pythagore
Après avoir agi, aie la honte devant le mal que tu as accompli, et réjouis-toi de l'idée du Bien.
Le vrai Bien, le Bien irréel et irrésistible, celui qui est déposé dans notre cœur par une main divine, est hors toute action ; le vrai mal, le mal réel, qui se crée à chaque mouvement de nos mains, accompagne l'action et se multiplie dans l'absence de ta honte après l'action. Se réjouir de la voix du Bien, y entendre une vraie musique divine, est le meilleur tribut au seul Bien réel, le Bien mystique, incompréhensible, profond. Il faut beaucoup de hauteur, pour en être capable.

confucius
À 40 ans je n'avais plus aucun doute. À 50, je connaissais la volonté du Ciel. À 60, j'avais l'ouïe si fine que je pouvais distinguer le Bien du mal, et le vrai du faux. À 70, j'étais capable de suivre les vœux de mon cœur.
Chez nous, les certitudes s'installent à 10 ans, à 20 on oublie la dernière illusion, et à 30 on est indiscernable de la machine. À 60 on retourne à quelques illusions, à cause de leur vrai sentimental ; à 80 on en reprend à cause de leur faux vital.

confucius
Si le mal est absent de tes pensées, il sera absent de tes actes.
Au royaume des pensées règne l'esthétique, et dans celui des actes - l'éthique. Dans le premier, ce qui est beau est toujours bon ; dans le second, il n'existe aucune équation de ce genre, et le mal y est toujours présent, au moins en tant que résidu de tout acte. La vente d'indulgences fut toujours une activité lucrative, dans les sociétés tyranniques. La première vertu commence par la reconnaissance qu'il n'existe pas d'actes vertueux ; il vaut mieux la statufier dans une pensée en bronze.

héraclite
C'est le mal qui engendre le Bien.
Ce genre de raisonnement ne s'applique qu'à ce qui relève de l'expérience. Le bon, le beau et le vrai y échappent ; ils n'ont pas besoin de leur contraires, pour exister ; ils préexistent à toute expérience. Mais si le vrai a un contraire très net, le beau - un contraire sans intérêt, le bon n'en a pas du tout ; le mal a une source à part, pragmatique, hors toute éthique.

euripide
La pitié est naturelle chez les hommes, moins chez ceux qui sont grossiers que chez ceux qui ont l'âme cultivée.
Les hommes chutèrent vers la monoculture, ne cultivant que la raison. La pitié devint une espèce de produit colonial, juste bon pour parfumer les entrées des foires, où s'échangent de vraies marchandises aseptisées.

socrate
Nul n'est méchant volontairement.
Celui qui veut l'action, veut-il ses conséquences ? Il n'y aurait pas de transitivité. On fait le mal par fatalité ; la volonté est fatale, comme l'est l'action. Tout homme est incontinent, volontairement ou pas.

démocrite
Tu supportes des injustices ; console-toi, le vrai malheur est d'en faire.
« Il vaut mieux subir une injustice que la commettre » - Cicéron - « Accipere quam facere praestat iniuriam ». Aujourd'hui, on ordonne une justice qu'on a désappris à émettre, et l'on l'applique, uniquement de peur de verser de trop lourdes indemnités aux victimes.

lao tseu
La bonté en pensée amène la profondeur.
La bonté en action amène l'étendue ; la bonté en rêve amène la hauteur. L'une des plus grandes noblesses – préserver en rêve la bonté, qui chuta en action et même en pensée.

platon
Ce qui procure le bonheur, c'est de posséder la science du Bien et du mal.
Plus mes pensées, plutôt que les actes, s'occupent du Bien, plus malheureux je serai. Il faudrait assigner la bonté à sa résidence naturelle – le cœur (muni d'une créativité, il devient âme). Laisser la pensée - désincarnée. Ainsi j'éviterai d'être le mouton de chair ou le robot de chaire. Le cœur en proie au doute ne doit pas céder au cerveau en quête de certitudes. Le possessif cérébral évince le captatif cordial. La douce ou amère faiblesse des rythmes ne doit pas se muer en force insipide des algorithmes. La science s'inculque et la pensée fuit. À moins qu'on ne fasse que viser sa cible, sans lâcher de flèches : « La philosophie devrait ne viser que la science du Bien et du mal » - Sénèque - « Scientia bonorum et malorum, quae sola philosophiae competit ». Une bonne gymnastique, pour se préparer aux chutes mal amorties et à la honte des pas trop sûrs.

aristote
Le but du poète est de nous guérir de la pitié, source de tous les maux.
Cette manie de paraître fort, que tu partages avec Nietzsche, vous vient du mauvais culte de la tragédie ; la pureté ou l'intensité seraient incompatibles avec la faiblesse ; heureusement, le christianisme reste le dernier à prôner la compassion pour le vaincu. Les cœurs en bronze, hélas, évincèrent les cœurs brisés.

aristote
Terreur et pitié sont des passions de l'âme, que purifie la tragédie.
Que reste-t-il dans l'âme, après cette lustration ? - une auto-suffisance (sibi sufficientia) comique ou une morgue mélodramatique. En faisant de la crainte et de la compassion le fond de l'âme, le christianisme préféra à la purge - une catharsis.

ovide
Video meliora, proboque, deteriora sequor.

