bible
Puisque tu es tiède et non pas chaud ni froid, je te vomirai de ma bouche.
Notre Dieu est un extr√©miste, sachant, en plus, prendre nos temp√©ratures aux endroits justes (quoique l'un de Ses h√©ritiers dev√ģnt trop sage : « Dieu n'aime pas l'exc√®s »). M√©fie-toi des climats mod√©r√©s ; r√©fugie-toi aux tropiques et p√īles et laisse ouverte l'entr√©e de ta caverne √©cossaise.

pythagore
Il y a un principe bon, qui a créé l'ordre, la lumière et l'homme. Il y a un principe mauvais, qui a créé le chaos, les ténèbres et la femme.
Dans la premi√®re triade perce le robot mena√ßant, dans la seconde se devine la libert√© plus mena√ßante encore. Hesiode, pour qui « au commencement √©tait le Chaos », placerait-il, contrairement au Dieu unique, la cr√©ation de la femme avant celle de l'homme ?

platon
Touché par l'amour, tout homme devient poète.
Ce n'est plus jusqu'aux larmes qu'ils sont touch√©s et pas du tout - par un attouchement ; le devoir social et familial les interpelle, √©veille le sens des responsabilit√©s, fait v√©rifier et comparer les comptes en banques ; et ils ne cessent pas d'√™tre comptables, m√™me devant Monsieur le Maire.

platon
Un grand amour a toujours quelque chose d'ascétique, un sentiment de proximité et d'éloignement tout à la fois.
On ne sait jamais, s'il faut chercher les sources dans les profondeurs de notre chaos et de nos misères, ou dans la hauteur de nos ailes et de notre regard. Heureux, qui vit de leur fusion, espace d'un matin.

cicéron
Mihi neutiquam cor consentit, cum oculorum aspectu.

Mon cŇďur n'est pas toujours d'accord avec mon regard.
Le moi a trois sources : le cerveau, l'√Ęme et le cŇďur, qui produisent la raison, le regard et l'amour. Et il est rare qu'ils jaillissent √† une m√™me altitude, et qu'√† leur confluence ils ne gardent qu'un seul nom.

publilius s.
Animo imperato ne tibi animus imperet.

Domine tes passions, pour qu'elles ne te dominent pas.
Plus les passions me déséquilibrent, plus l'harmonie y trouve d'échos. Plus je domine les passions fécondes, plus je m'aperçois de l'incurie inféconde du reste.

horace
In amore haec sunt mala, bellum, pax rursum.

Il y a deux maux en amour : la guerre et la paix.
Quand ce n'est pas la trêve qu'on négocie, trêve, qui est à l'origine des deux.

horace
Nil admirari, prope res est una, solaque quae possit facere et servare beatum.

Ne s'étonner de rien, la seule chose, qui peut donner ou conserver le bonheur.
C'est l'enfantement du bonheur qui me secoue le plus, et il ne peut na√ģtre que dans un √©tonnement devant les germes, qui poussent en moi, malgr√© moi. Le bonheur est dans la procr√©ation, dont la cr√©ation n'est que le langage.

talmud
Au d√©but, la passion est un intrus, ensuite un invit√©, enfin le ma√ģtre de la maison.
Te laisser ravager par un fougueux convive ou vivre de locataires et d'usufruitiers ? Choisis.

ovide
Ignoti nulla cupido.

On ne d√©sire pas ce qu'on ne conna√ģt pas.
La cervelle et l'√Ęme ont leurs tr√©sors d'ignorance, dont ils n'√©changent jamais les clefs. Mais tout savoir est d'usage commun. St Augustin : « tu ne peux pas aimer la chose, que tu ignores » - « amare aliquid, nisi notum non potest » - persiste dans la m√™me erreur. Que fait-il de l'ignor√© le plus fabuleux, et qui se dit √™tre lui-m√™me Amour, ‚Äď Dieu !

sénèque a.
Ne unum quidem nimis amavit qui plus quam unum amare non potuit.

Celui qui n'a pu aimer plus d'une personne n'en a point aimé du tout.
Ce sont ceux qui confient les trajectoires de leur amour aux pieds, aux cerveaux ou aux bras, au lieu des cŇďurs, des yeux ou des r√™ves. L'amour fixe, comme l'id√©e fixe, ne vaut rien ; l'amour est soif, qui n'est bonne que pr√®s de sa source.

st paul
L'amour se réjouit de la vérité.
C'est un signe certain que l'amour vient de virer à l'association à but lucratif. La vérité est toujours une affaire d'intérêt collectif et l'amour se prouve par la capacité de passer outre. Tout amour est un sentiment malgré.

st paul
Si je n'ai pas l'amour, je suis un airain qui résonne.
Si je n'ai pas la m√©lodie, je pourrais peut-√™tre avoir une passion, mais qui ne ferait que raisonner. L'amour est le cŇďur bris√©, se solidarisant avec le cŇďur bronz√©.

thomas d'aquin
Nullus potest amare aliquid incognitum.

Rien ne peut être aimé inconnu.
De Vinci partage la m√™me platitude : « On ne peut ni aimer ni ha√Įr que ce qu'on conna√ģt » - « nessuna cosa si pu√≤ amare o odiare se prima non si ha cognizione di essa » ; c'est Publilius qui tient le bon bout : « L'amoureux ne conna√ģt que son d√©sir, il ne voit pas ce qu'il poss√®de »** - « Amans quid cupiat scit, quid sapiat non vidit ».

pétrarque
Chi può dir cosi egli arde é in piccol fuoco.

Celui qui peut dire de quel feu il br√Ľle, ne br√Ľle que d'un petit feu.
Montaigne : « Toutes passions qui se laissent gouster et digerer ne sont que mediocres » et Shakespeare : « L'amour qu'on peut compter ne vaut plus rien »* - « There is beggary in the love that can be reckoned » t'ont plagi√©. J'aime, tant que j'ignore et le souffle et l'aliment, qui entretiennent mon feu. √Ä la source pure, c'est √† dire sans fond, - le feu sans tache.

bacon f.
The speaking in a perpetual hyperbole is comely in nothing but in love.

