bible
Il n'est pas donné à l'homme, qui marche, de diriger ses pas.
Il est donné à l'homme, qui danse, de vivre le vertige de ses pirouettes et à l'homme couché - de diriger son regard au-delà des pistes, vouées à devenir sentiers battus, si elles sont réservées à la marche et refusées à la danse.

confucius
J'entends et j'oublie - je vois et je crois ; j'agis - et je comprends.
J'entends ou je vois (la musique ou le regard) - je m'extasie, m√™me sans comprendre ; j'agis (le muscle ou la marche) - je comprends, qu'il valait mieux m'extasier, sans agir.

confucius
L'homme intelligent aime l'eau, et l'homme honorable les montagnes. L'homme intelligent se donne du mouvement ; l'homme honorable demeure immobile.
√Ä une bonne hauteur, le mouvement est indiscernable de l'immobilit√©. La montagne me rapproche des sources, des commencements ; l√†, dans la rencontre entre l'eau, la terre et l'air, solidaires et versatiles, na√ģt le culte prom√©th√©en de l'arbre, solitaire et immobile, vou√© au feu r√©invent√©.

sophocle
Le ciel n'aide jamais l'homme qui agit.
Mais l'homme, qui n'agit pas, aide le ciel. √Ä ne pas s'√©crouler sur terre. Si ses yeux l'emportent sur ses oreilles, dans la recherche des points d'attache ; la terre est bavarde et le ciel - silencieux. « Le ciel est le pain quotidien des yeux » - Emerson - « The sky is the daily bread of the eyes ». - si mes yeux n'alimentent que ma t√™te, je ma√ģtriserai bien les distances terrestres, mais ne conna√ģtrai pas la proximit√© c√©leste, cette pr√©rogative du regard de l'√Ęme.

sophocle
Mes actes, je les ai subis, non commis.
Tous sont amen√©s √† bien les commettre, sur l'√©chelle du geste ; seuls les imaginatifs arrivent √† les d√©mettre, de l'√©chelle de la geste. La grandeur et l'h√©ro√Įsme sont toujours affaires des mythes et des inventions du pass√©, fig√©s dans les statistiques du pr√©sent.

socrate
Si l'on savait ménager ses pas, on pourrait faire un grand voyage.
La m√©canique terrienne, en continu, des pieds peut occulter la haute g√©ographie discontinue de l'√Ęme. Les pas am√®nent les paysages, l'√Ęme les peint et en reconstitue les climats. Les pas font franchir les fronti√®res connues, l'√Ęme en invente des inconnues.

démocrite
Aucune noble parole n'efface une mauvaise action.
Quand la parole est noble, elle se d√©solidarise de toute action ; la parole, qui efface le mal, inh√©rent √† toute action, est toujours basse.

démocrite
On distingue l'homme, qui sonne creux, de l'homme, qui sonne profond, non seulement par ce qu'ils font, mais aussi par ce qu'ils désirent de faire.
Mais l'homme, qui sonne haut, est reconnaissable par ce qu'il désire de ne pas faire. Ni les buts, ni les moyens, ni les itinéraires ne désignent aussi nettement la hauteur d'un homme que ses propres contraintes.

lao tseu
Se retirer, à l'apogée de son mérite, est la voie même du ciel.
Et s'afficher dans les affres de la honte, en bout de cette voie. N'empêche que ce sacrifice est l'un des deux seuls moyens de prouver sa liberté, le second étant de rester fidèle à sa faiblesse, dans la détresse.

lao tseu
Plus on va loin, plus la connaissance baisse.
‚Ķ pour devenir peut-√™tre d'autant plus profonde. Plus je retiens mes pas, plus mon regard m'√©chappe, pour devenir peut-√™tre d'autant plus haut. Plus loin je vais, plus je me rapproche de mon soi connu, que me procure la vision de buts, au d√©triment de l'√©coute des contraintes, que dicte mon √Ęme. Le secret des grands voyages est de ne pas en conna√ģtre le but et se laisser guider par son √©toile.

aristote
On est ce qu'on refait, ce qu'on répète. La sagesse n'est donc pas dans l'acte, mais bien dans l'habitude.
Qu'est-ce que l'aphoristique ? - une √©criture, qui tente d'√©viter l'habitude, pour devenir acte pur, sagesse immacul√©e, conception sans p√©n√©tration. Le soi inconnu se devine dans la continuit√© inexplicable de l'√™tre, mais se traduit dans les c√©sures √©videntes du faire. Dans le langage monotone et disert d'une loi et dans la logique √©v√©nementielle de rupture de son application.

aristote
Ce qui est le meilleur n'a pas besoin d'action, étant à soi-même sa propre fin.
C'est la d√©finition m√™me de la maxime : √™tre l√† non pas pour √™tre mesur√©, mais servant d'unit√© de mesure. Le meilleur √©chappe aux d√©finitions, ces v√©ritables actions de l'esprit, et Kant vouait la haute philosophie ad melius esse et non pas ad esse, comme la math√©matique, cette profonde ontologie du monde. L'√©l√©gance d'une monstration aphoristique ou d'une d√©monstration math√©matique rendent le mesurage superflu ou bien p√Ęle.

aristote
La tragédie est la représentation d'une action noble.
Donc, elle est de la pure invention, contrairement à la comédie, qui est l'interprétation d'une noblesse déchue, c'est à dire active.

aristote
La pens√©e est analytique ; la vie et l'action sont synth√©tiques.
L'analytique devint le seul contenu de tout ce qui, jadis, ne fut qu'organique. Cette n√©faste orientation rendit la vie et l'action, en Occident, presque exclusivement analytiques, et la pens√©e indolore s'√©carta de la vie palpitante, d√©chirante ou mutilante, pour se fondre avec l'action militante, m√©canique. Et la synth√®se robotique ne sauvera pas une vie, s√©par√©e du r√™ve : le path√©tique est au-dessus et de l'analytique et du synth√©tique.

pyrrhon
À la racine de toute décision humaine, on trouve un fond d'arbitraire pur.
Qui sent encore l'attraction des racines, l'attirance des cimes, l'attrait d'une fleur ? Les hommes sont dans des branches anonymes, morceaux interchangeables d'un algorithme sans verdoyance ni azur ni arbitraire.

lucrèce
Nihil dulcius est, tenere templa serena, despicere unde queas alios passimque videre errare atque viam palantis quaerere vitae.

La douceur suprême est d'habiter un temple tranquille et de se moquer des autres errant sans trêve en bas, cherchant le chemin de la vie.
Ton calme dut tourner au cauchemar de guignon, le jour, o√Ļ les autres finirent par trouver leur chemin, qui ne doit plus rien au hasard. √Ä moins que tu eusses le temps de tourner ton regard d√©pit√© du c√īt√© des √©toiles, suave, astrum‚Ķ Tu v√©cus en spectateur jaloux ce qu'√Čpicure v√©cut en naufrag√© heureux.

horace
Dimidium facti, qui coepit, habet. Sapere aude, incipe !

Qui a su commencer a, √† moiti√©, fait. Pour d√©fier le savoir, commence !
Et la meilleure moiti√© ! Celui qui ne fait qu'agir ne commence rien. Ne commencent que les d√©sirs, vocalis√©s par les mots ; les gestes, m√™me les premiers, ach√®vent.

horace
Sincerum est nisi vas, quodcumque infundis acescit.