Je vois le meilleur, l'approuve et fais le pire.
Le mal se cache dans le Bien, je l'extirpe et le Bien me quitte. J'aurais fait le meilleur, d'autres juges l'auraient condamné, d'autres yeux y auraient vu le pire. Le conflit n'est pas entre ma liberté et la pensée, il est entre mon bras et ma tête. Et il n'est jamais certain, qui, entre les deux, est plus séculier ou plus spirituel. Ce qui est certain, c'est que dès que j'agis, je suis au service de l'acrasie. Le meilleur en moi est peut-être dans la faculté de voir le pire dans ce que d'autres, en moi, saluent. Ni St Paul, ni Racine (« Je ne fais pas le bien que j'aime, et je fais le mal que je hais »), ni Voltaire ne t'ont compris. Le Bien se loge dans le regard. La cervelle est un bon interlocuteur des yeux ou des bras, elle n'en est néanmoins pas un intermédiaire fidèle. C'est à Adam et Ève que nous devons le passage fatal du choix entre bon et meilleur vers celui entre Bien et mal.

st paul
Je ne fais pas le bien que je veux, je fais le mal que je ne veux pas.
Et tu continues à t'identifier avec le vouloir d'une chimère, tandis que les vils se retournent vers le pouvoir sur les autres, et les nobles - vers le devoir devant eux-mêmes. Le verbe faire est un intrus au royaume du Bien, ton cœur, voué à l'être, et il est l'outil unique dans le vaste atelier du mal, le monde.

sénèque
Sapiens succurret alienis lacrimis, non accedet.

Le sage séchera les larmes des autres, mais il n'y mêlera pas les siennes.
Il vaut mieux, en effet, que mes larmes continuent à ne couler que vers mon cœur assoiffé d'un Bien impossible. Ce qui me ronge éthiquement n'est traduisible qu'esthétiquement ; les gestes traducteurs peuvent être nobles, c'est à dire beaux, ils ne peuvent pas être bons. Et que mon encre soit sang et non pas larmes ; le sang concentre le talent, les larmes le diluent.

marc aurèle
La source du Bien est en toi-même. Elle ne cessera pas de jaillir tant que tu la creuses.
Ceux qui, avec leurs mains, s'y adonnent finissent par troubler et boucher cette source. Il faut ne la toucher, ne l'entretenir qu'avec le regard de mon cœur, qui, au lieu de l'approfondir par le faire, la rehausse par l'être. Je peux élever cette source à une bonne hauteur, sans bouger mes bras ; méfie-toi de largeurs, longueurs et surtout profondeurs, désintéresse-toi des embouchures, laisse-toi porter par l'onde, ce rythme, fidèle à la source.

marc aurèle
On devrait être bon pour les autres comme le cheval qui court, comme une abeille qui produit du miel, comme la vigne porte le raisin, sans penser aux grappes.
Être donc plutôt exécutant d'un algorithme que porteur d'un rythme. Mesquin et prophétique. Le Bien a une source surnaturelle, qui s'appelle Dieu ; il a un état naturel, qui s'appelle la honte ; mais il n'a pas de traduction naturelle – toute action le dénature.

plotin
Le Bien est contraire au mal, comme la forme est contraire à la privation.
Le mal est absence de la honte, ce fond humain, dont l'ironie est la forme. Le Bien est la seule valeur humaine sans contraire. Le mal est un attribut automatique de toute action. Être privé du Bien veut dire être sourd à une voix divine, qui se blottit dans ton cœur, sans savoir se traduire en actes.

plotin
Le vice nous pousse à la prudence et ne nous permet pas de nous endormir dans la sécurité.
Du trop de veille dynamique naissent les pires des vices ; la vertu, elle, naît d'une profonde faiblesse et apparaît dans un haut rêve. Le vice nous envahit par les yeux ouverts et les mains emballées. La vertu accompagne l'immobilité des pieds et la honte dans les yeux.

plotin
Si l'âme ne peut poursuivre sa course au-dessus du Bien, c'est qu'il n'y a rien au-dessus.
Au-dessus du beau - la vaste création ; au-dessus du vrai - le savoir profond ; au-dessus du Bien - la hauteur vide. Le Bien est intouchable – il domine le beau et le vrai, sans disposer d'aucune arme visible.

talmud
Agir mal avec une bonne intention vaut mieux que suivre la loi avec une mauvaise intention.
Que le monde serait simple, si l'on n'agissait mal qu'avec la mauvaise et bien qu'avec une bonne intention ! Mais le vrai problème est la loi ; tant qu'il y a loi il n'y a ni bons ni mauvais.

st augustin
Fecis quod justum est et delectet te, et liber es.

Là où le plaisir est à faire le bien, là est la liberté.
Là où faire le bien est une souffrance, la liberté manque, la charité publique disparaît et le sacrifice naît. Ah, si le plaisir de faire des sacrifices revenait à l'homme, quelle noble liberté retrouverait-il ! Mais cette lecture, en abyme, au troisième stade, du plaisir finirait par ennoblir son aboutissement, la souffrance.

thomas d'aquin
Ideo essent portae aperiendae, contra verba legis, ut servaretur quam legislator intendit.

Le Bien consiste à transgresser la lettre de la loi, pour rester fidèle à l'esprit de justice.
C'est peut-être la seule forme d'action qui ait des chances de ne pas nous faire rougir ; toute inertie nous conduit sûrement au mal ; le Bien ne s'ouvre qu'à la liberté transgressante. Le Bien, c'est la préférence donné au fond, au détriment du fondé : « L'être avant l'étant, l'ontologie avant la métaphysique, le même avant l'autre, la liberté avant la justice » - Heidegger - « Der Vorrang des Seins vor dem Seienden, der Ontologie vor der Metaphysik, des Selben vor vor dem Anderen, der Freiheit vor der Gerechtigkeit ».

montaigne m.
Le plus cher est ce qui est donné.
Le gratuit est sans prix, mais non sans poids ; il peut écraser nos vecteurs jusqu'à la platitude reconnaissante. Ce qui est cher en prix d'échange est rarement cher en valeur des anges. Et les valeurs ailées, on les donne surtout aux choses inexistantes.

montaigne m.
À celui qui n'a pas acquis la science du Bien, toutes les autres sciences sont nuisibles.
C'est la gratuité de cette science qui en détourne les hommes, qui ne vivent que de transactions. Celui qui aurait pu n'être qu'écureuil, se mute en charognard.

montaigne m.
Nous ne sommes pas si misérables comme nous sommes vils.
Aujourd'hui, l'homme ne se sent ni misérable ni vil ; il n'a plus rien à apprendre dans tes leçons de honte. L'homme à conscience tranquille ne peut qu'être vil. « Il eut la conscience pure. Jamais utilisée » - S.Lec.

shakespeare w.
Some rise by sin, and some by virtue fall.