Un discours, tout en hyperboles, ne sied à rien sauf à l'amour.
Mais puisqu'un ange langagier trouve, en toute chose immaculée, une raison pour aimer (même si la raison l'ignore), le rythme métaphorique s'y substituerait à l'algorithme mécanique, la belle aile des causes cacherait l'horrible bosse des effets.

la rochefoucauld f.
Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur cŇďur.
Cette maxime est une curiosit√© logique. Deux lectures possibles : conna√ģtre son esprit implique l'ignorance de son cŇďur, ou bien - il ne suffit pas de conna√ģtre son esprit, pour conna√ģtre son cŇďur. N√©gation syntaxique ou n√©gation s√©mantique (interne ou externe). Mais la traduction libre serait : il est n√©cessaire de conna√ģtre son esprit, si l'on veut se maintenir dans la d√©licieuse ignorance de son cŇďur.

racine j.
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cŇďur.
Le fond de ce vers est bancal, sa forme - monotone et monosyllabique, mais sa musique est irr√©sistible. Le romantisme naissant encha√ģnera : « L'ombre de la nuit √©toil√©e n'est pas plus pure » - H√∂lderlin - « Reiner ist nicht der Schatten der Nacht mit den Sternen ».

racine j.
Présente, je vous fuis, absente, je vous trouve.
Vous tenir, dans mes bras, absente, - de magnifiques ind√©cisions spatiales, plus belles que l'ind√©cision temporelle du « To be or not to be » ! L'appel de la proximit√©, auquel on r√©pond par : se perdre dans l'ampleur, chanter la hauteur (Nietzsche) ou viser la profondeur (Schopenhauer).

voltaire f.-m.
On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d'aimer et d'être aimable.
La première de ces morts n'est pas inconsolable, depuis qu'on inventa la résurrection, qui est le retour vers l'amour-mystère, une fois épuisé l'amour-solution.

rousseau j.-j.
La tristesse fait fermenter l'amour.
Pour faire mieux sauter les bouchons, en se mettant en goguette.

diderot d.
L'amour √īte l'esprit √† ceux qui en ont, en en donnant √† ceux qui n'en ont pas.
C'est pour cela qu'il est pr√™ch√© chez les simples d'esprit et d√©daign√©s chez les orgueilleux sans cŇďur.

chamfort n.
Plus on juge, moins on aime.
Et quand on prétend pouvoir se passer de juge, on tombe sur un bourreau. Mais en se passant d'amour, on est condamné, par contumace, par le Juge d'exception.

chamfort n.
La sagesse fait durer, les passions font vivre.
La sagesse apprend √† relier des instants isol√©s ; la passion fait aimer l'intermittence et la brisure. Elles nous pr√©parent une nouvelle libert√© des yeux ou une nouvelle servitude du cŇďur.

chamfort n.
En fait de sentiments, ce qui peut être évalué n'a pas de valeur.
Une évaluation d'un bel échafaudage symbolique peut aboutir à une valeur indéchiffrable. La procédure peut être plus belle que son résultat retourné.

chamfort n.
Il faut choisir d'aimer les femmes ou de les conna√ģtre.
Comme on ne peut aimer qu'un Dieu inconnu, un soi inconnu, un rêve d'inconnu.

lichtenberg g.
Wer in sich selbst verliebt ist, hat wenigstens bei seiner Liebe den Vorteil, daß er nicht viele Nebenbuhler haben wird.

Qui est amoureux de soi-même a l'avantage de ne jamais avoir trop de rivaux.
Mais la r√©ciprocit√© a deux fois plus de chances d'√™tre battue en br√®che, et aucun pourpre de l'orgueil ne cachera √† l'autre le cramoisi de la honte. Narcisse aime un autre : seul le soi connu sait aimer, seul le soi inconnu est digne d'√™tre aim√© aveuglement. Les rivaux te disputent le visible, mais ton amour ne vise que l'invisible et l'inconnu.

goethe j.-w.
Himmelhoch jauchzend, zu Tode betr√ľbt ;
Gl√ľcklich allein ist die Seele die liebt.

Dans la larme sans fond, dans le chant jusqu'aux cieux -
Ne conna√ģt le bonheur que le cŇďur amoureux.
Aimer, ce serait fuir la terre surcharg√©e de mots trop plats ou lourds ; aimer, ce serait briser le silence, sec et neutre, des r√©gions surpeupl√©es, en jubilant ou en sanglotant.

maistre j.
L'essence de l'intelligence est de conna√ģtre et d'aimer.
Ta langue a doublement fourch√© : il fallait dire connecter et aimanter. N'importe quel sot acc√®de √† la connaissance, n'importe quel sauvage conna√ģt l'amour. L'intelligence est dans l'orientation et la focalisation et non pas dans l'examen de foyers savants ou ardents. Ailleurs, tu disais mieux : « La raison ne sait que parler ; c'est l'amour qui chante »*. Le chant lointain de l'imagination faisant taire les raisons de l'intelligence trop proche, c'est cela, l'amour.

schiller f.
Der nur kennt die Liebe, der ohne Hoffnung liebt.

Celui-l√† seul conna√ģt l'amour, qui aime sans espoir.
Il vaut mieux conna√ģtre l'√™tre aim√© que l'amour : « Celui-l√† seul conna√ģt un √™tre, qui l'aime sans espoir » - Benjamin - « Einen Menschen kennt einzig nur der, welcher ohne Hoffnung ihn liebt ». Celui-l√† seul ignore le d√©sespoir, qui esp√®re sans amour. Qui attend beaucoup dans le r√©el, esp√®re peu dans l'imaginaire.

chateaubriand f.-r.
Notre cŇďur est une lyre, o√Ļ il manque des cordes, et o√Ļ nous sommes forc√©s de rendre les accents de la joie sur le ton consacr√© aux soupirs.
J'ai beau, ensuite, m'imaginer chef d'orchestre ; il me manqueront toujours des instruments du soupir solo, que ne rend aucune joie chorale.

hölderlin f.
Wer am tiefsten denkt, liebt am lebendigsten.

