lao tseu
La pauvreté, dans une cité bien gérée, est une honte ; dans une cité mal gérée, l'est la richesse.
Désormais, sur les forums et dans les têtes s'est installée la loi écrite, qui bénit la richesse et, donc, la pauvreté. C'est le droit sacralisé qui étouffa la honte, aussi bien dans la cité que dans l'homme. La bonne gestion, aujourd'hui, amène la conscience tranquille aux agneaux indigents et aux loups repus.

platon
Un seul et unique chemin conduit au salut public, à savoir l'égale répartition des biens.
On peut appuyer cette espérance par un fait religieux : « Le marxisme est une religion du salut collectif de l'humanité » - Berdiaev - « Марксизм - это религия коллективного спасения человечества ».L'appel de fraternité gémit quelque par dans notre âme bicéphale, intime et tribale. Hardiment, j'y préconise un chaud chaos du bien. Le salut public - ou plutôt son ordre froid ! - se reconnut dans le culte du mérite, euphémisme né dans le troupeau ; dans la jungle ancienne il s'appelait privilèges. Valéry : « L'idée que la vertu doit être récompensée ruine toute vertu »***.

platon
Les royaumes sont heureux, où les philosophes sont rois et où les rois sont philosophes.
Ni Marc-Aurèle ni Plotin ne nous apprennent quoi que soit sur le bonheur ou les malheurs de leurs royaumes ; stoïciens et platoniciens se moquent des jérémiades ou exaltations externes et n'écoutent que la sérénité interne ; ils savaient et calculer et peindre. Être philosophe attitré, de nos jours, c'est savoir bien calculer, là où le bonheur incalculable fait rage.

épicure
Les hommes sont trop bêtes, pour qu'on s'expose au danger dans la vue de les délivrer.
Vous les avez tout de même délivrés ; ils devinrent superbement intelligents ; je regrette le bon vieux temps, où la modeste bêtise savait faire autre chose que calculer et même lorgnait du côté des châteaux en Espagne. Lu dans un journal cette sublime devise : « haine des tours d'ivoire et insurrection contre la sottise ».

cicéron
Nihil est tam sanctum, quod non violari : nihil tam munitum, quod non expugnari pecunia possit.

Rien d'assez sacré, qui ne se laisse profaner par l'argent ; rien d'assez fort, qui résiste à sa poigne.
Et, aujourd'hui, rien d'assez haut que l'argent ne terrasse. Par exemple, dans une démocratie, on est d'autant plus libre qu'on est plus riche, et l'on est d'autant plus riche qu'on est plus fort. Meilleur on est, et plus on est libre - ce constat cynique est, hélas, juste.

sénèque
Quid mihi prodest scire agellum in partes dividere, se nescio cum fratre dividere ?

À quoi me sert de savoir faire le partage d'un champ, si je ne sais point partager avec mon frère ?
La honte nous pousse à partager des champs, mais les valeurs partagées nous poussent à chercher des frères. Hélas, la fraternité abandonna les fronts plissés pour ne décorer que les frontons policés.

de vinci l.
La forza nasce per violenza et muore per libertà.

La force naît par violence et meurt par liberté.
On s'en serait aperçu ! Une noble liberté sacrerait la faiblesse. Hélas, la liberté se consacre encore davantage à la force, car il lui faut d'infinies arguties pour justifier l'injustice, là où l'esclavage y allait de bon cœur.

pascal b.
Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force.
La force brute n'empêchait pas le remords. La force justifiée sème la paix dans les âmes basses. Ne daignant atténuer l'injustice, on continue de dédaigner la faiblesse.

voltaire f.-m.
Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu.
Elle s'en mêla pour de bon ; personne ne s'inquiéta des pertes. Ses trouvailles captivèrent le raisonneur.

chamfort n.
En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin.
Les sonneurs de tocsin en eurent assez, se reconvertirent en pompiers vigilants et disciplinés et se moquent désormais des étincelles. En absence de sinistres de l'âme, on s'ennuie avec les tocsins de l'esprit.

chamfort n.
Il n'y a d'histoire digne d'attention que celle des peuples libres.
Car cette histoire nous convainc, que le bonheur des peuples est à confier au boutiquier et non pas au poète. Tout despotisme a pour origine un goût pour la poésie. Le règne du marché est le meilleur garant de la liberté.

chamfort n.
Le gouvernement despotique est un ordre de choses, où le supérieur est vil et l'inférieur avili.
En tyrannie, plus haut on est, plus on est vil. Tandis qu'en démocratie, plus on est vil plus on a de chances d'être le supérieur.

goethe j.-w.
Niemand ist mehr Sklave, als der, der sich für frei hält, ohne es zu sein.