Les uns s'illuminent dans le péché, dans la vertu s'assombrissent d'autres.
Parfois, c'est le même personnage : maître de son équilibre altier et de sa lumière tournée vers l'intérieur.

pascal b.
Les uns, justes, qui se croient pécheurs ; les autres, pécheurs, qui se croient justes.
La différence est dans les questions (non) posées. Les justes se demandent si le Bien obscur est bien rendu par l'acte net, - et ils ont la honte. Les seconds voient dans leur acte une fidèle traduction de leur bien limpide, et ils gardent une sérénité de raison.

pascal b.
Des pécheurs sans pénitence, des justes sans charité, la prédestination sans mystère.
Oui, la honte est un problème, et le souci du prochain - une solution ; les deux sont des contraintes, pour me faire tourner, moi, qui suis toujours pécheur, côté acte, et toujours juste, côté rêve, - tourner vers le mystère des fins et des commencements.

spinoza b.
Nulla actio bona aut mala est, sed una eademque actio jam bona jam mala est.

Aucune action n'est bonne ou mauvaise, mais une seule et même action est tantôt bonne, tantôt mauvaise.
Cette nuance est pire que le gros trait initial : faire d'un dogmatique - un cynique. Dans l'action, la conscience, ce Bien inapplicable, impuissant, immobile et intemporel, percevra le mal inhérent à tout bras et à tout pas.

spinoza b.
Inquirere an aliquid daretur, quo invento et acquisito continua ac summa in aeternum fruerer laetitia.

Chercher un Bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine.
Un galimatias intégral, chaque mot n'y est qu'absurdité ! La possession de ce qui n'est qu'une étincelle, faite pour brûler dans ton âme plutôt que pour réchauffer ton esprit ! Comment s'appelle une joie, qui serait éternelle ou continue ? - l'ennui ! « Le bonheur, qui perdurerait tous les jours, me serait insupportable » - Tchékhov - « Счастья, которое продолжается изо дня в день, я не выдержу » - un malheur de doctrine vaut mieux qu'un bonheur de routine.

spinoza b.
Commiseratio in homine, qui ex ductu rationis vivit, per se mala et inutilis est.

La pitié est, de soi, mauvaise et inutile dans une âme, qui vit selon la raison.
L'âme vit selon ses passions ; se pliant devant la raison, elle devient esprit. Il faut bien gratter l'utilitariste, vivant selon la seule raison et, donc, dépourvu d'âme, pour atteindre à la première fibre compatissante.

leibniz w.
Le mal peut être métaphysique, physique ou moral : l'imperfection, la souffrance ou le péché.
On se croirait en cours de catéchèse : la perfection (nature), la béatitude (paix), l'ignorance (innocence) - c'est ce que perdirent Adam et Ève. Le mal est toujours bien réel, et donc il fait partie de la perfection divine, contrairement à la beauté et à la vérité, qui sont toujours des constructions artificielles.

leibniz w.
En Dieu, la puissance va à l'être, la sagesse au vrai, la volonté au Bien.
Chez l'homme, en revanche, l'être, la vérité et le Bien sont sans attributs. Ce qui réclamerait, chez lui, et la puissance et la sagesse et la volonté, c'est le beau. C'est pourquoi la théodicée la plus convaincante, ce n'est ni la tienne ni celle de Gödel, mais celle de Berdiaev : la beauté incompréhensible de la création humaine.

voltaire f.-m.
C'est n'être bon à rien que n'être bon qu'à soi.
Le sot, qui est toujours bon à soi, mais aussi aux autres, vaut quelque chose. Le sage, qui n'est jamais bon à soi et encore moins aux autres, a des chances d'être bon à quelque chose.

voltaire f.-m.
Le mieux est l'ennemi du bien.
Le vrai Bien m'est donné avant même que je lève mon bras ; viser le mieux, c'est déjà engager un combat : « Tu gâches le bon, en luttant pour le mieux » - Shakespeare - « Striving to better, we mar what's well ». Même les anges sont contraints parfois à la lutte. Pour chuter. Déchus, ils font la bête et se servent de leurs ailes, pour marcher, au lieu de danser.

rousseau j.-j.
Ce sont presque toujours de bons sentiments mal dirigés qui font faire aux enfants le premier pas vers le mal.
Les bons sentiments bien dirigés s'engagent sur les mêmes routes. Les sentiments sont bons, quand les bras, les pieds et, surtout, l'esprit n'arrivent qu'en derniers sur les lieux, où ton cœur voulut se poser, désemparé.

rousseau j.-j.
Dieu m'a donné la conscience, pour aimer le Bien, la raison - pour le connaître, la liberté - pour le choisir.
On n'aurait pas dû mêler la raison de ce qui ne la regarde guère ; et la liberté, dans le choix de ce qui n'a ni corps ni règle ni hauteur, ne peut aider qu'un mouton, pour le débarrasser de la conscience, ou un robot, pour qu'il ait une conscience tranquille.

rousseau j.-j.
Toute méchanceté vient de faiblesse.
Les hommes t'écoutèrent bien, ils devinrent forts et sans états d'âme. La méchanceté est vaincue par la force de l'indifférence.

rousseau j.-j.
Homme, ne cherche pas l'auteur du mal ; cet auteur, c'est toi-même.
Mais on aurait tort de s'en prendre à sa raison ou à son âme, toujours désarmées face au Bien, - le mal est sécrété par ton bras armé, ce mal que notre raison décèle et notre âme vit.

rousseau j.-j.
Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins.
De tous les jours on voyait dans le voisin un Tartare, mais aujourd'hui on fit du Tartare son voisin. On n'aime qu'à distance, il n'y a donc plus personne à aimer.

vauvenargues l.
L'utilité de la vertu est si manifeste, que les méchants la pratiquent par intérêt.
D'autant plus facilement que cela ne demande pas de courage. Mais c'est par courage et mépris de leur intérêt que les bons tâtent du vice.

chamfort n.
Il faut être juste avant d'être généreux, comme on a des chemises avant d'avoir des dentelles.
On t'écouta si bien que les garde-robes sont pleines, mais la dentelle se fait de plus en plus rare !

lichtenberg g.
Wenn die Menschen plötzlich tugendhaft würden, so müßten viele Tausende verhungern.