Qui pense dans la profondeur, aime dans l'ardeur.
Qui aime dans l'ardeur, rêve dans la hauteur. Le talent, c'est l'art de mise en marche de l'ardeur, avec des aliments sélectionnés par la noblesse.

schlegel f.
Wie beim Manne der äußre Adel zum Genie, so verhält sich die Schönheit der Frauen zur Liebesfähigkeit.

La noblesse extérieure de l'homme a le même rapport avec son génie, que la beauté de la femme avec son don d'aimer.
C'est à dire, un rapport inexistant. En revanche, la noblesse intérieure de l'homme vaut autant l'amour de la femme, que son génie en vaut la beauté extérieure de la femme.

schlegel f.
Die echte Ironie ist Ironie der Liebe.

La véritable ironie est l'ironie de l'amour.
Le contraire de l'amour, ici, est le calcul, rejoignant, sans souci, une visée sans honte et un geste sans doute. L'amour, c'est l'impasse ou la rupture. Et le comprendre et s'y résigner s'appelle ironie.

novalis f.
Poesie ist unter den Empfindungen - was Philosophie in Beziehung auf Gedanken ist.

La poésie est aux sentiments, ce que la philosophie est aux pensées.
C'est-à-dire complètement inutile. En revanche, on ne s'élève au grade de pensée que par l'adoubement de la poésie, et le sentiment nous propulse au-dessus de l'animal par l'émoi d'un mystère philosophique. L'amour est la poésie de l'émotion crédule.

stendhal
Le plus grand bonheur que puisse donner l'amour, c'est le premier serrement de main d'une femme qu'on aime.
Parce qu'il n'est qu'un avant-dernier pas, c'est-à-dire l'un des plus beaux, avec le premier, qui est le regard d'une femme qu'on va aimer.

stendhal
L'amour, cette passion si visionnaire, exige dans son langage une exactitude mathématique.
L'amour est dans les op√©rations, il se d√©sint√©resse des objets qu'il manipule. Il est obs√©d√© par des preuves, ne confond jamais conjonctions d'avec disjonctions, pratique des implications, o√Ļ l'absurde est fort et la n√©gation faible.

byron g.
Man's love is of man's life a thing apart
'T is woman's whole existence.

L'amour de l'homme en prend une partie,
Mais il remplit la femme, tout entière.
L'√©mancipation √©galisa tout ; et l'amour, chez tous les deux, ne remplit qu'une case pr√©visible, quelque part entre vaccination et assurance.

byron g.
In her first passion woman loves her lover :
In all the others, all she loves is love.

Au prime amour, la femme aime l'amant ;
Dans ceux d'après, elle n'aime que l'amour.
L'homme n'aime que l'amour avec toutes les femmes, sauf avec la dernière, dans laquelle il n'aime qu'elle.

schopenhauer a.
Alle Verliebtheit, wie ätherisch sie sich auch gebärden mag, wurzelt allein im Geschlechtstriebe.

Tout engouement amoureux, quelque apparence éthérée qu'il se donne, a sa racine dans l'instinct sexuel.
Ce qui en fait un bel arbre ! Aucun autre n'a autant d'inconnues, en tout point de son corps et de son √Ęme. Aucun autre n'aboutit aux unifications aussi abondantes en lumi√®res et en ombres, en pertes et en retrouvailles de soi, en √©lans et en immobilit√©s. L'alternative de l'arbre, c'est la platitude, la transparence, le morne enracinement dans le min√©ral.

schopenhauer a.
Jede Liebe, die nicht Mitleid ist, ist Selbstsucht.

Tout amour, qui n'est pas pitié, n'est qu'amour-propre.
Toute passion n'affleure √† la surface de la vie que par le courant d'une compassion. « Toute passion meurt, mais la piti√© survit √† tout » - Greene - « passion died away, but pity always stayed ».

balzac h.
Malheur en amour, comme dans les arts, à celui qui dit tout.
Les meilleures sources des mots et des remous se cachent. Les d√©voiler r√©duit le mot et l'amour √† leur contraire, au constat ; paradoxalement, c'est en les voilant qu'on leur reste fid√®le ; la po√©sie et l'amour sont des fleuves, dont la raison d'√™tre est d'entretenir la pulsation de leurs sources, le rythme. Aimer, c'est inventer la voix de la fontaine originelle. G√Ęcher une invention amoureuse est de l'expliquer aux non-amoureux.

balzac h.
L'amour est la seule passion qui ne souffre ni passé ni avenir.
C'est pour cela qu'il est supérieur à la sagesse et au rêve. L'amoureux est le sage sans mémoire ou le rêveur, dont l'étoile, invisible aux autres, descendit dans le présent.

pouchkine a.
–Ē—É—ą–Ķ –Ĺ–į—Ā—ā–į–Ľ–ĺ –Ņ—Ä–ĺ–Ī—É–∂–ī–Ķ–Ĺ—Ć–Ķ : –Ľ—é–Ī–ĺ–≤—Ć.

L'amour est le r√©veil de l'√Ęme.
L'esprit √©tant la lumi√®re du cŇďur et l'√Ęme - le r√™ve de l'esprit, l'amour serait le don de projeter ses ombres sur la vie, m√™me endormie.

leopardi g.
√ą ci√≤ che inspira ai generosi amanti
La sua stessa beltà, donna non pensa,
Nè comprender potria.