Si le vase n'est pas pur, tout ce qu'on y verse aigrit.
Le vase, contrairement aux cruches, a aussi la vocation de forme et de sonorité, et l'aigreur des yeux ou des oreilles peut être autrement plus incommodante.

horace
Levius fit patientia ; quidquid corrigere est nefas.

La résignation allège tous les maux sans remède.
La résignation profonde, avec l'admiration haute, dessinent l'axe consolateur du philosophe. Ressentir comme un baume ce qui ne serait qu'un palliatif ou un poison.

sénèque
Quid jaces ? ad imum delatus ? nunc est resurgendi locus !

Pourquoi restes-tu couch√© ? Jet√© dans un ab√ģme ? Mais c'est le cas de te relever !
Ce qui te permettra de bien scruter le fond de ton ab√ģme, et peut-√™tre m√™me √† d√©couvrir ainsi la hauteur, la forme et le vertige du ciel, puisque « l'ab√ģme appartient √† la hauteur » - Heidegger - « der Abgrund geh√∂rt zur H√∂he », puisque la hauteur, plus qu'une valeur √† garder, est un vecteur √† suivre.

sénèque
Bene docit loqui, qui bene docit facere.

Celui enseigne la bonne parole, qui enseigne une bonne action.
Les bonnes actions devinrent muettes, leur raison étant rédigée en langue des modes d'emploi. Celui a une chance d'enseigner la bonne parole, qui sait se taire sur l'action.

sénèque
Ducunt volentem fata, nolentem trahunt.

Les destin√©es conduisent le consentant et tra√ģnent le r√©sistant.
Chateaubriand est dans la r√©sistance : « Comme les m√©diocres donnent la main √† la fortune, on croit qu'il la m√®nent », tandis que Byron penche pour le consentement : « C'est lorsqu'on croit mener le jeu, qu'on est le plus men√© » - « When we think we lead we most are led ». Le premier, s√Ľr de la rectitude de son chemin, peut ne plus avoir besoin d'yeux. Le second, englu√© dans la lutte, peut oublier de quel c√īt√© se trouve son √©toile. Il faut peut-√™tre ne pas trop surveiller les pieds et vouer son regard aux trajectoires invisibles.

sénèque
Magna pars vitae elabitur male agentibus, maxima nihil agentibus, tota vita aliud agentibus.

La plus grande partie de la vie passe à mal faire, une grande partie à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose que ce que l'on devrait.
L'attitude la plus sage consiste √† varier les organes du faire : le bras, l'esprit, le cŇďur, l'√Ęme. Toutefois, si ni l'intelligence ni le talent n'accompagnent ces transferts d'autorit√©, le constat final sera le m√™me.

marc aurèle
Pour l'intelligence, ce qui suspendait l'action devient action, et route ce qui barrait la route.
Les bonnes contraintes nous retiennent de tant de mauvaises actions et évitent tant de mauvaises routes

st augustin
Vero amor actionis avertit a vero.

Le vrai amour de l'action détourne du vrai.
La feinte indiff√©rence ne m'en approche pas non plus, mais donne √† mon r√™ve une chance de rester non-entach√© d'actions. « La nostalgie d'une √©poque, o√Ļ toutes les id√©es √©taient encore intactes, o√Ļ elles n'√©taient pas devenues de sanglantes r√©alit√©s »* - R.Gary. Seulement, ce n'est pas le rouge, mais bien le gris, qui domine au-del√† du bleu des r√™ves.

st augustin
Bene curris, sed extra viam.

Tu cours bien, mais hors piste.
J'ai un bon arc, mais je manque de cibles. Sur les chemins battus, on ne court plus, on marche. Avec des cibles basses, l'archer perd de hauteur.

thomas d'aquin
Essentiam actualem ab existentia, tamquam realem potentiam ab actu.

L'existence est à l'essence, comme l'acte est à la puissance.
Je n'existe que dans l'acte, je ne suis qu'en puissance. Joli parall√®le !

eckhart me
Das kleinste innere Werk ist höher und edler als das größte äußere Werk.

L'Ňďuvre int√©rieure la plus infime est plus haute et plus noble que la plus grande Ňďuvre ext√©rieure.
Il faut trouver un outil commun pour comparer ces exploits. Le cerveau a besoin d'yeux grand ouverts pour accomplir l'Ňďuvre ext√©rieure ; l'√Ęme, pour son Ňďuvre int√©rieure, a besoin d'yeux baiss√©s. La noblesse se reconna√ģt dans la contrainte.

eckhart me
Die Werke heiligen nicht uns, sondern wir sollen die Werke heiligen.

Ce ne sont pas les Ňďuvres qui nous sanctifient, c'est nous qui devons sanctifier les Ňďuvres.
Si ton Ňďuvre n'est pas une simple empreinte de l'√©poque courante, si elle est une proclamation de foi et de r√™ves, elle grandirait de ton propre √©lan. Sois plut√īt ton propre inquisiteur que l'h√©r√©tique des autres. Les autres sanctifi√®rent l'agriculture bio, l'aile a√©rodynamique, le suffrage universel, et oubli√®rent le silence du Christ devant le Grand Inquisiteur, le Christ, incapable de transformer pierres en pain, refusant de se jeter du haut du Temple ou d'accepter le sceptre. Ta propre sanctification en miniature sur l'√©chelle de la puissance : par le sacrifice de la force ou par la fid√©lit√© √† la faiblesse, et c'est le soi inconnu qui en est seul capable, notre Ňďuvre √©tant un produit du soi connu.

eckhart me
Gott befiehlt nicht ausdr√ľcklich das √§u√üere Werk.

Dieu n'ordonne à proprement parler aucun acte extérieur.
On prouve sa liberté intérieure en ne mettant sur la balance divine que l'impondérable volonté et non pas le poids des actes. La corde tendue et non pas les flèches décochées.

eckhart me
Das aber ist jung, was seiner Geburt nahe ist.

Est jeune ce qui est proche de sa naissance.
Un testament, rédigé sous forme d'un balbutiement du nouveau-né, est un genre à creuser. Tant qu'on place ses meilleures joies dans les commencements, et non pas dans les moyens et les buts, on reste jeune.

bacon f.
Nam et ipsa scientia potestas est.

Le savoir, en soi, c'est le pouvoir.
Savoir, c'est conna√ģtre les contraintes, savoir ne vouloir que ce qui en est digne ! Savoir, c'est donc choisir : pr√©f√©rer ou exclure, m√™me si, pour celui qui sait, tout choix a sa d√©fense. Les Ňďill√®res sont un compromis entre savoir et vouloir, que dicte le bon go√Ľt. Savoir, c'est fabriquer ou ma√ģtriser l'outil ; pouvoir, c'est son usage m√©canique ou le jeu de d√©s. Le cheminement de la d√©cadence du regard : voir, savoir, pr√©voir, pouvoir. Quand le savoir se met du c√īt√© des sbires, on se sent proche des √©meutiers d'un savoir d√©sint√©ress√© et clandestin.

bacon f.
We think according to nature ; we speak according to rules ; but we act according to custom.

Notre pens√©e suit la nature ; la parole - la r√®gle ; et les actes - l'habitude.
Cette lumineuse coupure est ignor√©e jusque chez les r√™veurs¬†- lisez cette parole (aussi pauvre que les pens√©es ou actes de l'auteur, aux r√™ves respectables), parole d'adieux : « Je fus un homme, qui faisait ce qu'il pensait » - Che Guevara - « He sido un hombre que act√ļa como piensa ». Les actes envahirent le monde entier ; l'habitude et l'inertie dominent la nature et la grammaire, et rendent la pens√©e et la parole aussi pr√©visibles que les actes.

shakespeare w.
The hand of little employment hath the daintier sense.