Si les hommes soudain devenaient vertueux, ils déclencheraient une grande famine.
La vertu s'efforçant à entretenir de bonnes soifs, le vice - à contenir un maximum d'aliments, la compétition est pipée d'avance.

lichtenberg g.
Die sogenannten schlechten Leute gewinnen, wenn man sie genauer kennenlernt, und die guten verlieren.

Les personnes prétendument exécrables gagnent à être mieux connues, alors que les bonnes gens y perdent.
L'invention sauve le fat, l'intention sauve le fait. On n'aime vraiment que ce qui est voilé.

lichtenberg g.
Ein Unverschämter kann bescheiden aussehen, aber kein Bescheidener unverschämt.

L'éhonté peut avancer avec humilité ; jamais l'humble - sans honte.
La honte, l'obstacle, de l'humble est dans la nécessité même des pas ; l'humilité de l'éhonté - dans une distance parcourue silencieusement et sans obstacles.

maistre j.
Les véritables miracles sont les bonnes actions faites en dépit de notre caractère.
Les banalités se déclinent selon ; ce qui est beau ou miraculeux s'appuie sur le malgré, par une résolution de contraintes.

joubert j.
Philanthropie et repentir est ma devise.
On sent la fierté de misanthrope dans cette devise – agir pour rougir et rougir pour agir.

chateaubriand f.-r.
Jadis : soyez vertueux, pour être libres. Aujourd'hui : soyez libres, pour être vertueux.
Aujourd'hui, à l'âge de 5 ans on sait qu'on est libre, et à 80 on se dit que peut-être on aurait dû être vertueux. Jadis, les chaînes contribuaient au sens et au rythme de toute marche, et même au repos final on se présentait en serviteur de Dieu.

hegel g.
Die allgemeinen Worte von dem Wahren und Guten können zu keiner Ausbreitung des Inhalts kommen und fangen bald an, Langeweile zu machen.

Les expressions universelles de vrai et de Bien ne peuvent aboutir à aucune expression du contenu et ne tardent pas à engendrer l'ennui.
Le vrai n'a pas de fond, il n'a que la form(ul)e ; le Bien, au contraire, n'a que le fond, intraduisible ni en forme d'un tact ni en force des actes. L'ennui du cornichon est l'insensibilité à la forme du vrai et au fond du bon ; l'ennui du sage est le vrai mal fondé ou le bon déformée.

heine h.
Der Gute findet hier sein Paradies, der Schlechte genießt schon hier die Hölle.

Le bon trouve déjà sur terre son paradis et le méchant - son enfer.
L'ironiste, meilleur serrurier que chauffagiste, ne se sépare jamais de clés, pour déjouer la vigilance des portiers et choisir les lieux en accord avec sa saison courante.

leopardi g.
Gesù Cristo fu il primo che distintamente additò agli uomini quel lodatore di tutte le virtù finte, derisore d'ogni sentimento alto, quello schiavo dei forti, tiranno dei deboli, dinotò col nome di mondo.

Jésus-Christ, le premier, a désigné le laudateur de toutes les fausses vertus, le contempteur de tout sentiment élevé, cet esclave des forts, ce tyran des faibles - le monde.
La misanthropie existait bien avant Lui, mais elle opposait au monde de la réalité - le monde de la vanité, le monde des sages. Dans les deux cas, la fuite est le mot d'ordre commun, fuite dans un discours ironique ou dans un parcours ascétique. L'ascétisme, le romantisme, les statistiques - telles sont les étapes d'un regard hautain intercepté par l'ironie.

hugo v.
Qui donne aux pauvres, prête à Dieu.
Qui prend aux riches, plaît à Dieu ! La plus récente bassesse du monde est dans les riches modernes. Qui fait oublier que la pauvreté en est la plus vieille noblesse. Le bavardage sur la lutte - presque inexistante ! - entre le Bien et le mal, camoufle la vraie ligne de front : « Le monde n'est pas partagé entre les bons et les méchants, mais entre les riches et les pauvres »** - Jean-Paul II.

hugo v.
L'ignorance, ce sont des crépuscules, où rôde le Mal.
Et c'est à l'aube du Bien matériel, annoncé par le savoir, qu'on trousse le plus férocement les attardés de la Nuit spirituelle.

kierkegaard s.
La sphère de l'éthique est celle de l'exigence, tellement infinie, que l'individu fait toujours faillite.
L'acte est une dimension de trop, pour une sphère, qui répugne le rayon et ne brille que par la circonférence.

tolstoï l.
Надо не столько стараться делать добро, сколько стараться быть добрым ; не столько стараться светить, сколько быть чистым.

Ne cherche pas à faire du bien - sois bon. Ne pas éclairer, mais être lumineux.
« Affairé à faire du bien, tu n'as plus le temps d'être bon »* - Tagore. Je sais que je suis bon et lumineux. Mais comment en convaincre l'observateur incrédule, qui est moi-même, le jour des yeux éteints ? « Deviens ce que tu cherches ! » - Angélus - « Werde was du suchst ! » - mais je suis ce que j'ai trouvé, et Pythagore, avec « Deviens ce que tu es », est plus percutant. La lumière de l'ascète ne chauffe pas, car elle ignore les facettes. La lumière de l'esthète se rit des facettes. La lumière du poète est tournée vers l'intérieur, et ses ombres – vers l'extérieur ; pour produire de l'éclat chez autrui, il faut être éclatant – en soi.

tolstoï l.
Истинное счастье человека - быть полезным и иметь спокойную совесть.