Ce que l'amant emporté voit
Dans sa beauté, la femme ne s'en doute pas
Ni ne pourrait le comprendre.
L'amour part plus souvent d'une bouleversante mésentente que d'un rassurant accord. Dès qu'on comprend le pourquoi de la beauté on trouve le comment de la fuite.

hugo v.
On passe une moitié de sa vie à attendre ceux qu'on aimera et l'autre moitié - à quitter ceux qu'on aime.
L'amour est fait de la distance : quand elle est immense, peu importe si l'on s'en approche ou s'en √©loigne - seule compte la hauteur du vertige, lumineux ou t√©n√©breux.

musset a.
L'amour vit d'inanition et meurt de nourriture.
L'amour est un app√©tit d'asc√®tes et de fanatiques : plus il crie famine moins app√©tissantes deviennent les nourritures terrestres.

musset a.
Aimer est le grand point, qu'importe la ma√ģtresse.
Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.
Dans cet enjouement bachique, Dionysos triomphe d'Apollon. Dans la sobriété du quotidien Apollon succombe devant Mercure. Apollon ne s'entend qu'avec Minerve, quand ce n'est avec Vénus.

kierkegaard s.
L'amour de Dieu et l'amour du prochain sont comme deux portes, qui ne peuvent être ouvertes ou fermées qu'en même temps.
Tout amour est avant tout une clé, dont on n'a même pas l'envie de se servir. Dès qu'on touche aux serrures, on s'évade, redevient libre et donc sans élan cellulaire. Le prochain attend ta chaleur, Dieu se contentera de ton intelligence - amor intellectualis Dei.

lermontov m.
–õ—é–Ī–ĺ–≤—Ć, –ļ–į–ļ –ĺ–≥–ĺ–Ĺ—Ć, - –Ī–Ķ–∑ –Ņ–ł—Č–ł –≥–į—Ā–Ĺ–Ķ—ā.

S'il n'est pas alimenté, l'amour, comme le feu, s'éteint.
Il faut au feu - des aliments purs ; des mati√®res indignes montent la fum√©e, et nous emp√™chent de rena√ģtre des cendres. D'autre part, il faudrait s'inspirer d'un autre √©l√©ment, de l'eau : l'amour est une soif, dont on meurt, √† la fois heureux et malheureux, pr√®s de la fontaine des sources. D'apr√®s Aphrodite et Narcisse, l'amour et la beaut√© sont anadyom√®nes.

lermontov m.
–ď–ī–Ķ –Ķ—Ā—ā—Ć –ĺ–Ī—Č–Ķ—Ā—ā–≤–ĺ –∂–Ķ–Ĺ—Č–ł–Ĺ - —ā–į–ľ —Ā–Ķ–Ļ—á–į—Ā —Ź–≤–ł—ā—Ā—Ź –≤—č—Ā—ą–ł–Ļ –ł –Ĺ–ł–∑—ą–ł–Ļ –ļ—Ä—É–≥.

La hauteur et la bassesse apparaissent, dès qu'il y a une société de femmes.
Avec la féminité évanescente, disparaissent les hauts et les bas, et s'installe la platitude.

tolsto√Į l.
–ē—Ā—ā—Ć —ā—Ä–ł —Ä–ĺ–ī–į –Ľ—é–Ī–≤–ł : –ļ—Ä–į—Ā–ł–≤–į—Ź, —Ā–į–ľ–ĺ–ĺ—ā–≤–Ķ—Ä–∂–Ķ–Ĺ–Ĺ–į—Ź –ł –ī–Ķ—Ź—ā–Ķ–Ľ—Ć–Ĺ–į—Ź.

L'amour se r√©duit √† l'une des trois choses : la beaut√©, l'abn√©gation ou l'action.
On peut y √™tre heureux, respectivement, tout seul, √† deux, dans la projection vers un troisi√®me. Toute sym√©trie g√Ęchant l'amour, c'est le premier qui est le plus authentique.

flaubert g.
L'amour n'est beau que par ce qu'il embellit.
C'est pourquoi il est plus proche du paysagiste que du portraitiste. Dès qu'il pose ses yeux sur lui-même, il ne dépeint que des autoportraits sans vie, car la vie s'arrête autour de l'amoureux.

france a.
Dans l'amour, l'homme a besoin de formes et de couleurs, et la femme - de sensations. Elle aime mieux, elle est aveugle.
L'artiste amoureux est aveugle. L'amour est un beau regard, aux yeux ferm√©s, nous munissant d'un go√Ľt infaillible de formes, de couleurs et de mouvements. La forme vaut surtout par sa musicalit√©, dont s'occupe l'√Ęme, qui est toujours aveugle.

unamuno m.
El amor puede vivir de recuerdos y esperanzas ; el odio necesita realidades presentes.

L'amour peut vivre de souvenirs et d'esp√©rances ; la haine a besoin de pr√©sences r√©elles.
Pour meubler une auberge espagnole, on a besoin du r√©el ; pour meubler les Ch√Ęteaux en Espagne, suffit le ciel.

unamuno m.
El Amor es el Hijo de la ilusión y Padre de la Desilusión.

L'amour est fils de l'illusion et père de la désillusion.
Même dans les arbres généalogiques, il cherche le tentateur, le fruit, l'ombre et la fleur. Dès qu'il ne lui en reste que la racine ou le bois, la profondeur et le chauffage, il sera déchu de la hauteur et de l'éclairage ludique, il fera parti d'une forêt, à but reproductif.

unamuno m.
Los satisfechos, los felices, no aman ; se duermen en la costumbre.

Les combl√©s, les heureux n'aiment pas ; ils s'assoupissent dans l'habitude.
L'amour se faufile aussi bien dans la vaste veille que dans le faste de l'éveil, puisqu'il est autant un rêve nocturne que son interprétation diurne.

nietzsche f.
Eure Liebe zum Leben sei Liebe zu einer höchsten Hoffnung.

Que ton amour de la vie soit l'amour d'un espoir suprême.
Que tu n'atteindras jamais et n'en palpiteras que de loin. L'esp√©rance s'adresse √† ton regard, non pas √† tes projets ; plus que l'horizon de ton acte, elle forme le firmament de ton r√™ve.

nietzsche f.
Wen ich liebe, den liebe ich Winters besser als Sommers.

