliste le plus absolu, au charlatan de Vienne ou au dingue de Turin, mais sans leur talent, dans cette niche logomachique aliment√©e par Husserl et Heidegger, Sartre et Badiou, o√Ļ l'on refuse √† Pascal, Voltaire ou Val√©ry le titre de philosophe, que s'arrogent tous ces arides pontifes de facult√© Barthes, Foucault, Deleuze, RicŇďur, Derrida. Si√®cle de Dozenten et d'agr√©g√©s !
école,folie,idée,jeu,philosophie,platitude,raison,représentation

intelligence
Transcendance ou immanence, dehors ou dedans, √™tre ou √©tant, nature ou histoire, essence ou existence - aucune m√©taphore int√©ressante n'est jamais sortie ni de leur dialectique ni de leur opposition. Ce d√©bat ne put jamais attirer que des rats de biblioth√®ques. Et comme ce bon vieux Voltaire a, une fois de plus, raison : « L'id√©e de l'√™tre en g√©n√©ral - j'ai soup√ßonn√©, qu'il n'√©tait point n√©cessaire, que nous le sussions »** !
école,être,histoire,métaphore,nature,philosophie,religion

intelligence
Le math√©maticien sait que les triangles n'existent pas dans la r√©alit√©, mais qu'ils sont des objets de ses repr√©sentations (Parm√©nide, Platon ou Heidegger les auraient vus jusque dans l'√™tre fantomatique), des cr√©ations de leur libre arbitre, qui, miraculeusement, ne sont jamais d√©savou√©es par la r√©alit√©. Mais l'homme de la rue, tel Voltaire, pense le contraire : « Il y a des carr√©s, mais il n'y a point d'√™tre g√©n√©ral, qui s'appelle ainsi ». Des objets math√©matiques tapissent tout le fond de l'√™tre.
concept,être,liberté,philosophie,réalité,représentation,science

voltaire f.-m.
L'instinct, c'est tout sentiment et tout acte qui prévient la réflexion.
intelligence
L'instinct est la r√©flexion c√Ębl√©e, qui pr√©vient la r√©flexion explicite ! Dans celle-l√†, on ne voit pas le m√©canisme, silencieux et mieux huil√© que dans celle-ci, aux syllogismes nus. Le r√©flexe intervient pour se passer de r√©flexion. La r√©flexion banale est inductive, elle se r√©sume en r√©flexes ; mais la r√©flexion la plus subtile ‚Äď et irrempla√ßable ‚Äď est abductive : seul le qui, au-dessus du quoi, peut justifier les pourquoi et comment.
action,raison,sentiment

ironie
De l'abus de n√©gation de la n√©gation : Nietzsche n'a ni l'ironie ni la gaiet√©, mais il proclame partir de l'ironie (le mot, en tout cas, signifiant, √† l'origine, requ√™te), voit sa n√©gation dans le s√©rieux, nie celui-ci, pour tomber sur la gaiet√©, dont il cro√ģt inonder le public incr√©dule. « On ne peut gu√®re rester s√©rieusement avec soi-m√™me ; c'est parce qu'on est frivole qu'on ne se pend pas » - Voltaire.
bonheur,doute,mort,négation,platitude,question,soi

ironie
Ce que Voltaire dit des (bons) genres vaut pour les syst√®mes : sans ou avec un syst√®me on n'√©choue que par l'ennui.
art,défaite,raison,système

ironie
La perfection m√©canique (en solution de probl√®mes humains) n'a rien √† voir avec la perfection organique (le probl√®me du myst√®re divin). Dommage que mon vieux Voltaire n'ait pas compris la perfection du meilleur des mondes possibles, que pr√īnait mon ami Leibniz, qui m'est si proche par ses horizons, par sa culture linguistique, par son exp√©rience et m√™me peut-√™tre par ses origines.
auteur,culture,dieu,hommes,mot,mystère,nature