Moins la main se met √† la p√Ęte, et plus sa touche est d√©licate.
C'est bien dans de basses cuisines que se réalisent de grands banquets, mais c'est aux hautes heures qu'ils se conçoivent et qu'ils se fêtent.

shakespeare w.
And thus the native hue of resolution is sicklied o'er with the pale cast of thought.

Et c'est ainsi que les couleurs inn√©es de l'acte sont affadies par la p√Ęleur des mots.
Vu du c√īt√© des actes, que les mots sont incolores ! Vu du c√īt√© des mots, que les actes sont inexpressifs ! La premi√®re fonction du mot est la musique, et de bonnes oreilles et de bons yeux y distingueront toujours des climats et des couleurs.

graci√°n b.
Lo f√°cil ha de emprenderse como dificultoso y lo dificultoso como f√°cil.

Ce qui est facile se doit entreprendre, comme si c'était difficile, et ce qui est difficile, comme si c'était facile.
Le sot, ne cherchant qu'√† transformer le difficile en facile, aurait donc de plus en plus de difficult√©s. Et l'homme sens√©, en fin de compte, celui qui s'enorgueillit de savoir traduire le facile en difficile, - est un diabolique calculateur !

la rochefoucauld f.
Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes.
La tempérance nous fait oublier l'existence même du grand, qui ne demande que l'élan, c'est le petit qui a besoin de muscles et de cervelles.

la rochefoucauld f.
La faiblesse est plus opposée à la vertu que le vice.
Les vices sont proclam√©s sur des agoras, les vertus s'apprennent dans l'anachor√®se. Toute force publique s'av√®re, t√īt ou tard, foiresque, m√™me avec attouchement de la vertu. La faiblesse, elle, est un vice au milieu des multitudes agissantes et une vertu dans ta solitude rougissante.

pascal b.
Les saints subtilisent pour se trouver criminels, et accusent leurs meilleures actions.
Pour se trouver sur un banc d'accus√©s, il suffit d'√©couter son cŇďur. Pour se d√©tourner de ses actions, il suffit d'√©couter son esprit. Mais le saint, le sacr√©, le pur √©manent de l'√Ęme et de ses plaidoiries. Ces trois sources de notre musique int√©rieure ayant tari, c'est la sourde raison qui dicte des r√©quisitoires minables et nous r√©duit √† nos actes d'orgueilleux imposteurs.

pascal b.
On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais en touchant les deux à la fois et en remplissant tout l'entre-deux.
La fid√©lit√© et le sacrifice, la piti√© et l'ironie, la passion et le g√©nie, l'humilit√© et l'outrecuidance, la foi et le doute, la justice et l'intimit√©, le h√©ros ou l'ermite, le nihilisme et l'acquiescement. On peut toucher aux oasis oppos√©es et mirifiques des mots-mirages, sans remplir le d√©sert de la narration. Tout remplissage des bas-fonds rabaisse les sommets. Ce dont r√™vait Pascal fut accompli par Nietzsche !

spinoza b.
Humanas actiones non ridere, non lugere, neque detestare, sed intellegere !

Ne pas railler, ne pas d√©plorer ni maudire, mais comprendre les actions des hommes !
D√©j√†, cette m√©chante raison dicta √† Horace son nil admirari. En √©levant le d√©bat au second degr√©, on peut te donner raison : nos plus forts sentiments devraient √™tre r√©serv√©s aux choses invisibles. Aux visibles, mieux convient l'ironie que l'extase. Mais l'ironie est une tonalit√© de mon message aux autres, elle n'a aucun sens, quand j'apostrophe moi-m√™me. Face √† moi-m√™me, et m√™me √† mes actions, je ne peux que rire ou pleurer. Les vraies questions naissent du rire divin ou des pleurs humains.

voltaire f.-m.
L'homme est né pour l'action, comme le feu tend en haut et la pierre en bas.
L'action est toujours du c√īt√© des pierres qui roulent, ce qui pousse les porteurs d'un feu int√©rieur √† s'accrocher √† l'inaction, m√™me sous la forme de l'action absurde et symbolique de Sisyphe, qui ne fait que caresser les pierres (G.Bachelard) : que tes yeux se baissent ; que ton regard reste tendu vers le haut.

lichtenberg g.
Wenn man etwas in die Luft bauen will, so sind es immer besser Schlösser als Kartenhäuser.

Si tu veux b√Ętir dans l'air, que ce soient ch√Ęteaux en Espagne plut√īt que ch√Ęteaux de cartes.
Dans les premiers, on apprend le m√©tier moins noble et plus durable, l'art de b√Ętir sur du sable. Plumages et images sont faits pour les jeux perdus.

goethe j.-w.
Der Handelnde ist gewissenlos ; Niemand hat Gewissen des Betrachtenden.

L'action endort la conscience ; rien n'√©veille la conscience comme le regard.
Dans ce cas, il faut peut-être réhabiliter l'action, puisque la vraie conscience n'est pas celle qui lève le voile mais celle qui rêve la voile. Le regard est le souffle, qui est la raison de la voile.

goethe j.-w.
Nachdenken und Handeln : Rahel und Lea ; die Eine war anmutiger, die Andere fruchtbarer.

R√©flexion et action : Rachel et L√©a ; celle-l√† plus gracieuse, celle-ci plus f√©conde.
La f√©condit√© est bel et bien dans la gr√Ęce, quoique ses naissances soient secr√®tes √† cause des paternit√©s obscures.

goethe j.-w.
Der Mensch ist nicht geboren, die Probleme der Welt zu lösen, wohl aber zu suchen, wo das Problem angeht.

L'homme n'est point n√© pour r√©soudre les probl√®mes du monde, mais pour chercher o√Ļ le probl√®me surgit.
Le probl√®me de l'homme na√ģt, quand un nouveau myst√®re parvient √† le d√©tourner des solutions anciennes des hommes.

goethe j.-w.
In der Beschränkung zeigt sich erst der Meister.

Le ma√ģtre est reconnu surtout dans la contrainte.
Les √©pigones pillent les buts et les moyens. Pour le ma√ģtre de la forme, la r√©solution des contraintes dessine mieux le fond qu'une solution sans contraintes. L'art vit de nobles contraintes et meurt de minable libert√©.

schiller f.
Leicht beieinander wohnen die Gedanken. Doch hart im Raum stoßen sich die Sachen.

Que le voisinage des pens√©es est volage ! Mais les rencontres entre des choses ne provoquent que des chocs.
Les pensées entrechoquées savent cacher leurs bosses. Les choses exhibent les aspérités de surface.

hegel g.
Unschuld heißt willenlos sein, ohne böse und eben damit ohne gut zu sein.

Être innocent, c'est être sans volonté, sans malice et partant sans bonté.
Jadis volont√© rimait avec √©cart ; aujourd'hui, elle est synonyme de standard. L'innocence plane sur les algorithmes du troupeau ; la honte des solitaires ne se d√©part plus du banc des accus√©s.

hölderlin f.
O h√§tt ich doch nie gehandelt ! um wie manche Hoffnung w√§r ich reicher !