Si je t'aime, que ce soit plut√īt en hiver qu'en √©t√©.
En √©t√© assourdissant, je confondrai souvent ma voix avec celle des autres. Le printemps hymnique et l'√©l√©giaque automne me mettront en mouvement, tandis que je cherche une immobilit√©. Avec les chutes du mercure, il est plus facile de vivre ma chute dans la fun√®bre solitude. Mettre les naissances en berne, mettre les morts en transe - t√Ęches d'une sombre ironie. « Loin des gens qui meurent sur les saisons. L'automne » - Rimbaud. Porteur d'un climat ne compte pas, non plus, sur l'√©ternel printemps, promis par Zarathoustra.

nietzsche f.
Eine sch√∂ne Frau hat doch etwas mit der Wahrheit gemein : beide begl√ľcken mehr, wenn sie begehrt, als wenn sie besessen werden.

La belle femme et la vérité, toutes les deux, donnent plus de bonheur lorsqu'on les désire, que lorsqu'on les possède.
Bonheur des √©tiquettes, bonheur d'une liqueur en bouche, bonheur d'une ivresse - muni d'un bon go√Ľt, toute lecture, √©rotique ou logique, peut tourner en f√™te heureuse. Plus immat√©riel est ton d√©sir, de moins de r√™ves on pourra te d√©poss√©der ; le romantisme se moquant du sto√Įcisme : « Quel est celui qui poss√®de le plus ? - Celui qui d√©sire le moins » - S√©n√®que - « Quis plurimum habet ? Is qui minimum cupit ».

nietzsche f.
Wo man nicht mehr lieben kann, da soll man - vor√ľbergehn !

L√† o√Ļ l'on ne peut plus aimer, on devrait passer sans s'arr√™ter !
Et encore moins l√† o√Ļ l'on veut aimer ! S'en aller, vers l'altissime. Ou vers le bas, si le ciel est hostile. L'amour ne peut jaillir que d'ailleurs.

tagore r.
La passion est la perversion de l'amour, et que seule peut redresser la vérité de l'amour.
Tout redressement, dans l'amour, le prive de sa n√©cessaire √©lasticit√©. D√®s que l'amour s'engage dans un droit chemin, il est s√Ľr de ne plus avoir besoin de son √©toile. La v√©rit√© de l'amour ne s'√©value que dans un langage de passion, dans lequel il n'y a aucune monotonie logique, o√Ļ tout est √©v√©nement.

rozanov v.
–Ě–į –∑–Ķ–ľ–Ľ–Ķ –Ķ–ī–ł–Ĺ—Ā—ā–≤–Ķ–Ĺ–Ĺ–ĺ–Ķ, –≤ —Ā–Ķ–Ī–Ķ —Ā–į–ľ–ĺ–ľ –ł—Ā—ā–ł–Ĺ–Ĺ–ĺ–Ķ ‚Äď —ć—ā–ĺ –Ľ—é–Ī–ĺ–≤—Ć.

La seule chose vraie en soi, c'est l'amour.
Car l'amour et le bien sont les seules choses qui puissent se passer de langage pour être crues. L'amour, c'est le chassé-croisé du beau et du mystère. Rencontre à leur origine commune, qui est le bien. Les autres vérités sont pour soi, enfermées dans des langages, appuyées par une représentation et prouvées par une logique.

tchékhov a.
–í–Ľ—é–Ī–Ľ—Ď–Ĺ–Ĺ–ĺ—Ā—ā—Ć —É–ļ–į–∑—č–≤–į–Ķ—ā —á–Ķ–Ľ–ĺ–≤–Ķ–ļ—É, –ļ–į–ļ–ł–ľ –ĺ–Ĺ –ī–ĺ–Ľ–∂–Ķ–Ĺ –Ī—č—ā—Ć.

Quand on est amoureux, on sent quel homme on doit être.
Et puisque atteindre cette chim√®re est vou√© √† l'√©chec, on devrait ne v√©n√©rer le c√īt√© divin de l'homme que hors de tout acte, y compris l'acte amoureux.

claudel p.
La femme sera toujours le danger de tous les paradis.
Et si le paradis √©tait le moi, pris pour un autre (par analogie avec l'enfer sartrien, qui serait les autres) ? - « Elle ne peut aimer que prise pour une autre »** - Canetti - « Sie kann nur lieben, wenn man sie f√ľr eine andere h√§lt ». Et m√™me pour sortir de l'enfer retrouv√©, je chercherai la femme, Eurydice plut√īt que la femme de Loth, cette parodie √©perdue d'un mauvais enfer.

alain
Aimer, c'est trouver sa richesse hors de soi.
La richesse est une valeur d'√©change ; aimer, c'est laisser envahir son cŇďur par l'Un, ce chiffre magique, qui pr√©c√®de et se substitue et √† l'esprit et √† la lettre, c'est √† dire √† l'√ätre ; aimer, c'est trouver son d√©nuement soudain in√©puisable en pertes qu'on salue. Mais chercher est peut-√™tre plus authentique que trouver, et Ch√©rubin - « Ricerco un bene fuori di me. Non so chi¬īl tiene, non so cos¬ī√® » - est non seulement meilleur amoureux, mais meilleur philosophe que toi. Des rires ou des pleurs, c'est ce qu'on devrait attendre d'une philosophie humaine, non robotique. D'ailleurs, le seul air d'op√©ra, provoquant des sourires amus√©s des uns ou des sanglots irr√©pressibles des autres, est bien ce Voi che sapete, chant√© par M.Ewing.

proust m.
Dans l'amour, il faut craindre le passé que, soudain, on apprenne à lire.
Car il est le plus beau ‚Äď illisible ! Aimer, c'est oublier les alphabets. L'amour n'a pas d'avenir, mais il peut se conjuguer au pr√©sent moins-que-parfait et subir le pass√© inconditionnel.