ironie
Ah, s‚Äôil √©tait possible de r√©unir l‚Äôironie, les yeux, les finalit√©s de Voltaire avec la honte, le regard, les commencements de Rousseau ! Le luxe avec l‚Äôasc√®se !
commencement,honte,regard

ironie
Pourquoi l'homme Nietzsche est si mesquin et malheureux ? - parce qu'il lui manque l'ironie, ce contraire du s√©rieux et du grave (dans la vie et dans l'art), et la piti√©, ce compagnon du Bien (dans la vie). Ignorant ces deux √©lans, il les opposait ; pour lui, l'ironie de Voltaire et la piti√© de Rousseau furent incompatibles.
art,bassesse,bien,bonheur,élan,négation,pitié,vie

ironie
Quand on voit o√Ļ nous conduit l‚Äôintelligence m√©canique, on est tent√© de succomber √† la b√™tise organique, mais ce geste exige beaucoup de talent : « On n‚Äôa jamais employ√© tant d‚Äôesprit √† vouloir nous rendre b√™tes » - Voltaire (de Rousseau).
esprit,intelligence,nature,robot,style

mot
J'aimerais √™tre contest√©, plut√īt qu'√™tre constat√©. On constate les id√©es, et l'on conteste les mots. Le constat est un acte d'horizontalit√© ; la contestation - celui de verticalit√©. Tente donc de t'installer en hauteur, d'o√Ļ tu pourrais verser un « d√©luge de mots sur un d√©sert d'id√©es » - Voltaire.
désert,hauteur,idée,lutte,platitude

mot
Avec la mort de Dieu, √™tre enthousiaste (poss√©d√© par Dieu) devint incongru ; tout le monde serait aujourd‚Äôhui d‚Äôaccord avec Voltaire, pour qui l‚Äôenthousiasme fut « l‚Äô√©motion d‚Äôentrailles », « tremblements de la Pythie poss√©d√©e », l‚Äôinspirateur de la Saint-Barth√©l√©my.
dieu,enthousiasme,mort

voltaire f.-m.
Les paroles sont aux pens√©es ce que l'or est aux diamants : il est n√©cessaire, pour les mettre en Ňďuvre, mais il en faut peu.
mot
La forfanterie des pensées endiamantées, dans des fêtes de l'utile, va de pair avec l'incapacité de dorer les mots, dans la révolte de l'inutile.
idée,nécessité,style,utilité

noblesse
Ce que n'importe qui peut dire, il faut le taire ; ce qu'on ne peut que dire, et non pas chanter, il faut le taire ; ce qu'un autre peut chanter, ce n'est pas la peine que je le dise ; ce qui est dit ne peut pas √™tre chant√© ; il ne reste au dire qu'un champ de silences ou un commentaire du chant. Et Voltaire : « Ce qui est trop sot pour √™tre dit, on le chante » - aurait pu ou d√Ľ mettre vague ou beau, √† la place de sot, pour d√©fier Wittgenstein ou laisser Zadig inspirer Zarathoustra : « Chante ! Ne parle plus ! » - « Singe ! Sprich nicht mehr ! ». Le silence est une contrainte, plus qu'un moyen.
contrainte,danse,doute,esprit,intelligence,mot

noblesse
Je suis indiff√©rent √† Platon, √† Spinoza, √† Kant ; mais je ne puis pas en √™tre ennemi ; combattre la grisaille, c'est profaner mes propres couleurs. Mais il faut que je sache me dresser en ennemi de St¬†Augustin, de Voltaire, de Nietzsche, pour mettre √† l'√©preuve mes palettes.
auteur,ironie,lutte

proximité
La distance est aussi peu absence que le silence - oubli. « Dieu ? Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas »** - Voltaire.
dieu,mémoire

proximité
Dieu est un trag√©dien, devant un public n'osant pas pleurer. (« Dieu est un comique, qui joue devant un public, qui a peur de rire » - Voltaire). Les sots √©crivent, pour nous faire passer l'envie des larmes ; les na√Įfs - pour nous les faire venir ; les subtils - pour les recueillir. « L'art sert √† nous essuyer les yeux »* - K.Kraus - « Die Kunst dient dazu, uns die Augen auszuwischen » - et la philosophie compl√®te la t√Ęche, en remplissant nos yeux d'√©clat ou d'esp√©rances.
art,dieu,esp√©rance,go√Ľt,philosophie,simplicit√©,souffrance,trag√©die