Que n'ai-je pu n'agir jamais ! De combien d'esp√©rances ne serais-je pas plus riche !
Les esp√©rances sont la petite monnaie des besogneux et les p√©pites des teigneux. Mais, en m√™me temps, il faut garder intact le tr√©sor des d√©sesp√©rances, ne pas les c√©der √† la vie usuri√®re !

hölderlin f.
Ein Rätsel ist Reinentsprungenes

Le mystère est dans le pur jaillissement
Les commencements et les fins : la fontaine, les canalisations, l'eau courante - myst√®re, probl√®me, solution - puret√©, filtre, d√©sinfection - commencement, calcul, consommation

schopenhauer a.
Der Wille ist die Wärme, der Intellekt - das Licht.

La volonté est ardente, et l'intellect - lumineux.
Nietzsche tenta de renverser cette banalit√©, en faisant de la volont√© un guide et de la vie intellectuelle - une intensit√©. √Ä l'√©poque romantique, la volont√© fut charg√©e de rythmes ; √† notre √©poque robotique, elle n'exprime que des algorithmes. Jadis, l'√Ęme se servait de la lumi√®re intellectuelle, pour r√©pandre de belles ombres ; aujourd'hui, les √Ęmes sont paralys√©es par la grisaille des intellects calculateurs.

byron g.
In commitment, we dash the hopes of a thousand potential selves.

Tout engagement barre l'espérance de tant des moi en puissance.
Et si le moi se traduisait mieux dans mes h√©sitations et abstentions que dans mes prises de position ? Shakespeare : « nos doutes nous trahissent » - « our doubts are traitors » - le comprit bien : notre soi le plus proche et le plus secret se cache dans l'ind√©termination, le soi inconnu.

byron g.
As to success ! those who succeed will console me for a failure.

Quant au succès, ceux qui réussissent me consoleront d'avoir échoué.
Mais eux aussi pensent, qu'ils √©chou√®rent ! La comparaison accable ; ne console que l'excellence superlative. On ne compare pas les ruines avec les immeubles. Pense √† ceux qui verront dans ton √©chec retentissant une r√©ussite silencieuse. « Fais flor√®s de tes faillites ! » - S.Beckett - « Fail better ! » - que chaque fleur, au lieu de se perdre dans une couronne ou dans un vase, se d√©pose sur les lieux de mes d√©b√Ęcles, une fleur, sans pourquoi et hors tout bouquet.

balzac h.
Vouloir nous br√Ľle et Pouvoir nous d√©truit ; mais Savoir nous laisse dans un perp√©tuel √©tat de calme.
Toutes les √©nergies sont canalis√©es, d√©sormais, vers le Devoir pr√©programm√© et apaisant et vers l'oubli du Valoir enflamm√© et d√©paysant. La vie devint une vaste et paisible Bourse, o√Ļ les actions musicales et les obligations cordiales sont en chute libre ou sont d√©nu√©es d'int√©r√™ts - ce qu'il faut prendre hors tout calembour !

leopardi g.
L'immobilit√† delle cose contrastando colla immobilit√† mia ; la vittima di questa battaglia non poteva essere se non io.

L'immobilité des choses s'opposant à mon immobilité, la victime de ce combat ne pouvait être que moi-même.
Le moi fort et agissant se transvase, fatalement, dans les choses - le voil√†, √† la fois, victime des minables et triomphateur des minables. Qu'√™tre terrass√© par des fant√īmes est plus glorieux !

leopardi g.
Chi ha il coraggio di ridere, è padrone degli altri.

Qui a le courage de rire, est ma√ģtre des autres.
Qui a l'humilit√© de pleurer est ma√ģtre de son monde.

emerson r.w.
What you do speaks so loudly that I cannot hear what you say.

Tes actes parlent si fort, que je n'entends pas ce que tu dis.
Au lieu de chercher √† entendre la force ou l'√©tendue de ce qu'il dit, tu aurais d√Ľ tenter de voir la hauteur de ce qu'il chante, ou au moins, la profondeur de ce qui le fait chanter. Pr√©f√©rer les yeux aux oreilles.

emerson r.w.
Many a man had taken the first step. With every additional step a great master enhances immensely the value of his first.

Beaucoup d'hommes font un premier pas. Mais les Ma√ģtres, avec chaque pas nouveau, am√©liorent la qualit√© du premier.
Qui ne leur appartient pas et auquel on voue un culte ! La ma√ģtrise la plus ample, c'est la pr√™trise dans un temple ! Chez les dilettanti, tout pas n'est reli√© qu'au pas pr√©c√©dent et s'appelle n + 1-√®me - une addition. Le ma√ģtre, √† tout moment, b√Ętit un ch√Ęteau (Kierkegaard), et non pas un n + 1-√®me √©tage, m√™me s'il continue d'habiter dans ses ruines. Le ma√ģtre cr√©e une √©cole, m√™me s'il n'a aucun √©l√®ve ; le mot m√™me d'√©cole ne remonte-t-il pas √† rupture ou arr√™t ?

emerson r.w.
Whatever makes us either think or feel strongly adds to our power and enlarges our field of action.

Tout ce qui nous fait éprouver des sentiments ou pensées forts contribue à notre pouvoir et élargit notre champ d'action.
Jadis, au lieu d'√©largir le champ d'action, t√Ęche des minables, les grands sentiments rehaussaient le regard jusqu'√† rendre les mains √©mues - immobiles. « Je l'ai fait - me dit la m√©moire, Non, je ne pouvais pas du tout le faire - me dit mon intraitable orgueil, et la m√©moire dut plier devant l'orgueil » - Nietzsche - « Ich habe es getan - sagte mir mein Ged√§chtnis, Nein, das konnte ich gar nicht tun - sagte mir mein Stolz und war unbeugsam, und das Ged√§chtnis mu√üte sich dem Stolz beugen ».

emerson r.w.
Thought is the blossom ; language the bud ; action the fruit behind it.

La pensée est la fleur, la langue - le bouton, l'action - le fruit final.
L'action se r√©duit aux engrais, tuteurs et morts aux rats, tandis que le grand souci de la langue est la cr√©ation de l'arbre, souci de racines, de s√®ves, de cimes et d'ombres ; que des fleurs y apparaissent, c'est le m√©rite collat√©ral du seul talent.

emerson r.w.
A man's action is only a picture book of his creed.

L'action de l'homme n'est qu'un livre d'illustrations de sa foi.
En arrachant ces pages nous ne devrions gu√®re nuire au contenu du livre de nos r√™ves. Les illustrations devraient n'√™tre scrut√©es qu'√† travers un texte agrandissant et tout de couleurs. « Tout homme contient de bonnes pages, il suffit d'avoir tourn√© les mauvaises » - E.J√ľnger - « Jeder Mensch hat seine guten Seiten. Man mu√ü nur die Schlechten umbl√§ttern ».

tolsto√Į l.
–Ď–ĺ–Ľ—Ć—ą–ł–Ĺ—Ā—ā–≤–ĺ –∂–ł–∑–Ĺ–Ķ–Ĺ–Ĺ—č—Ö –∑–į–ī–į—á —Ä–Ķ—ą–į—é—ā—Ā—Ź –ļ–į–ļ –į–Ľ–≥–Ķ–Ī—Ä–į–ł—á–Ķ—Ā–ļ–ł–Ķ —É—Ä–į–≤–Ĺ–Ķ–Ĺ–ł—Ź : –Ņ—Ä–ł–≤–Ķ–ī–Ķ–Ĺ–ł–Ķ–ľ –ł—Ö –ļ —Ā–į–ľ–ĺ–ľ—É –Ņ—Ä–ĺ—Ā—ā–ĺ–ľ—É –≤–ł–ī—É.