C'est le comble d'esclavage que de se croire libre, sans avoir la liberté.
Signe d'une liberté intérieure : se sentir enchaîné et ligoté au milieu d'une liberté sans entraves et sans âme.

joubert j.
Les révolutions sont des temps, où le pauvre n'est pas sûr de sa probité, le riche de sa fortune et l'innocent de sa vie.
Sous notre démocratie, le pauvre est sûr de sa fortune, le riche de sa vie et l'innocent de sa probité. On gagna en grisaille et trivialité.

joubert j.
Il faut que les forts cèdent une partie de leurs forces, et les faibles – une partie de leurs espérances.
Pourquoi brider la force, tandis qu'il suffirait de l'auréoler de plus de prestige, plutôt que de plus de privilèges ? Pourquoi renoncer à l'espérance, tandis qu'il suffirait de la rendre immatérielle ?

joubert j.
La populace, partageant les ambitions de la philosophie, est venue faire avec les mains ce qu'il faut faire avec la tête.
Les têtes, détournées de la philosophie, se solidarisent entièrement avec leurs mains et se vouent aux mêmes vétilles que la populace.

chateaubriand f.-r.
L'égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes.
Dans cette dénonciation vous reconnaissez ce couple paisible, l'inégalité et la démocratie, leur mariage conclu en bonne et due forme et consommé sur la place publique. « La liberté politique, sans égalité économique, est un mensonge »** - Bakounine - « Политическая свобода, без экономического равенства, это ложь ».

chateaubriand f.-r.
Démocrate par nature, aristocrate par mœurs, je ferais très volontiers le don de ma fortune et de ma vie au peuple, pourvu que j'eusse peu de rapports avec la foule.
Je ne pousserais pas au-delà de la fortune cette attitude somme toute noble. Les capitaines d'industrie disent le contraire : je partagerais tout avec le peuple, pourvu que je garde ma fortune.

chateaubriand f.-r.
Alors sortirent de leurs repaires tous les abrutis par l'indigence, n'ayant pour toute vertu que l'insolence de la misère et l'orgueil des haillons.
Toute tête bien pensante s'offusque de ce qui n'est ici qu'un courage d'esthète. L'opulence et les paillettes du gros de la jet set, que constitue aujourd'hui le mufle soûlé par l'argent, ne le parèrent pas d'atours plus séduisants. C'est toi et Dostoïevsky qui avez raison, et non pas Dickens ou Tolstoï : la richesse abrutit les âmes, la misère abrutit les esprits.

chateaubriand f.-r.
Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.
Plus précisément, la hauteur initiale, l'arbre et le mirage s'ouvrent devant les hommes ; la profondeur tombale, la forêt et le désert closent leur parcours.

hölderlin f.
Du führtest sie zur Freiheit, und sie dachten an Raub.

Tu les guidais vers la liberté, ils songeaient à la rapine.
Puisqu'ils étaient plus purs que toi ! Dans la vraie liberté, le don ou le vol suivraient des lois non-marchandes. Regardez ceux, qu'on menait vers le monde des transactions, - ils atteignirent triomphalement la liberté, celle des marchands.

stendhal
J'ai assez vécu pour savoir, que différence engendre haine.
Quand la haine du faible est compensée par la honte du fort, l'équilibre est possible. Penser différemment n'est plus menace pour personne. Chacun est sûr de faire exception et jamais le consensus n'était si vaste et spontané. La haine honteuse se transforma en riante paix d'âme.

byron g.
Society is now one polish'd horde,
Formed of two mighty tribes, the Bores and Bored.

Ceux-là vont à l'ennui, ceux-ci l'amènent,
C'est votre monde fait par la même horde amène.
Chaque Bore, en bâillant, est persuadé de le faire au nom des Bored. « Tout héros finit dans la peau d'un raseur » - Emerson - « Every hero becomes a bore at last ».

schopenhauer a.
Die einzige Lösung des sozial-politischen Problems wäre die Despotie der Weisen und Edelen.

La seule solution du problème politique et social serait le despotisme des sages et des nobles.
Cette utopie noble est noyée dans une solution démocratique.

schopenhauer a.
Der Mensch wird, als Folge der Züchtigung durch den Staat, ein Raubthier mit einem Maulkorb, ebenso unschädlich wie ein grasfressendes.