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Ne pas √™tre ath√©e : ne pas pouvoir imaginer que la simple application des lois physiques, chimiques et biologiques puisse aboutir √† l'apparition de l'Ňďil, de l'oreille, de la langue, du cerveau. Ne pas √™tre croyant : rejeter toute id√©e que le Cr√©ateur ait pu se manifester quelque part, dans l'Histoire de la Terre, sous quelque forme que ce soit. Ces deux n√©gations sont √† la base de la raison de d√©sesp√©rer et de la raison tout court, celle qui nous parle d'esp√©rance. Si je r√©ussis ces deux gageures, j'aurai droit √† l'inscription panth√©onique de Voltaire : « Il combattit les ath√©es et les fanatiques ».
auteur,création,dieu,espérance,histoire,impossible,lutte,négation

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L'artiste peut se permettre des mensonges iconoclastes √† peindre ; le peuple aurait besoin de mensonges idol√Ętriques, transmis par des fripons ; quand on voit les r√©sultats minables des pr√™ches antichr√©tiens, contre la d√©votion ou contre la morale, de Voltaire ou de Nietzsche, on a envie de remobiliser l'Inquisition et de rehausser les b√Ľchers, puisque tout feu est d√©sormais √©teint, et y r√®gne un terre-√†-terre asphyxiant.
art,bassesse,christianisme,création,éléments,mensonge

russie
L'intellectuel russe est né d'une larme compatissante. Son homonyme européen - des débats autour des faits divers. La pitié de Radichtchev pour le paysan miséreux, ou l'implication de Voltaire dans la révision de procédures judiciaires. Tenir la conscience en éveil ou susciter un écho journalistique. Être attiré par le tragi-comique ou par le curieux.
bien,europe,honte,pitié,tragédie

russie
Les plus fran√ßais des √©crivains russes : Pouchkine, Tiouttchev, M.Boulgakov. Les plus russes des fran√ßais : Rousseau, Lamennais, A.France. Savoir sourire √† tout, savoir s'apitoyer sur tous. √Ä propos, le plus fran√ßais des Allemands, ce serait, ma foi, Nietzsche, qui a d√Ľ avoir sous les yeux Voltaire et Rousseau, pour exclure de son champ, par souci d'originalit√©, leurs th√®mes centraux - l'ironie et la piti√©.
allemagne,art,france,ironie,pitié

russie
St-P√©tersbourg, « la ville la plus abstraite et pr√©m√©dit√©e » du monde (Dosto√Įevsky - « —Ā–į–ľ—č–Ļ –ĺ—ā–≤–Ľ–Ķ—á—Ď–Ĺ–Ĺ—č–Ļ –ł —É–ľ—č—ą–Ľ–Ķ–Ĺ–Ĺ—č–Ļ –≥–ĺ—Ä–ĺ–ī »), une esp√®ce d'Anti-Al√©thoville de Voltaire, c'est ce qu'il faut faire du sous-sol de son soi, servant tant√īt de ruines d'un pass√© sans piti√©, tant√īt de fen√™tre sur un avenir sans honte. La meilleure fen√™tre est celle, √† travers laquelle « le ciel d√©verse sa pl√©nitude √† la rencontre de ma piti√© »* - Camus. Venise pourrait disputer √† St-P√©tersbourg les lauriers de l'exil permanent, artificiel et inspirateur.
artificiel,création,honte,pitié,ruines,soi,temps,vide