Le vrai bonheur de l'homme - être utile et garder la conscience tranquille.
Ce sont, très exactement, les deux cibles les plus désirées et fatalement ratées par celui qui vise un haut bonheur ! Et que l'auteur, à propos, ne sut jamais atteindre.

tolstoï l.
Добро заражается злом в борьбе.

L'acceptation du combat avec le mal en contamine le Bien.
« Qui combat le monstre devrait faire attention de ne pas en devenir un »** - Nietzsche - « Wer mit Ungeheuern kämpft, mag zusehn, daß er nicht dabei zum Ungeheur wird ». Avec tous les contrepoisons qu'on inventa le risque s'amenuisa considérablement. Le mal changea de bannières et il les plante plus volontiers devant des vitrines que sur des lances. Le contenu des combats, comme leur forme, se réduit, de plus en plus, aux alignements de chiffres. Les redditions résultent des additions, les charges se rapportent au fisc, les retraites sont de plus en plus anticipées.

tolstoï l.
Нет величия там, где нет простоты, добра и правды.

Pas de grandeur là, où il n'y a pas simplicité, bonté et vérité.
Mais là où tout cela existe, la place est si déserte, que toute grandeur ne serait que mirage. « Dans leur souci du beau, les grands Russes sont gênés par leur souci du bon » - Rilke - « Ihre Güte hindert die großen Russen daran, Künstler zu sein ».

tolstoï l.
Наши добрые качества больше вредят нам в жизни, чем дурные.

Ce qui, chez nous, tend vers le Bien nous gêne davantage dans la vie que ce qui tend vers le mal.
Dans le premier cas les yeux s'élèvent, dans le second - ils se baissent ; et c'est dans cette seconde attitude qu'on a plus de chances de vivre, c'est-à-dire de nous croiser avec nous-mêmes.

tolstoï l.
Злодейства, невозможные при Неронах, совершаются нынче, а обвинить некого.

Aujourd'hui des forfaits impossibles sous les Néron se commettent, sans qu'on puisse accuser personne.
Le mal est de plus en plus anonyme, le faux bien est couvert de noms criards.

tolstoï l.
Чем выше эстетическое наслаждение, тем более неудовлетворёнными оно нас оставляет.

Plus la jouissance esthétique est élevée, plus elle nous laisse insatisfaits.
La jouissance éthique, au contraire, est trop prompte à nous contenter, ce qui la rend suspecte. La satisfaction nous fait perdre de la hauteur et nous ramène sur terre. Le mot sait biaiser avec le sol, le geste s'y ancre.

tolstoï l.
Неверие в разум - источник всего зла.

La méfiance devant le savoir est source de tout mal.
La confiance dans le savoir en est une autre, encore plus dévastatrice, car plus indifférente aux confluents du Bien, qui se précipitent de l'au-delà du savoir.

baudelaire ch.
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
À qui notre cœur sert de cible ?
Les bonnes consciences, servant d'antidote aux cœurs en bronze, se moquent du poison, et les carquois mêmes du remords sont vides, du remords pacifié et désarmé.

france a.
Il faut donner à la vie humaine pour témoins et pour juges l'Ironie et la Pitié.
Ce serait le procès de la vie le plus équitable ! Il faut empêcher l'Ironie de se présenter en tant que Procureur, et la Pitié - en tant que circonstance atténuante. L'Ironie, en souriant, nous rend la vie aimable ; la Pitié, qui pleure, nous la rend sacrée. Difficile de les voir cohabiter ; Voltaire, devenu larmoyant, ou Rousseau, devenu caustique, y perdraient beaucoup de leur verve.

france a.
Le vice est toujours puni et la vertu aussi.
Le vice clamera son innocence, la vertu continuera à rougir.

dostoïevsky f.
Сознание, что тебя стоит высечь, - есть уже начало добродетели.

La conscience que tu mérites le fouet est le commencement de la vertu.
Beaucoup de vices commencent par la conviction que d'autres le méritent. Nietzsche, pour se faire rosser, n'allait vers la femme qu'avec un fouet. Baudelaire fut encore plus indépendant : « Je suis le soufflet et la joue ». Pour être libre, rien de plus efficace que la honte : « Je suis esclave par mes vices, et libre par mes remords »* - Rousseau.

renard j.
L'homme naît avec ses vices, il acquiert ses vertus.
Le vice, c'est ne pas voir de miracles et croire à l'innocence possible ; la vertu, c'est découvrir des miracles partout et reconnaître la honte ineffaçable. Dans le monde s'accumule le vice profitable, dans l'homme seul - la vertu inutile.

renard j.
La bonté n'est pas naturelle : c'est le fruit pierreux de la raison.
La rapacité, en revanche, est dans la nature des choses : c'est le fruit vitaminé des bronzés de cœur. D'autre part, la bonté n'est effectivement que surnaturelle, puisque intraduisible dans le langage de la raison.

soloviov v.
Зло - это перевес низших качеств над высшими, распад единства на части.

Le mal - la qualité supérieure cédant à l'inférieure, le tout s'écroulant en parties.
Les mouvements inverses en engendrent tout autant. Que ce soient la raison, la conscience ou les bras qui agissent, le mal mental, métaphysique, s'insinue dans toute action, car nous ne savons pas rester dans le réel, cette seule perfection, dont nous portons la nostalgie coupable. Le vrai contraire du mal n'est pas le Bien, mais le sacrifice : la qualité inférieure, notre intérêt matériel, cédant à la qualité supérieure, la noblesse spirituelle.

soloviov v.
Истинное - лишь одна из форм доброго.

Le vrai n'est qu'une forme du Bien.
Le Bien, avec le beau et le mystère, forment l'espace humain, arbitraire puisque divin. Pour communiquer avec lui, comme avec n'importe quel système, on a besoin de langage. Tout langage génère du vrai formel. Le vrai ne peut donc être qu'un accident langagier ; il n'est humainement intéressant que si sa projection inverse touche à toutes les trois dimensions.

twain m.
Man is the only animal that blushes - or needs to.