proust m.
Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses.
Les diableries du progr√®s s'en m√™l√®rent. Des proc√©d√©s de longue dur√©e justifi√®rent le poss√©dant ; le d√©sir bien canalis√© le long des √©pidermes se passe de fleurs et se contente de jus.

valéry p.
Un sentiment bien circonscrit est un sentiment mutilé.
Laissons-le dans l'incertitude de la convalescence, hésitant entre ailes et béquilles, entre rayon et circonférence. Fuyant ses limites, vers son centre introuvable, il deviendra ouvert, c'est à dire incurable ou immortel.

valéry p.
Je t'aime, donc, je ne te sais pas. Donc je te b√Ętis.
Et plus cette architecture s'inspirera des ruines, et son confort - d'une auberge espagnole, plus d√©licieuse y sera l'illusion d'un ch√Ęteau en Espagne.

valéry p.
Je comprends ce que l'amour pourrait √™tre. Exc√®s du r√©el ! Les caresses sont connaissances. Les actes de l'amant seraient des mod√®les des Ňďuvres.
Deux sommets humains oppos√©s, le r√™ve et la caresse, laissent le savoir et l'amour en √©tat de manque. Le r√©el n'en est que la partie d√©bordante ; l'art, c'est √† dire le r√™ve traduit en caresses, en √©tant le contenu.

valéry p.
On demande des modifications, car on n'aime jamais qu'un fant√īme.
La face réelle de l'aimé devrait ne servir que de contrainte facilitant le glissement vers le but fantomatique. Le contraire de l'artiste, dont le but est réel et les contraintes - fantomatiques.

berdiaev n.
–õ—é–Ī–ĺ–≤—Ć - –Ņ–ĺ–Ľ—Ď—ā, —Ä–į–∑—Ä—É—ą–į—é—Č–ł–Ļ –≤—Ā—Ź–ļ–ĺ–Ķ —É—Ā—ā—Ä–ĺ–Ķ–Ĺ–ł–Ķ.

L'amour est du haut vol, refusant tout enracinement.
Il est un √©tat d'√Ęme, refusant d'√™tre un arbre ; l'apparition d'un nid ou d'un cocon, sans parler de racines, de s√®ves ou de fruits, signe sa d√©ch√©ance. Il prouve que la hauteur peut exister sans la profondeur.

chesterton g.k.
The way to love anything is to realize that it might be lost.

Pour aimer une chose il suffit de se dire qu'on pourrait la perdre.
Un r√©flexe de propri√©taire. Le propre de l'amour est qu'on soit d√©poss√©d√© de son objet. L'amour est une perte, qui enrichit ailleurs. « L'amour, port√© par la seule beaut√©, s'en va avec elle » - J.Donne - « Love built on beauty, soon as beauty, dies » - pour qu'il survive, il faudrait lui trouver un complice, la mort : « Je n'ai aim√© que l√† o√Ļ le souffle de la beaut√© s'unissait √† celui de la mort » - Poe - « I could not love except where Death was mingling his with Beauty's breath ».

rilke r.-m.
Mit dem Offenen ist jene offene Freiheit gemeint, die nur in den ersten Liebesaugenblicken, wo ein Mensch seine Weite sieht, √Ąquivalente hat.

Sous l'Ouvert, j'entends cette vaste liberté, que l'homme n'éprouve qu'aux premiers instants de l'amour, lorsqu'il perçoit sa grandeur.
Tout d√©sir infini (surgi de l'infini ou attir√© par l'infini) nous rend Ouverts : nous pr√©cipiter vers notre fronti√®re, qui n'est pas √† nous, sans se d√©tacher de notre int√©rieur.

rilke r.-m.
In den Liebenden ist das Geheimnis heil geworden.

Le mystère devient sacré dans les amoureux.
M√™me, ou plut√īt surtout, au prix des sacril√®ges, dans les probl√®mes, et des fl√©trissures, dans les solutions. Le sacr√© na√ģt de la douleur des sacrifices et de la jouissance de la fid√©lit√©.

rilke r.-m.
Lieben : Welt zu werden f√ľr sich um eines anderen willen.

L'amour : devenir soi-m√™me un monde pour l'amour de l'√™tre aim√©.
Il faudrait dire par et non pas pour. Tout ce qui est fait pour rate sa cible, c'est par la capacit√© de rester immobile malgr√© tout appel du monde qu'on reconna√ģt la pr√©cision √©patante de ce qu'on subit.

barney n.
L'amour, trop grand pour un, trop petit pour deux.
C'est le bon Dieu, qui l'a astucieusement imparti en trois hypostases : regard paternel, sacrifice filial, fid√©lit√© spirituelle. L'amour est une affaire d'une division consubstantielle et non pas de l'addition, m√™me substantielle.

barney n.
La religion de l'amour comporte moins de croyants que de pratiquants.
L'amour se banalise comme la foi : en r√©duisant aux rites ce qui ne vit que de mythes. Le toit, absent, anime la foi ; les arcs-boutants rassurent la pratique. Mais ce qu'on pratique dans des ruines est plus pr√®s de l'amour que ce qu'on croit dans des temples. Ce que tu imagines en mati√®re de reproduction d'esp√®ces est valable aussi pour la production de genres.

hesse h.
Er hat geliebt und dabei sich selbst gefunden. Die meisten aber lieben, um sich dabei zu verlieren.

Il a aimé et s'en est trouvé devant soi-même. D'autres aiment pour se fuir.
Peu importe ce que d√©couvrent les yeux, l'amour nous emporte ailleurs, o√Ļ n'est soi qui le veut. Quand on aime, on se met √† se m√©conna√ģtre (face √† l'autre, les places de la cause et de l'effet s'inversent facilement : « La femme n'aime que celui qu'elle m√©conna√ģt »** - Lermontov - « –Ė–Ķ–Ĺ—Č–ł–Ĺ—č –Ľ—é–Ī—Ź—ā —ā–ĺ–Ľ—Ć–ļ–ĺ —ā–Ķ—Ö, –ļ–ĺ—ā–ĺ—Ä—č—Ö –Ĺ–Ķ –∑–Ĺ–į—é—ā »). L'amour, c'est la perte, perte sans prix, perte, qui nous enrichit, m√™me si c'est la perte de soi. « Que c'est lamentable : vouloir √™tre aim√© et se conna√ģtre »* - Canetti - « Wie l√§cherlich, da√ü man geliebt sein will und sich kennt ». N'emp√™che qu'on est peut-√™tre le plus pr√®s de soi, lorsqu'on est amoureux.

einstein a.
Am Anfang gehören alle Gedanken der Liebe. Später gehört alle Liebe den Gedanken.