russie
C'est dans le liquide que s'√©ploie l'√Ęme russe : dans le sang, dans la sueur, dans la larme, dans la vodka. Le cerveau semble en √™tre √©galement atteint : « Le cerveau russe est mouill√© ; il ne flambe pas du feu de l'intelligence, et quand tombe en lui l'√©tincelle du savoir, il s'enfume et s'√©teint »* - Gorky - « –°—č—Ä–ĺ–Ļ —Ä—É—Ā—Ā–ļ–ł–Ļ –ľ–ĺ–∑–≥ –Ĺ–Ķ –≤—Ā–Ņ—č—Ö–ł–≤–į–Ķ—ā –ĺ–≥–Ĺ—Ď–ľ —Ä–į–∑—É–ľ–į, –ļ–ĺ–≥–ī–į –≤ –Ĺ–Ķ–≥–ĺ –Ņ–ĺ–Ņ–į–ī–į–Ķ—ā –ł—Ā–ļ—Ä–į –∑–Ĺ–į–Ĺ–ł—Ź, - –ĺ–Ĺ —ā–Ľ–Ķ–Ķ—ā –ł —á–į–ī–ł—ā ». C'est presque aussi mauvais qu'une √Ęme s√®che ; aux saign√©es ou sanglots du vouloir, qui l'interpellent ou l'inondent, elle ne renvoie que de la fum√©e. Voltaire, qui faisait du philosophe un pompier : « la superstition met le monde en flammes, la philosophie les √©teint », aurait appr√©ci√©‚Ķ
√Ęme,√©l√©ments,intelligence,intensit√©,raison,savoir

russie
Souvent, on voit en Berdiaev, Chestov, Rozanov - des nietzsch√©ens, tandis qu'ils sortent tout droit de Dosto√Įevsky, comme d'ailleurs Nietzsche lui-m√™me, qui est mi-Fran√ßais mi-Russe ; il m√©prisa et la lourdeur et les th√®mes de Kant, Hegel, Schopenhauer, en prenant Voltaire et Stendhal pour mod√®les de l'esprit ; il puisa ses images centrales - la puret√© s'empi√©geant dans le p√©ch√©, le surhomme, l'au-del√† du bien et du mal - dans Dosto√Įevsky.
ange,art,bien,force,mal,philosophie,style

russie
L'√©criture de Nietzsche fait penser √† l'esprit fran√ßais et au ton russe. Le style de Montaigne, Pascal ou Voltaire, le sujet y dominant le projet, et l'√©l√©gance de forme se moquant de la rigueur de fond. La v√©h√©mence et le conservatisme de Dosto√Įevsky, la puret√© et la honte y √©tant inextricablement m√™l√©es sur le m√™me axe vertical. L'homme, ce soi connu, le soi ha√Įssable, qui doit √™tre surmont√© par le surhomme, ce soi inconnu, le soi admirable.
ange,art,axe,france,haine,honte,impossible,noblesse,raison,soi,…

russie
Quel dommage qu'aucun Russe n'ait d√©couvert dans sa Scythie hyperbor√©enne, ce qu'y soup√ßonn√®rent Voltaire et Diderot et devina Nietzsche ‚Äď un Dionysos anti-apollinien !
création,dieu,négation

voltaire f.-m.
√Ä mon feu, qui s'√©teint, rends sa clart√© premi√®re :
C'est du Nord aujourd'hui que nous vient la lumière.
russie
En fait de clarté il n'y a plus de pénurie au Nord. Le seul mérite de sa lumière est de se perdre dans une exaltante direction. Mais vous n'avez plus le temps d'y tourner la tête. Lux ex oriente, pruritus lucendi et lumen naturale eurent le même sort.
doute,ombre

voltaire f.-m.
Avec plus d'innocence ils consument leur vie, que le peuple de Mars.
russie
Et c'est assis sur de vastes bancs des accus√©s que ce peuple de Dionysos festoie. « Ce qu'on prend pour peines s√©v√®res sont souvent des gr√Ęces cach√©es » - Wilde - « What seems to us bitter trials are often blessings in disguise » - consumer ou consommer, question d'aliments, d'app√©tits et de besoin de feu.
ange,gr√Ęce,hommes,honte,soif,vie