La plupart des probl√®mes de la vie se r√©solvent comme des √©quations alg√©briques : par la simplification.
La reconnaissance des similitudes et la bonne notation des variables font défaut à l'algèbre de la vie. Elle a trop de singularités auprès des points critiques.

tolsto√Į l.
–Ě–Ķ –≤–Ķ—Ä—Ć—ā–Ķ —Ā–Ľ–ĺ–≤–į–ľ –Ĺ–ł —Ā–≤–ĺ–ł–ľ, –Ĺ–ł —á—É–∂–ł–ľ, –į –≤–Ķ—Ä—Ć—ā–Ķ –ī–Ķ–Ľ–į–ľ –ł —Ā–≤–ĺ–ł–ľ –ł —á—É–∂–ł–ľ.

Ne croyez ni vos paroles, ni celles des autres ; croyez vos actes et ceux des autres.
La méfiance intéressée, face aux paroles, fera jouer la concurrence verbale, la confiance désintéressée en événements en fera chuter le cours.

tolsto√Į l.
–õ—É—á—ą–Ķ –Ĺ–ł—á–Ķ–≥–ĺ –Ĺ–Ķ –ī–Ķ–Ľ–į—ā—Ć, —á–Ķ–ľ –ī–Ķ–Ľ–į—ā—Ć –Ĺ–ł—á–Ķ–≥–ĺ.

Il vaut mieux ne rien faire que faire des riens.
Dans le premier cas, on peut inventer de nouvelles balances ; dans le second, on d√©sesp√®re l'existante.

renan e.
Toute solution me barre des horizons problématiques.
Mais sans pratique des solutions, tout mystère est plus étroit que des horizons. Pour les élargir il faut grimper sur des solutions piétinées.

baudelaire ch.
Un monde, o√Ļ l'action n'est pas la sŇďur du r√™ve.
C'est le meilleur des mondes ! Quoique leur p√®re, le n√©ant, soit le m√™me, leurs m√®res, la basse n√©cessit√© et la haute libert√©, se ha√Įssent et s'ignorent ; elles ne s'entendent que dans la platitude : « Que tes actions et tes paroles s'harmonisent » - S√©n√®que - « Facta dictaque tua inter se congruant ».

baudelaire ch.
À quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante.
Pour exécuter un beau projet, il suffit, qu'un sujet nécessaire sache jouir des objets superflus. Le pire des projets est quand le sujet est suffisant et les objets nécessaires.

dosto√Įevsky f.
–ß–Ķ–Ľ–ĺ–≤–Ķ–ļ —Ā —Ö–į—Ä–į–ļ—ā–Ķ—Ä–ĺ–ľ, —á–Ķ–Ľ–ĺ–≤–Ķ–ļ –ī–Ķ–Ľ–į - –Ņ–ĺ—Ā—Ä–Ķ–ī—Ā—ā–≤–Ķ–Ĺ–Ĺ–ĺ—Ā—ā—Ć.

L'homme de caractère, l'homme d'action, c'est la médiocrité même.
La plupart de nos émanations sont fatalement médiocres, c'est leur condensation, à une bonne altitude, qui est notre chance. Au sous-sol on souffre, au niveau du sol on se démène ou paresse, aux entresols on rêve.

dosto√Įevsky f.
–Ě–Ķ —Ā–ľ–ĺ—ā—Ä–ł—ā–Ķ –Ĺ–į —ā–ĺ, —á—ā–ĺ –ī–Ķ–Ľ–į–Ķ—ā —á–Ķ–Ľ–ĺ–≤–Ķ–ļ. –ü–ĺ—Ā–ľ–ĺ—ā—Ä–ł—ā–Ķ –Ĺ–į —ā–ĺ, –ļ —á–Ķ–ľ—É –ĺ–Ĺ —Ā—ā—Ä–Ķ–ľ–ł—ā—Ā—Ź.

Ce que l'homme fait ne compte pas ; ce qui compte, c'est vers quoi il aspire.
Un Ouvert aspire √† ses fronti√®res, qui ne lui appartiennent pas ; les fronti√®res, ces valeurs d'ange, sont trac√©es par notre soi inconnu. Mais un homme ferm√© aspire √† ce qu'il fait : sa valeur est son prix d'√©change.

renard j.
Pourquoi se d√©placer ? D'une certaine hauteur de r√™ve, on voit tout.
Avec la bonne hauteur, ce n'est pas en horizons, mais en firmaments qu'on gagne ; le gagnant, ce ne sont pas les yeux qui percent, mais le regard qui r√™ve. On se met en frais, en se d√©menant, car ce n'est qu'√† partir d'une certaine bassesse d'action que les prises de vues ou de positions sont suivies de prises de b√©n√©fices.

nietzsche f.
Man f√ľhrt extreme Handlungen auf Eitelkeit, mittelm√§√üige auf Gewohnheit und kleinliche - auf Furcht zur√ľck.

On ramène les actions extrêmes à la vanité, les médiocres - à l'habitude et les mesquines - à la peur.
De m√™me, on ram√®ne l'inaction extr√™me √† la noblesse, la m√©diocre ‚Äď √† la paresse, la mesquine ‚Äď √† la bassesse. Et en passant, sur les deux √©chelles, on reconna√ģt si l'on a besoin d'une Psych√©, d'un psychologue ou d'un psychiatre.

nietzsche f.
Es fehlt der Philosoph, der Ausdeuter der Tat, nicht nur der Umdichter.

Le philosophe fait défaut, l'interprète de l'action, et non pas seulement celui qui la transforme en poésie.
Que l'interpr√®te calcule la valeur de l'action, le po√®te fixe le vecteur du r√™ve. Le po√®te-philosophe √©labore une telle repr√©sentation des acteurs et des pi√®ces √† jouer, que l'interpr√©tation ram√®ne l'action √† la fonction de d√©cor. Ne pas attacher √† l'action de r√īles d√©terminants ‚Äď tel devrait √™tre le meilleur r√©sultat de l'interpr√©tation. L'inaction, ce privil√®ge des nobles, d√©coule des contraintes que je me donne.

rimbaud a.
L'action n'est pas la vie, mais une fa√ßon de g√Ęcher quelque force.
L'inaction, en r√©habilitant la faiblesse, peut t'√©loigner encore davantage de l'ironie, c'est-√†-dire de l'absence, du courage de se contenter d'√™tre pr√™t. « Prends-y garde, √ī ma vie absente !  ».

rimbaud a.
Ma vie n'est pas assez pesante, elle s'envole et flotte loin au-dessus de l'action, ce cher point du monde.
Et l'inaction est son orbite elliptique.

rimbaud a.
La main √† plume vaut la main √† charrue. Quel si√®cle √† mains !
Au si√®cle √† boutons et √† claviers, qui est le n√ītre, on peut se contenter de son doigt, √† moins qu'on retourne √† la vraie baguette magique, le doigt d'une femme en mouvement.

rimbaud a.
En avant, route !
« En avant » veut dire « Hors de ma vue ! », car marcher m'est insupportable (aux autres : « √™tre, c'est √™tre en route » - G.Marcel). Devant la majorit√© des itin√©raires, il faut pratiquer la fuite en avant. Laisse-moi, au milieu du d√©sert, danser en compagnie de ma d√©route.

wilde o.
Action is the last resource of those who know not how to dream.