L'homme est le seul animal, qui rougit, - ou devrait le faire.
La couleur de votre honte et le son, qui vous enfante, sont désormais bannis de la forme de vos messages ; et dans votre contenu - la grise convivialité, le multimédia du brouhaha et des flèches qui tuent.

nietzsche f.
Es ist mit dem Menschen wie mit dem Baume. Je mehr er hinauf in die Höhe und Helle will, umso stärker streben seine Wurzeln erdwärts, abwärts, ins Dunkle, Tiefe - ins Böse.

Avec l'homme c'est comme avec l'arbre : plus il aspire à la hauteur et à la lumière, plus fort est l'appel de ses racines vers la terre, vers le ténébreux et profond, vers le mal.
Et comme avec l'arbre, sa hauteur se mesure par ses appétits : le fruit, la fleur ou le climat. Je ne crois pas à la légende d'un mal se tapissant dans des profondeurs ; le mal est dans la platitude ou l'étendue de l'action ; les racines, qui en seraient contaminées, ne sont que rhizomes surfaciques, parasitaires ou rapaces.

nietzsche f.
In jeder aristokratischen Moral wird das Mitleid als eine Schwäche wahrgenommen.

Dans toute morale aristocratique, la compassion passe pour une faiblesse.
Cultive ta faiblesse ou ta défaite, et tu retournes facilement cette piqûre en éloge. Le goujat est connu par n'apprécier que la force. Ou, plus précisément, il ne sait pas tirer profit de ses faiblesses.

nietzsche f.
Je stumpfer das Auge, desto weiter reicht das Gute ! Daher die ewige Heiterkeit des Volkes und der Rinder ! Daher die Düsterkeit und der dem schlechten Gewissen verwandte Gram der Denker !

Plus grossier est l'œil, plus facile est le contentement ! D'où l'éternelle pétulance du troupeau. D'où la tristesse et cet air ombrageux, proche d'une mauvaise conscience, - du penseur.
La bonne conscience est donnée en prime à tout gagnant de la vie. D'où la lubie du penseur : s'introduire auprès des perdants, pour satisfaire son avidité de neurasthénies, sa volupté de l'échec et sa volonté de capitulation, pour ranimer sa bile dans une écriture du désastre (Blanchot). « Allègre en tristesse, triste en allégresse » - G.Bruno - « In tristitia hilaris, in hilaritate tristis ». L'ignorance étoilée ou « que le penseur rie » - Martial - « ride si sapis ».

rimbaud a.
La morale est la faiblesse de la cervelle.
L'humanité, ces temps derniers, progressa surtout côté cervelle, et là-dessus elle est désormais invulnérable. Elle se souviendra, un jour de nostalgie, que l'amour était une faiblesse du cœur, l'ironie - celle de l'esprit (« Ma pensée m'échappe ; cela me fait souvenir de ma faiblesse » - Pascal). Mais il sera trop tard.

mallarmé s.
Le vice, rongeant ma native noblesse, m'a marqué de sa stérilité.
Le vice, c'est une sortie du dessein, que Dieu forma pour l'homme. Dieu nous voulait poètes, et nous voilà - robots, ce vice final, avec une fécondité matérielle et une stérilité spirituelle. Et la noblesse, en effet, ne peut être qu'innée ; si elle est malléable, c'est que je manque de talent, pour créer, ou d'intelligence - pour rêver.

rozanov v.
Никакой человек не заслуживает похвалы, всякий человек заслуживает лишь жалости.

Aucun homme ne mérite la louange, tout homme ne mérite que la pitié.
« Pour les uns - une pitié, qui naît de tendresse, pour les autres - une pitié, qui naît de mépris » - Pascal. La louange cajole, la pitié offense la bonne conscience de l'homme libre, qui finit par ne plus mériter même une bastonnade. Comment fouetter un robot ? Être libre, c'est être sans passions. L'esclave de toute passion, lui, s'auto-flagelle.

claudel p.
Le Tau, signe de la compassion. Pour comprendre combien elle est large, regardez comme elle est haute.
Il existe un autre signe de la croix, encore plus haut, c'est le X, signe du doute. (Pensez au doute du Jeu suprême du Sonnet en X de Mallarmé ! ) Préférer le sautoir de Saint André au chapelet de Saint Antoine ! Préférer Saint Philippe, à la croix couchée, à Saint André ! Mais la plus belle (P)passion est compassion - rencontre d'une vivante ironie et d'une pitié morte.

claudel p.
Le mal n'est que la préférence du bien particulier au bien général.
Toute chose ayant au-dessus d'elle quelque chose de plus général, tout acte relèverait du mal ! Le Bien n'existe qu'au singulier supputatif, le mal est dans le pluriel effectif.

suarès a.
La morale est l'hygiène des niais.
C'est pourtant le seul remède naturel, pour ne pas étouffer au milieu de nos actions intelligentes et nauséabondes.

gide a.
Tout ce que tu ne sais pas donner te possède.
Pire - « Ce que tu possèdes te possède »* - Pétrone. Comment donner ce qu'on ne possède pas ? Le savoir-donner est mieux que donner, comme le savoir-faire est mieux que faire. La fidélité à ce qui possède mon âme est plus haute et noble que le sacrifice de ce que je possède en esprit.

russell b.
The elimination of ethical consideration from philosophy is scientifically necessary.

L'élimination de toute considération éthique de la philosophie est scientifiquement nécessaire.
Et tu ajouteras peut-être, que c'est l'introduction de quantificateurs en philosophie, qui avait rendu celle-ci - scientifique… Quelles balivernes ! La philosophie s'occupe de tous les domaines de la réflexion humaine, où la réponse unique n'est pas (encore) possible. Que l'éthique, aujourd'hui, dans les affaires des hommes, soit évincée par la mécanique, ne devrait pas en détourner la philosophie.

russell b.
The finite self sees the world in circles around the here and now ; the infinite self aims simply at the good.