Au commencement, toutes les pensées sont vouées à l'amour. Plus tard, tout l'amour est voué aux pensées.
Au commencement, la pens√©e ce sont les yeux enflamm√©s ; vers la fin, l'amour c'est le regard sans flamme. Plus on pense, moins on aime. Mais mieux on pense, mieux on aime. Dans l'amour, comme dans la vie, memento initii vaut mieux que memento finis.

jaspers k.
Wir sind sterblich, wo wir lieblos sind ; unsterblich, wo wir lieben.

Tu es mortel, quand tu es sans amour ; tu es immortel, quand tu aimes.
L'amour semble, en effet, √™tre l'ultime recours, quand la panique inexistentielle aura balay√© d'autres titres d'immortalit√© : l'action, le savoir, la cr√©ation. « L'immortalit√© chr√©tienne, c'est une vie sans la mort, et pas du tout une vie apr√®s la mort » - Tchaadaev - que la mort contribue √† ce que mon arc soit bien tendu, mais qu'elle ne se m√™le pas du choix de mes cibles.

kafka f.
Die Liebe ist so unproblematisch wie ein Fahrzeug. Problematisch sind der Lenker, die Fahrgäste und die Straße.

L'amour pose aussi peu de problèmes qu'une auto. Le problème, ce sont le chauffeur, les passagers et la route.
Autant ne nous servir que des transports immobiles, ne nous conduisant qu'aux étoiles.

mauriac f.
Aimer quelqu'un, c'est être seul à voir un miracle invisible pour les autres.
L'amour serait donc affaire de foi et de désespérance. Une hérésie, pour les yeux ouverts des autres, et une révélation pour moi, le prosélyte, aux yeux fermés, puisque j'entends des voix.

bernanos g.
Tant√īt port√© vers le bien, une effusion d'amour, qui fait de la souffrance l'objet m√™me du d√©sir, tant√īt tourment√© du go√Ľt myst√©rieux de l'avilissement, de la d√©lectation au go√Ľt de cendre.
Le r√™ve accueille le bien et l'amour et fait de nous un ange ; l'action, pour faire le bien ou prot√©ger l'amour, r√©veille en nous la b√™te.

pess√Ķa f.
Autant donner l'amour à la chétive apparence de mon encrier qu'à la vaste indifférence des étoiles.
D'autant plus que, dans de bons encriers, les √©toiles se refl√®tent mieux que dans les yeux sans larme. On sait o√Ļ m√®ne un amour partag√© - que ta page vise non pas la poste, mais une bouteille √† jeter √† la mer, o√Ļ te liront les √©toiles.

pess√Ķa f.
Je suis de ces √Ęmes, que les femmes disent aimer, et qu'elles ne reconnaissent jamais, quand elles les rencontrent.
Comment, sans la faiblesse de leurs yeux ici-bas, je pr√©serverais la hauteur des rencontres inavou√©es la-haut ?

pasternak b.
–ü—Ä—Ź–ľ–į—Ź —Ä–Ķ—á—Ć —á—É–≤—Ā—ā–≤–į –ł–Ĺ–ĺ—Ā–ļ–į–∑–į—ā–Ķ–Ľ—Ć–Ĺ–į.

La sincérité du sentiment est dans l'allégorie.
Tant de beaux mouvements se prouvent par la fuite. Le plus court chemin n'est pas toujours le plus haut.

tsvétaeva m.
–Ě–Ķ –Ľ—é–Ī–ł—ā–Ķ –ļ—Ä–į—Ā–ĺ–ļ - –≥–Ľ–į–∑–į–ľ–ł, –∑–≤—É–ļ–ĺ–≤ - —É—ą–į–ľ–ł, –≥—É–Ī –≥—É–Ī–į–ľ–ł, –Ľ—é–Ī–ł—ā–Ķ –≤—Ā–Ķ–Ļ –ī—É—ą–ĺ–Ļ.

Ce n'est pas avec les yeux, que tu aimeras les couleurs, ni avec les oreilles - les sons, ni avec tes l√®vres - d'autres l√®vres ; tu aimeras avec ton √Ęme.
Car elle seule découvre des couleurs dans les sons et des sons - dans les couleurs. Qu'elle trouve surtout près des bonnes lèvres.

tsvétaeva m.
–ß—É–≤—Ā—ā–≤–ĺ –≤—Ā–Ķ–≥–ī–į –Ĺ–į—á–ł–Ĺ–į–Ķ—ā—Ā—Ź —Ā –ľ–į–ļ—Ā–ł–ľ—É–ľ–į, –į —É –Ņ–ĺ—ć—ā–ĺ–≤ –Ĺ–į —ć—ā–ĺ–ľ –ľ–į–ļ—Ā–ł–ľ—É–ľ–Ķ –ł –ĺ—Ā—ā–į—Ď—ā—Ā—Ź.