L'action est la dernière ressource de ceux qui ne savent pas comment rêver.
L'essentiel n'est pas dans le comment, ni m√™me dans le pourquoi ; c'est la fonction, l'organe m√™me du r√™ve atavique, qui cessa de se manifester. Le r√™ve, qui fut jadis la premi√®re source pour assouvir la soif d'inaction. Dans les fontaines de la vie, l'action est souci des canalisations, rien de plus : « Du fond des infinies soifs, l'action finie ne fait jaillir que de faibles fontaines » - Rilke - « Aus unendlichen Sehns√ľchten steigen endliche Taten wie schwache Font√§nen ».

chesterton g.k.
It isn't that they can't see the solution. It is that they can't see the problem.

Ce n'est pas qu'ils ne puissent pas voir la solution ; c'est qu'ils ne peuvent pas voir le probl√®me.
Et quand ils le voient, ils essayent de le r√©soudre par une ing√©nierie. Non pas que nous ne voulions pas entendre le r√©cit du probl√®me ; c'est que nous voulons entendre la musique du myst√®re. Par ailleurs, les yeux ne servent qu'√† voir la solution ; pour voir le probl√®me, mieux valent les connaissance ; seule l'√Ęme peut continuer √† voir le myst√®re ; et l'intelligence ou la po√©sie nous munissent d'un regard, qui, dans la solution acquise devinent un nouveau myst√®re.

chestov l.
–ß–Ķ–ľ —Ā—ā–į—Ä—ą–Ķ —Ā—ā–į–Ĺ–ĺ–≤–ł—ā—Ā—Ź —á–Ķ–Ľ–ĺ–≤–Ķ–ļ, —ā–Ķ–ľ –Ī–ĺ–Ľ–Ķ–Ķ –Ĺ–į—É—á–į–Ķ—ā—Ā—Ź –ĺ–Ĺ —É—ā–ł–Ľ–ł–∑–ł—Ä–ĺ–≤–į—ā—Ć –Ī–Ķ—Ā—Ā–ľ—č—Ā–Ľ–Ķ–Ĺ–Ĺ—č–Ķ –ł–ī–Ķ–ł.

Avec l'√Ęge on apprend √† rendre utiles les id√©es insens√©es.
Et l'on apprend √† rendre inutiles les id√©es trop sens√©es. L'art d'extraction, l'art d'extinction. Les deux constituent d'excellentes contraintes, pour ne pas rester esclave des id√©es communes et devenir ma√ģtre de son propre mot.

tagore r.
La terre s'agrippe à l'arbre pour ses services rendus, le ciel ne lui demande rien en retour.
C'est pourtant au ciel que l'arbre adresse ses fleurs et promet ses cimes. La terre et le ciel sont muets, c'est l'arbre qui parle. Ou celui qui le prie comme Xerxès de Haendel.

tagore r.
Celui qui applique sa force, prouve sa faiblesse.
Celui qui trouve un emploi √† sa faiblesse prouve son intelligence. La faiblesse coule de source, la force vient des confluents ; √† l'estuaire elles deviennent indiscernables.

alain
Qui est libre est désarmé.
Notre mati√®re est double, elle est faite de ce qui est digne d'√™tre sacrifi√© et de ce qui appelle notre fid√©lit√© ; √™tre libre, c'est n'offrir aux regards envahissants des autres que la premi√®re composante et cacher, jalousement, la seconde, pour ne pas √™tre contraint de se chamailler pour elle, c'est √† dire de devenir esclave, pi√©taille h√©riss√©e. Toutefois, le premier emploi des armes n'est pas dans le fonctionnel, mais dans le rituel (« les armes - apr√®s la toge » - Cic√©ron - « cedant arma togae »). Des ruses des m√©taphores, d'impeccables rel√®ves, d'√©l√©gantes parades - tant de raisons d'exhiber une martialit√© de mascarade. La vraie, il faut la r√©server √† soi-m√™me : « Il faut entrer en soi-m√™me arm√© jusqu'aux dents » - Val√©ry. Malheureusement, les sots, eux aussi, y croient : « La b√™tise arm√©e est le pire des maux » - Euripide. La neutralit√© arm√©e (Kierkegaard) serait-elle le juste-milieu ?

alain
La dialectique de l'enfance va toujours de l'abstrait au concret, du mot à la chose, du geste à l'action.
Dans son enfance, on n'est donc jamais cr√©ateur, on repr√©sente l'esp√®ce, sans savoir produire des genres. La maturit√© non seulement inverse ces passages, mais elle y intercale son go√Ľt : entre le concret et l'abstrait - le go√Ľt musical, entre la chose et le mot - le conceptuel, entre l'action et le geste - l'ironique.

gide a.
Le chemin droit ne mène jamais qu'au but.
Le but delphique serait-il √©galement coranique : « Qui suit le chemin droit se dirige vers soi-m√™me » ? Les m√©andres, au moins, permettent d'√©prouver les moyens, mais seule l'immobilit√© nous apprend les d√©lices des contraintes, coercitions et compulsions.

valéry p.
Tout ce que nous pouvons a fini par s'opposer à ce que nous sommes.
Ce gouffre, que nos contemporains ne voient point, est la véritable origine de nos hontes et de nos désespoirs. Un robot pourrait désormais faire l'essentiel de ce que nous pouvons. Dans le désert, au moins, nous sommes dans un vouloir de la nature, et avec autrui - dans un devoir de la culture.

valéry p.
Tu ne m'apprends rien, si tu ne m'apprends à faire quelque chose.
Tu m'apprends beaucoup, si tu m'apprends à ne pas faire une chose, sur laquelle il valait mieux rêver. Au pays de l'action, être, c'est faire. Au pays du rêve, faire, c'est être.

valéry p.
Tout homme tend √† devenir machine. Habitude, m√©thode, ma√ģtrise, enfin - cela veut dire machine.
Même la sédition n'ajoute souvent que quelques boutons ou quelques écrans de plus. L'unité centrale se réduisant de plus en plus aux besoins des périphériques. La machine, au moins, dispose d'algorithmes, c'est à dire d'arbres de prises de décision, chargés d'inconnues, tandis que l'homme se réduit, de plus en plus, aux habitudes, à ces algorithmes dégénérés, puisque dépourvus de variables.

valéry p.
Le véritable orgueil est le culte rendu à ce que l'on voudrait faire, le mépris de ce que l'on a fait.
C'est une belle attitude de gagnant ! Le vaincu, s'acharnant contre ses propres d√©combres, - non, il faut qu'il rende le culte au versant √©croul√© et pittoresque de son √©difice. M√©priser les fa√ßades, se r√©fugier dans des souterrains.

valéry p.
Pour rendre la main libre au sens de l'Ňďil, il faut lui √īter sa libert√© au sens des muscles.
La course du regard doit beaucoup aux entraves de l'acte. La libert√© surgit, lorsque je refuse non seulement la fid√©lit√© aux muscles, mais aussi la libert√© √† l‚ÄôŇďil, pour n'√©couter que le regard sacrificiel de l'√Ęme.

morgenstern ch.
Unser Bestes sind nicht unsere Werke. Das liegt oft in einem Blicke von uns.