Le soi fini voit le monde en cercles autour du hic et nunc ; le soi infini ne vise que le Bien.
Avec de simples astuces topo-chrono-logiques, on réduit toujours le soi infini au soi fini. En revanche, c'est le soi inconnu qui refuse toute analogie, comme d'ailleurs toute inversion, avec le soi connu. Le Bien est la demeure du premier ; le beau est l'atelier du second.

russell b.
The necessity of renouncement is a proof of the existence of the Evil.

La nécessité de la résignation est une preuve de l'existence du Mal.
Le Bien serait-il une béate fidélité au continu, tout saut ou rupture étant signes du mal ? On est dans le Bien, quand on reste fidèle à ce qui fait mal ou sacrifie ce qui se porte bien - la liberté, autre nom de cette pénible, mais vraie béatitude.

berdiaev n.
Человек, лишённый свободы зла, был бы автоматом добра.

L'homme privé de la liberté du mal deviendrait un automate du Bien.
La liberté de l'esprit est son indépendance de son corps, c'est à dire des bras, c'est à dire de l'action. Le Bien est dans la rythmique intérieure, plutôt que dans l'algorithmique extérieure. L'automate ne fait qu'assister l'action, et donc ne peut ni porter le Bien ni traduire le mal. Les cœurs, solidaires des bras, risquent de devenir, à leur tour, automates. Les bras rendus superflus peuvent entraîner les cœurs dans la même apathie.

berdiaev n.
Жалость может привести к отказу от свободы, свобода может привести к безжалостности.

La pitié peut conduire au renoncement à la liberté ; la liberté peut rendre impitoyable.
Le cœur a des raisons, que la liberté ignore ; l'inverse est rarement vrai, à moins que le cœur soit devenu de bronze. La liberté est la religion des impurs ; la pitié est la foi des purs. La pureté ne devrait pas agir ; sinon elle devient, par un mécanisme d'héritage, impitoyable.

berdiaev n.
Трагизм человеческой жизни не в конфликте добра и зла, а в конфликте положительных ценностей.

La vie humaine est tragique non pas à cause du conflit entre le Bien et le mal, mais de celui entre des valeurs positives.
La liberté, par exemple, a toute une brochette d'oppositions navrantes : la justice, la passion, la gloire, la création, l'action, l'honneur…

berdiaev n.
Зло - страшное благо, плод и доказательство свободы человеческого духа.

Le mal est un terrible bien, fruit et preuve de la liberté de l'esprit humain.
Dieu créa les capteurs du Bien et du beau, pour que la liberté humaine inventât les champs (ou les chants) mettant en mouvement les aiguilles magnétisées ou électrisées.

einstein a.
Moralisches Handeln allein kann dem Leben Würde verleihen.

Seule l'action morale peut munir la vie - de la dignité.
Cette dignité se mesurera en galons et t'apportera une bonne conscience. Je préfère que la vie s'apprécie en frissons et en douleur éternelle, que réveille le rêve moral, sans appui des bras. Être « un pouls blessé, qui pressent l'au-delà »** - Lorca - « un pulso herido que presiente el más allá ».

bachelard g.
Dans une âme, où le Bien s'accentue, la hauteur prend une richesse telle, qu'elle accepte toutes les métaphores de la profondeur.
Le Bien, sans bonne assise en terre, est peut-être le seul à communiquer avec la hauteur.

mauriac f.
La réponse tient dans cet X, qu'il suffit de redresser et qui devient la croix.
Ce redressement du doute apporte plutôt une piètre addition de certitudes, où ne pourra plus se glisser la moindre variable. La croix, contrairement au gibet, est un plus, qui, au lieu de nous exprimer en superlatif, nous plonge dans le comparatif.

heidegger m.
Eine Verschuldung wird erst möglich »auf Grund« eines ursprünglichen Schuldigseins.

Le sentiment de culpabilité se doit au sentiment inné d'être déjà coupable.
Le berceau de l'éthique, c'est à dire de la honte, ainsi que le bureau d'une plume, sachant rougeoyer, ou le lit de mes conceptions ou de mes agonies, c'est le banc des accusés, que je suis le seul à ériger et à voir. Absent au lieu de mes crimes, je fus condamné par contumace.

wittgenstein l.
Was gut ist, ist auch göttlich.

Ce qui est bon, est aussi divin.
Que Dieu ait mis en nous des organes transcendantaux, pour sonder le beau, le bon et le vrai, est la seule trace de son (in-)existence.

wittgenstein l.
Das Gute liegt außerhalb des Tatsachenraums.

Le Bien se situe en dehors de la sphère des faits.
Ses circonférences sont peut-être partout, mais son centre, le seul lieu, où il est indubitable, se situe dans notre cœur, sans aucune transmission crédible vers les bras.

pasternak b.
Нам иногда неподвластны тёмные инстинкты, но добрые наши поступки всегда в нашей власти.

Parfois il ne nous appartient pas de maîtriser les instincts sombres, mais les bonnes actions sont toujours à notre portée.
Pourtant, c'est l'obscure sensation de contraintes vaincues qui nous rapproche du Bien, tandis que la certitude de suivre une loi mène presque toujours vers l'indifférence, synonyme du mal.

borgès j.
Lo que es bueno no pertenece a nadie.

Ce qui est bon n'appartient à personne.
Ce bien public fut créé par Dieu comme point de rencontre avec Lui. On l'accapare et l'on ne pensera qu'au loyer ou aux locataires et l'on perdra le sommeil du juste parsemé de rêves. Il suffit que je ferme les yeux, pour que tout ce que je vois m'appartienne. Je ne possède que ce qui est médiocre ; dès que mon produit est beau, il n'est plus à moi.

jankelevitch v.
La bonne conscience est une forme honteuse de la misère.
C'est grâce à sa misère du cœur que tout prédateur monétaire se vautre dans sa paix d'âme. L'esprit calculateur de suffisances évinça l'esprit réveilleur de consciences.

montherlant h.
On a rêvé des édens, où les hommes seraient tous heureux ou tous bons. On n'a jamais rêvé d'édens, où ils seraient tous intelligents.
On osa cette expérience directement en travaux pratiques. Ce qui tourna tout de suite à l'envers et à l'enfer.

arendt h.
Pity may be the perversion of compassion. Because the pitier has often shown a greater capacity for cruelty than the confessedly cruel.