voltaire f.-m.
Tout notre mal vient de ne pouvoir être seul.
solitude
Et le bien aussi ! Pour le mal, autrui est suffisant, mais pas n√©cessaire (on peut souffrir tout seul) ; pour le bien, il est n√©cessaire, mais pas suffisant (il faut, en plus, un juge). Tout seul, on ne fait que r√™ver le bien ; dans la multitude, on l'oublie, au nom de l'agir, qui m√®ne tout droit au mal. Le contraire du vrai, qui n'est cr√©dible que dans un dialogue ; le soliloque ne produit que du r√™ve, c'est √† dire du mensonge.
action,bien,mal,mensonge,nécessité,rêve,souffrance

souffrance
L'art du path√©tique : pens√©es nouveau-n√©es nourries par un agonisant. Ce soliloque eut d√©j√† un pr√©d√©cesseur ironique, sous forme d'un dialogue entre un mourant et un homme qui se porte bien (Voltaire).
art,idée,intensité,mort

souffrance
R√©duire la vie aux choses, c'est la rendre insipide et plate ; transf√©rer le poids des choses des yeux au regard, m√™me tragique, c'est apporter √† la vie l'intensit√© cr√©atrice. « Pr√©f√©rer la douleur √† la fadeur, aimer ce qui est intense et vif » - Voltaire. Savoir alterner bonheurs et douleurs.
bonheur,création,regard,tragédie,vie

souffrance
Deux calamit√©s s'opposent √† la f√©licit√© des hommes ‚Äď le s√©rieux et l'in√©galit√© ; c'est pourquoi la plus belle image d'un homme parfait serait la fusion d'un Voltaire de l'ironie avec un Rousseau de la piti√© - d'une lumi√®re, profonde et espi√®gle, avec des ombres, hautes et tragiques.
bonheur,égalité,hauteur,ironie,ombre,pitié,tragédie

voltaire f.-m.
Le bonheur n'est qu'un rêve, et la douleur est réelle.
souffrance
Le rêve s'interprète, la réalité est muette - donc c'est bien la douleur qui est plus près du songe, et le bonheur - de l'ineffable éveil.
bonheur,interprétation,rêve

vérité
Voltaire, contrairement √† tous les philosophes titulaires, devait se douter de la diff√©rence entre la n√©gation s√©mantique et la n√©gation syntaxique : « Les deux contraires peuvent √™tre faux. Un bŇďuf vole au sud avec des ailes, un bŇďuf vole au nord sans ailes ». Plus subtil serait : ce qu'une bestiole diff√©rente du bŇďuf fait au nord avec autre chose que ses ailes, n'est pas voler ni d√©rober. Par exemple, un homme au nord donne avec ses mains.
étoile,ironie,négation,philosophie,simplicité

vérité
C'est idiot que d'appeler à aimer la vérité ou à pardonner à l'erreur (Voltaire). Il faut aimer l'éveil de l'erreur, pour pardonner à la vérité ses accès de somnolence.
erreur,ironie,platitude

voltaire f.-m.
La v√©rit√© est un fruit, qui ne doit √™tre cueilli que s'il est tout √† fait m√Ľr.
vérité
La v√©rit√© est un succ√®s d'un parcours d'arbre. Son point culminant peut se trouver aux racines, dans la fleur, dans le fruit, aux cimes ou dans l'ombrage. Ce n'est pas la saison qui d√©termine le meilleur terme de cette recherche, mais l'intrigue des inconnues, qui chargent ses ramages. Les v√©rit√©s m√Ľres et immarcescibles appartiennent, en g√©n√©ral, aux saisons d√©pass√©es ; les v√©rit√©s comptent surtout par leur f√©condit√©, dont les promesses sont toutes dans les saisons √† venir.
arbre,climat,création,défaite,espérance
Voltaire F.-M.