Le meilleur en nous, ce ne sont pas nos Ňďuvres. C'est souvent notre regard, bien √† nous.
Un talent - la ma√ģtrise des commencements, le regard, l'intuition des contraintes, l'intelligence. Le talent fait de son regard - une Ňďuvre !

hesse h.
Die Praxis sollte das Ergebnis des Nachdenkens sein, nicht umgekehrt.

L'action devrait être l'effet de la réflexion et non l'inverse.
On commence par en faire la cause et l'on aboutit √† une r√©flexion de robot ; on en fait l'effet et la r√©flexion est saisie d'horreur devant une prog√©niture aussi m√©connaissable. Et l'on finit par leur refuser tout lien de parent√©, causale ou sentimentale.

jaspers k.
Das Scheitern ist das Letzte.

L'échec est le terme dernier.
L'avant-dernier est une f√™te ! Son titre de gloire est qu'entre lui et le terme dernier, qui est la chute finale vers le Seul, il n'y ait pas de termes interm√©diaires, que le vertige d'un regard entier, b√©nissant mes ruines.

kraus k.
Wer die Taten verspricht, tadelt das Wort und die Tat.

Si ton mot appelle à l'action, tu te trompes et de mot et d'action.
Mais si ton action enfante le mot, celui-ci trompe et celle-là est trompée.

kraus k.
Wie schwer ist es, eine Tat in einen Gedanken umzusetzen !

Qu'il est difficile de transformer une action en une pens√©e !
Tous les sots cherchent une transformation inverse : une pens√©e profonde en une action f√©conde. Les pens√©es naissent dans un d√©sert ; l'action s'√©ploie en pl√©nitude foraine sans mirages ; pour chanter le vide, il vaut mieux √™tre pris de vertiges.

braque g.
L'action est une suite d'actes désespérés, qui permettent de garder l'espoir.
La discontinuité des inactions sereines permet de l'entretenir.

kafka f.
Die S√ľ√üigkeit der Produktion t√§uscht √ľber ihren absoluten Wert hinweg.

La douceur de la création donne des illusions sur sa valeur absolue.
Cette douceur tourne, souvent, au cauchemar absolu. La douceur de la réussite, en revanche, donne la certitude de sa valeur, suffisante pour végéter dans le relatif. Imbu d'absolu, je m'enivre de mes déboires.

kafka f.
Zwei M√∂glichkeiten : sich unendlich klein machen oder es sein. Das zweite ist Vollendung, also Unt√§tigkeit, das erste - Beginn, also Tat.

Le choix : se rendre infiniment petit ou bien l'√™tre. Le second cas, c'est le dernier pas, donc inaction ; le premier cas - le pas premier, donc action.
La d√©mesure et l'immobilit√© √©galisent ces deux choix par l'action de Dieu et ma propre inaction. Si je cr√©e ou j'admire, comme si c'√©tait pour la derni√®re fois, je me lib√®re du prurit de l'action ; le vrai commencement n'est pas une action continue, mais une initiation discr√®te. « Tout ce qui nous aidera √† nous d√©gager de nos d√©convenues s'assemble autour de nos premiers pas »** - R.Char.

kafka f.
Ich entdecke in mir nichts als Kleinlichkeit, Entschlu√üunf√§higkeit, Neid und Ha√ü gegen die K√§mpfenden, denen ich mit Leidenschaft alles B√∂se w√ľnsche.

Il n'y a en moi que mesquinerie, indécision, envie et haine contre les combattants, auxquels, ardemment, je souhaite tout le mal.
Belle panoplie, face √† la mesure, la mise en route algorithmique et la tol√©rance des insipides. L'ardeur ne trouve plus de place que dans l'abstention, synonyme d'isolement, face aux d√©cid√©s : « L'ind√©cision est une solitude ; vous n'avez m√™me pas votre volont√© avec vous » - Hugo ‚Äď la volont√©, chass√©e des muscles et immigr√©e dans l'√Ęme, s'appellera pri√®re ou regard, lien entre terre et ciel immobiles.

mauriac f.
Quel arbre humain n'est, par quelques-uns de ses fruits, un mauvais arbre ?
L'arbre est toujours bon ; ce qui est mauvais, ce sont nos app√©tits trop bas, nos scies trop affair√©es, nos routes trop plates - √† travers les for√™ts ou √† travers les √Ęmes.

mauriac f.
Sous la couche √©paisse de ses actes, notre √Ęme d'enfant demeure inchang√©e.
Ces couches sont un fardeau, dont seuls les √Ęnes ou les mules r√©clament la raison d'√™tre. L'√Ęme n'a pas d'actes √† elle, comme elle n'a pas son langage ! « Est grand homme, celui qui garde l'√Ęme d'enfant » - Mencius. Pour tout homme bon, c'est √† dire passif, l'√Ęme tend au bien, mais ses activistes proclament qu'elle tend au rien. Les actes paralysent l'√Ęme. « Nostre ame ne branle qu'a credit » - Rabelais, lui, √©tait un vrai enfant !

pess√Ķa f.
J'ai triomph√© de tout l√†, o√Ļ je ne suis jamais all√©.
Je r√©serve mes f√™tes au pays des r√™ves, ouvert aux p√©r√©grinations de l'√Ęme, mais vuln√©rable au pi√©tinement des pieds, y compris des miens propres. Dans l'immobilit√© je ne triomphe que d'une contrainte, mais dans la d√©faite finale, au tournant des saisons, je garderai la m√™me intranquillit√©, cette gr√Ęce n√©gative si bien rendue par fluctuatio animae (Spinoza) ou cette pesanteur positive - par uneasiness (Locke).

pess√Ķa f.
Travailler avec noblesse, espérer avec sincérité, aimer les hommes avec tendresse - voilà la vraie philosophie.
Je ne vois pas de liens possibles entre le travail et la noblesse (l'otium y serait mieux placé), je ne cultive que des espérances inventées, et je voue aux hommes une grande inimitié (tempérée par mon respect de l'homme et mon intérêt pour le surhomme).

pess√Ķa f.
Je cultive la haine de l'action comme une fleur de serre.
Je préfère cultiver, en plein air, un arbre d'inaction amoureuse, dont l'ombre suffise pour y enterrer l'action haineuse.

musil r.
Unser Zeitalter will nicht mehr Gedanken, sondern nur noch Taten sehen.

Notre √©poque ne veut plus voir des pens√©es ; des actes lui suffisent.
Tu es injuste : seules des pens√©es d√©tach√©es des actes subissent cet ostracisme, mais elle sont au nombre insignifiant. Il ne restent presque plus d'id√©es non-entach√©es par la tentation de l'acte ; √† la profanation des vocabulaires succ√©da celle des pens√©es.

heidegger m.
Meta-hodos ist der Weg, auf dem wir einer Sache nachgehen : die Methode.

Méta-hodos est le chemin, par lequel nous suivons un objet - la méthode.
Pour les Grecs, « le chemin n'est jamais un proc√©d√© » (« der Weg ist kein Verfahren »). Heureux temps, o√Ļ la contemplation de chemins valait mieux que leur construction. « Tout chemin s'ach√®ve, √† moins que s'y oppose la paresse » - Cervant√®s - « No hay camino que no si acabe si no se le opone la pereza ». Rester haut est une t√Ęche plus noble qu'aller loin. La paresse des horizons est r√©compens√©e souvent par l'√©lan des firmaments.

heidegger m.
Der Nihilismus ist das Nein der Tat.