La pitié, prise comme ressort de la vertu, s'est avérée comme possédant un potentiel de cruauté supérieur à celui de la cruauté elle-même.
Depuis que la vertu est du ressort de l'indifférence, on n'aperçoit plus de traces apparentes de la cruauté. Seulement, il ne reste pas de ressort non plus dans la vie.

weil s.
Le bien s'opposant au mal est un bien de code pénal. Le mal nie le Bien. Mais il le nie mal.
Le Bien ne nie bien le mal qu'en lui abandonnant le terrain des affirmations et des négations. Le seul Bien, légèrement perceptible, est peut-être dans l'acte, qui refuse de se laisser évaluer.

weil s.
Est bien ce qui donne plus de réalité aux êtres et aux choses, mal ce qui leur en enlève.
Ce qui suppose que le chemin, qui mène à la perfection, soit droit, ce qui messied à mon doute capricieux. Mais peut-être s'agit-il là d'une modulation de chemins obliques ? Le Bien serait-il parfaite et droite impuissance ? « Diable, c'est puissance oblique » - Alain.

weil s.
Le Bien est un néant, qui n'est pas irréel. Tout ce qui existe, comparé à lui, est irréel.
Est irréel ce qu'aucune attention n'approfondit, sans changer d'objet. Le néant du Bien, en revanche, est source de transfigurations en interne.

weil s.
Le désir de Bien infini n'a d'objet que hors de ce monde.
C'est là où gît le projet divin, l'homme. Mais le prince de ce monde se contente du Bien fini, incarné dans des objets et détaché du sujet.

weil s.
L'homme voudrait être égoïste et ne peut pas. C'est le caractère le plus frappant de sa misère et la source de sa grandeur.
Les sources divines, celles, auprès desquelles on meurt de soif, et qui portent les noms de bon, de beau et de vrai.

pavese c.
Tutti sappiamo fare delle buone azioni, ma buoni pensieri pochi.

Tous savent produire une bonne action, mais peu - une bonne pensée.
C'est que le maçon se manifeste en nous plus souvent que l'architecte.

cioran é.
Regardez la gueule de celui qui a réussi, qui a peiné. Vous n'y découvrirez pas la moindre trace de pitié.
Que penser de ce monde, où les seuls à pratiquer l'ironie et la pitié sont ses ratés ! Tout triomphe non-simulé endurcit. Jadis, on pouvait consacrer son ascension à une idée traquée, auréolée d'un mensonge indocile et tendue vers un avenir radieux. Aujourd'hui, la seule idole est la vérité : irrécusable - donc pas d'ironie, mécanique - donc pas de pitié. La sagesse et la sainteté commencent par la honte – la reconnaissance de la défaite fatale du Bien. Les goujats, chargés de chaires ecclésiales ou universitaires, ne sont pas d’accord : « Aider à la victoire du Bien, c’est le but commun des saints et des sages » - H.F.Amiel.

cioran é.
Ce besoin de remords, qui précède le mal, que dis-je ! qui le crée.
Ce n'est pas un besoin imaginé, mais un appel réel et irrésistible. La bonne conscience suit les traces du Bien, sans savoir qu'il ne s'incarne jamais en actes.

cioran é.
Les sources d'un écrivain, ce sont ses hontes ; celui qui n'en découvre pas en soi, ou s'y dérobe, est voué au plagiat ou à la critique.
La bonne conscience, c'est le sentiment de faire un n + 1-ème pas, renvoyant la balle au n-ème ; la honte, c'est la conscience malheureuse du premier pas, où règne l'irresponsabilité des sources. Qui ne sait pas jaillir se fait courant.

paz o.
Luchar contra el mal es luchar contra nosotros mismos.

Lutter contre le mal, c'est lutter contre soi-même.
Le soi (un petit quart d'un moi), qui ne cède pas sans lutte, est un eux haineux. Toute levée d'oriflammes, toute acceptation de lutte, mon ami, t'initie au mal. On ne rejoint le camp du Bien qu'en hissant un fier drapeau blanc de la résignation au pis-aller du moi.

baudrillard j.
On va expurger le Mal et, avec lui, tout ce qui était rêve ; arraché au possible, pour être reversé au réel.
Qu'est-ce qu'un rêve ? - une métaphore vivante du réel. Mais des métaphores figées se reversent aux calculs et s'imaginent isomorphes au réel. Le possible, aujourd'hui, se calcule, au lieu d'être rêvé.

baudrillard j.
L'espoir serait celui de l'Intelligence du Bien.
C'est l'existence de ce Bien inconcevable et sa profondeur intouchable qui nous sauvent d'un haut désespoir qui, sinon, serait archi-compréhensible. Notre sens du merveilleux naît de cette Intelligence, restant, pour nos pauvres esprits, - incompréhensible.

baudrillard j.
L'énergie du Mal vient de la non-unification des choses.
De la non-unification entre l'arbre du vouloir et celui du pouvoir, entre le rêve et l'acte. Mais celui qui s'imagine avoir réussi cette unification et ainsi mérité une vie sans la honte ne peut être qu'un prototype du futur robot. L'actuel mouton est celui qui ignore le rêve et se contente de l'acte.

badiou a.
La philosophie enseigne, que la pitié n'est pas un affect loyal, ni la victime - ce à partir de quoi nous devons penser.
En effet, à quoi bon la pitié, pour vos réseaux de robots ? À quoi bon le sacrifice, pour vos troupeaux de moutons ? Vos loyautés de circuits imprimés, vos transactions, précédant l'entrée de l'abattoir vous en dispensent.