Le sentiment est au maximum à sa naissance et, chez les poètes, il ne va pas plus loin.
Nietzsche veut remplir toute forme avec une m√™me intensit√©, ce qui en constitue l'√©ternel retour ; Tsv√©taeva va en sens inverse : √©tant donn√©e l'intensit√©, lui trouver une forme, ce qui en constitue la cr√©ation : « √Ä toute intensit√©, venue d'ailleurs, imaginer ce qui la forcerait, de nouveau, √† se remplir » - Benjamin - « Jeder Intensit√§t als Extensivem ihre neue gedr√§ngte F√ľlle zu erfinden ». C'est dans le sentiment que Val√©ry place et le d√©part et le retour : « Je cherche le calcul du sentir - penser - agir, qui d√©finit l'√Čternel Pr√©sent ». L'homme fade attend tout de l'accroissement, du passage du simple en expression au complexe en sentiment. Du complexe en expression au simple en sentiment est peut-√™tre le seul cheminement, qui pr√©serve la hauteur. Le vrai sentiment sait, qu'il est condamn√©, et n'attend rien de l'exp√©rience. « Tu seras simple si, sans t'impliquer dans le monde, tu l'expliques » - St Augustin - « Eris simplex, si te non mundo implicaveris, sed ex mundo explicaveris ».

tsvétaeva m.
Liebe lebt von Worten und stirbt an Thaten.

L'amour vit de mots et meurt d'actes.
La pi√®tre litt√©rature - faire finir en mots et non pas en m√©lodie ; la pi√®tre vie - faire vivre d'actes et non pas de r√™ves ; la pi√®tre philosophie - agir, verbalement, au milieu des probl√®mes et ne pas √©couter le myst√®re lointain : « La philosophie vit de probl√®mes, comme l'homme - de nourritures » - Novalis - « Die Philosophie lebt von Problemen, wie der Mensch - von Speisen » - la musique, le r√™ve, le myst√®re - les premi√®res victimes des soifs assouvies.

nabokov v.
–ú–Ķ—á—ā–į –ł –ī–Ķ–Ļ—Ā—ā–≤–ł—ā–Ķ–Ľ—Ć–Ĺ–ĺ—Ā—ā—Ć —Ā–Ľ–ł–≤–į—é—ā—Ā—Ź –≤ –Ľ—é–Ī–≤–ł.

Dans l'amour, le rêve et la réalité se fusionnent.
Seul l'√©tat amoureux nous met, simultan√©ment, face aux sources du r√™ve et aux origines de la r√©alit√© ; √™tre amoureux, c'est ne vivre que de commencements, sans savoir distinguer si l'on est au seuil d'une gr√Ęce ou d'une pesanteur.

saint exupéry a.
Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction.
Ce qui revient au m√™me. Aimer, c'est se retrouver, sans √©chelle ni marches, √† la m√™me hauteur. D'autres - Camus et Aragon - croient m√™me qu'aimer c'est vieillir ou dormir ensemble. Moins les regards lointains se croisent, plus √©pais et enivrant est le myst√®re de l'attraction. Le mirage de l'absence - se regarder √† travers une soif. Avec l'amour, c'est comme avec l'esprit : « La direction de notre esprit est plus importante que ses progr√®s »** - J.Joubert.

jankelevitch v.
L'amour, c'est un problème résolu à l'infini.
Et gardant tout son myst√®re m√™me dans un regard √† bout portant. L'infini ‚Äď un √©lan permament, ne touchant jamais sa destination, toujours plus proche.

thibon g.
Deux sortes de vices : les p√©ch√©s commis sans plaisir et les vertus pratiqu√©es sans amour.
Le p√©ch√© savour√© et la vertu s√Ľre de sa pieuse intention pr√©sentent des vices au moins aussi criards.

thibon g.
Le signe d'un grand amour consiste non pas à tenir, mais à entretenir une promesse divine.
C'est en la d√©clamant, chaque fois dans une langue nouvelle, que les amoureux oublient peu √† peu l'appel de la pr√©c√©dente. L'amour est toujours un d√©butant, il ne quitte jamais le stade de la syntaxe t√Ętonnante. En fait de s√©mantique, il se contente d'onomatop√©es des sens sans paroles.

thibon g.
La volupt√©, c'est la goutte d'eau qui fait d√©border le vase, soit du c√īt√© du n√©ant, soit du c√īt√© de l'infini.
Et quand, en plus, le vase est majestueusement vide - quelle sonorit√© ! √Ä faire p√Ęlir tous les silences.

char r.
Les femmes sont amoureuses et les hommes sont solitaires. Ils se volent mutuellement la solitude et l'amour.
L'esp√©rance ne peut se maintenir que nourrie d'illusions ; l'illusion de son authenticit√©, c'est dans la solitude que l'homme la vit le plus intens√©ment, et la femme - dans l'amour. S'unir, pour eux, c'est √©changer leurs illusions ; sur l'autel de cette double infid√©lit√© na√ģt la plus grande des illusions - que le feu sacrificiel monte plus haut que tout solitaire ou toute amoureuse.

weil s.
L'amour n'exerce ni ne subit la force ; c'est l√† l'unique puret√©.
Il a assez de mercenaires fanatiques, qui se souillent pour lui, avec délices.

weil s.
Aimer un étranger comme soi-même implique comme contrepartie s'aimer soi-même comme un étranger.
Plus on comprend, qu'on n'est pas un automate, plus on s'éloigne de soi-même, pour s'identifier avec son soi inconnu, et donc plus on a de chances de s'aimer. S'aimer, c'est se découvrir comme un étranger, qui nous dépasse et nous surclasse.

weil s.
Aimer purement, c'est consentir à la distance.
Aimer de l‚Äô√Ęme, c‚Äôest se toucher par deux lointains. Aimer de la chair, c‚Äôest la possession ou l‚Äôabandon, c‚Äôest la proximit√© se faisant fusion. L‚Äôintensit√© de l'amour croit avec la distance des √Ęmes, et entretenir cette pure soif est plus d√©sirable que d‚Äôassouvir celle, sombre, des corps.

baudrillard j.
Destination aveugle, tel est le sens des rêves, en idées, en amour.
Compromis par de faux départs, éconduits vers des voies de garage, minés par des déraillements répétés, ces rêves ne comptent plus sur aiguillages en dehors et ne sont qu'aiguillons en dedans. Ce que les idées gagnent par respect des contraintes, l'amour l'atteint par leur violation.