Le nihilisme est le non par l'action.
Qui s'accommode avec le oui par le verbe. Et l'action réévaluative la plus performante est du genre des contraintes, aboutissant à l'immobilité sélective, face à ce qui n'admet pas de belles substitutions ou métaphores. Le nihilisme est dans le culte du premier pas, dans l'acte de fécondation personnelle des grands non et oui. Son contraire est le conformisme des buts et des parcours.

heidegger m.
Alle Kampfziele sind immer nur Kampfmittel ; die Macht bedarf keiner Ziele.

Tout but de combat n'est jamais qu'un moyen ; l'intensit√© se passe de buts.
Car l'intensit√© s'entretient gr√Ęce √† la hauteur de la barre que fixent mes contraintes. Me d√©tacher des buts, polir les moyens, √©galiser les chemins, relever les contraintes - c'est ainsi que j'aboutis au culte des commencements.

mandelstam o.
–Ě–Ķ –Ĺ–į–ī–ĺ —Ā—é–∂–Ķ—ā–į, –∂–ł–∑–Ĺ–ł –ł –Ķ—Ď –ĺ–Ī—č–ī–Ķ–Ĺ–Ĺ–ĺ—Ā—ā–Ķ–Ļ ; –≤–≤–Ķ—Ä—Ö - –Ņ–Ķ—Ä–Ķ–∂–ł–≤–į–Ĺ–ł—Ź –ł –Ņ—Ä–Ķ—ā–≤–ĺ—Ä–Ķ–Ĺ–ł—Ź.

Les choses sont superflues, √©vite la vie et sa banalit√© ; vise la hauteur, ses transes et ses transfigurations.
Les autres, ceux qui pr√©f√®rent la marche √† la danse, s'endorment, au pied de cette hauteur ; tu es s√Ľr de n'y croiser que des ma√ģtres compr√©hensifs ou des anges combatifs.

tsvétaeva m.
Die That und das Gedicht geben mir recht. Das Zwischen beschuldigt mich.

L'acte et le poème me donnent raison. L'entre-deux me condamne.
L'acte s'adresse à autrui, le poème surgit de l'écoute de ton soi inconnu, de l'artiste, et entre les deux, c'est ton soi connu, l'artisan, qui crée, doute et se déchire. L'actuel et le virtuel ont honte du rituel métamorphosant, qui est l'entre-deux.

tsvétaeva m.
–°–į–ľ–ĺ–Ķ —Ü–Ķ–Ĺ–Ĺ–ĺ–Ķ –≤ —Ā—ā–ł—Ö–į—Ö –ł –≤ –∂–ł–∑–Ĺ–ł ‚Äď —ā–ĺ, —á—ā–ĺ —Ā–ĺ—Ä–≤–į–Ľ–ĺ—Ā—Ć.

Le plus précieux, dans les poèmes comme dans la vie, est ce que tu rates.
Les larmes que tu n'auras pas vers√©es, les mots que tu n'auras pas trouv√©s, les gestes que tu n'auras pas os√©s. C'est un probl√®me de voisinage : le succ√®s m'ins√®re parmi les autres, l'√©chec me laisse seul avec moi-m√™me. Une bonne topologie consisterait √† donner le meilleur prix (comme une bonne analyse - la meilleure m√©trique, c'est-√†-dire la plus grande distance) √† ce qui me touche. Dans la vie banale, comptera ce qui pesa ou s'exprima, pour mon esprit ; dans la vie secr√®te, je ne garderai que l'impond√©rable et l'indicible de mon √Ęme. « D‚Äôune vie ne reste que ce qu‚Äôelle n‚Äôaura pas √©t√© » - Cioran. On fait par l'esprit et par le muscle, et l'on est ‚Äď par l'√Ęme ; un bonheur et une utopie impossibles ‚Äď que mon faire co√Įncide avec mon √™tre.

malraux a.
Pas de vraie vie sans la certitude, sans la hantise de la vanité de l'action.
Deux issues : se vautrer dans la vaine certitude de l'action, ou se r√©fugier dans une vie imaginaire. Dans le second cas, tr√®s rapidement, on comprend, que la vraie vie est l'imaginaire.

thibon g.
L'étoile se donne aux regards, non aux ailes.
Les ailes pliées ne cachent pas les astres. L'étoile conquise de haute lutte devient un trou noir de ta conscience.

thibon g.
Ne pas avoir besoin de mirages pour avancer dans le désert.
Tout d'abord, nous sommes d'accord : on n'avance que dans le d√©sert. L√† o√Ļ il y a de la vie, on s'immobilise. La vie ne commence-t-elle pas, lorsque dispara√ģt le mirage ?

sartre j.-p.
Un acte ça va trop vite. Il sort de toi brusquement et tu ne sais pas si c'est parce que tu l'as voulu ou parce que tu n'as pas pu le retenir.
Vouloir, pouvoir - tant de sorties de moi, par les portes de l'acte ou du rêve. Il est du devoir de l'artiste de ne pas les laisser communiquer.

char r.
Jeter bas l'existence laidement accumulée et retrouver le regard, qui l'aima assez à son début, pour en étaler le fondement.
En renon√ßant au poids des pas accumul√©s, un bon regard n'√©tale pas les fondements du d√©but et de la fin (du premier et du dernier pas, qui ne sont jamais √† nous), il les rehausse. Trois voies lib√®rent de l'√©paisseur : la profondeur (la ma√ģtrise), l'√©tendue (le savoir), la hauteur (le regard). L'existence est attachement aux concepts ; elle ne serait une honte (Cioran) que si les points d'attache sont fixes ou communs ; la philosophie, n'en est-elle pas la recherche, elle, qui « n'a de points d'attache ni dans le ciel ni sur la terre » - Kant - « ihre Begr√ľndung weder im Himmel, noch auf der Erde nehmen kann » ; le plus bel universel s'appuie sur l'inexistentiel.

char r.
Toute action engageant l'√Ęme, aura pour √©pilogue le repentir. L'homme est capable de faire ce qu'il est incapable d'imaginer.
L'√Ęme et l'action √©crivent, chacune son propre livre. L'√Ęme vit d'enthousiasme, et son ironie, c'est de ne pas aller au-del√† des √©pigraphes.

arendt h.
Men are free as long as they act, neither before nor after.

Les hommes sont libres aussi longtemps, qu'ils agissent, ni avant, ni après.
Dans l'action, ils sont les pires des esclaves ! Ils exercent la libert√© avant l'action, sous forme d'un sacrifice de leurs id√©es, qu'ils vont dramatiquement trahir. Ils l'exercent apr√®s l'action, sous forme d'une fid√©lit√© aux id√©es, qu'ils auront retrouv√©es, comiquement, comme l'enfant prodigue, √©gar√© dans l'action.

lec s.
Le geste poursuit la pensée. Malheur s'il la rattrape.
On aura beau oublier le viol, mais que faire de l'avorton, qui en na√ģt ?

cioran é.
L'action remplit l'intervalle entre les choses et nous, alors que la réflexion l'élargit dangereusement.
Les choses sont en nous, en tant qu'un sous-ensemble. L'action les choisit pour nous réduire aux ensembles quotients, modulo, à ceci près, tandis que la réflexion les réduit à leur juste valeur, celle des éléments, des riens de plus.