L'État n'est que la muselière, dont le but est de rendre inoffensive la bête carnassière, l'homme, et de faire en sorte qu'il ait l'aspect d'un herbivore.
Comparé à l'outil étatique antérieur - le gourdin, la muselière - certes, ceci témoigne d'un adoucissement certain. Mais aujourd'hui, où l'État est passé, armes et bagages, au service des carnivores, le vrai herbivore, dans une jungle sans brides, rêve de colliers et de muselières.

heine h.
Die Welt ist ein großer Viehstall, der nicht so leicht wie der des Augias gereinigt werden kann, weil, während gefegt wird, die Ochsen drinbleiben und immer neuen Mist anhäufen.

Le monde est une grande écurie plus difficile à nettoyer que celle d'Augias. À chaque coup de balai donné, les bêtes restées à l'intérieur accumulent un nouveau fumier.
Nettoyons plutôt l'éther, où nous exhortent les soupirs de Sisyphe et le zèle des Danaïdes.

pouchkine a.
Мы ждём с волненьем упованья
Минуты вольности святой.
Как ждёт любовник молодой
Минуты верного свиданья.

La liberté sacrée est au bout de l'attente
Tel rendez-vous promis à l'amant excité.
Si tu savais, qu'entre-temps, les autres préparaient des contrats de mariage…

pouchkine a.
И мало горя мне, свободно ли печать морочит олухов.

Je me moque de savoir si la presse, abrutissant les sots, est libre.
Le malheur, c'est que, non libre, elle se met à abrutir même certains sages, de ceux qui, inaptes à servir de moxa, ont besoin de doxa.

leopardi g.
La salvaguardia della libertà non è la filosofia nè la ragione, ma le illusioni, l'entusiasmo.

La sauvegarde de la liberté n'est ni la philosophie ni la raison, mais les illusions, l'enthousiasme.
« Ne te sépare jamais de tes illusions ! Lorsqu'elles auront disparu, tu continueras d'exister, mais tu auras cessé de vivre »** - Twain - « Don't part with your illusions. When they are gone, you may still exist, but you have ceased to live ». Dès que l'homme décide qu'il est définitivement libre, il se débarrasse de l'enthousiasme et se remet exclusivement à la raison. Le calculateur est libre, le danseur évolue dans la servitude des contraintes.

leopardi g.
In compagnia dell'industria, la bassezza, la freddezza e la perfidia mercantile sono in vigore.

Avec l'industrie arrivent en face la bassesse, la froideur et la perfidie mercantile.
Curieusement, la bassesse se généralise sans heurts et, omniprésente, devient bénigne aux yeux de la multitude. La hauteur, elle, ne s'attrape pas par une simple inhalation épigonale et, inoculée à la société, sécrète de terribles et basses métastases.

balzac h.
Le sauvage et le penseur ont également horreur de la propriété.
Intronisée dans tous les cœurs, la propriété rééduqua le premier et abêtit le second. Jamais l'idylle entre la propriété, la canaillerie et l'esprit n'alla si loin.

hugo v.
Car le peuple est en haut, mais la foule est en bas.
Le peuple devient foule, quand il croit aux proclamations bruyantes, qu'il n'est qu'en haut. Dans notre société, éthiquement silencieuse et esthétiquement horizontale, - « la populace est en haut, la populace est en bas »*** - Nietzsche - « Pöbel oben, Pöbel unten ». La liberté crée le peuple qui parle, la fraternité crée le peuple qui chante, mais l'inégalité en refait la foule qui bavarde.

hugo v.
La chimère est aux rois, le peuple a l'idéal.
Une illustration de différence entre être et avoir. Dès qu'on court d'après une chimère, elle se mue en idéal. Un idéal, qu'on laisse vivre hors de portée des griffes et même des ailes, se rapproche délicieusement d'une chimère.

hugo v.
La liberté consiste à choisir entre deux esclavages : l'égoïsme et la conscience, qui est l'esclavage de Dieu.
Le vote pour l'égoïsme est secret, celui pour la conscience et donc pour la dépossession exige d'élever l'âme. Dans une société libre on préfère la discrétion. L'égoïsme ne cultive que deux libertés : la liberté d'entreprendre et la liberté de posséder.

hugo v.
Une égalité d'aigles et de moineaux, de colibris et de chauve-souris, qui consisterait à mettre toutes les prunelles dans le même crépuscule, je n'en veux pas.
L'affamé brandit sa misérable assiette, et vous le repoussez en invoquant l'envergure de vos ailes et le timbre de vos chants - ignoble ! Vos prunelles de rapaces ne percent pas près d'une aube fraternelle. Le chemin le plus sûr vers la goujaterie – votre méritocratie aptère.

hugo v.
La dernière raison des rois : le boulet. La dernière raison des peuples : le pavé.
L'avant-dernier pas est toujours plus instructif que le dernier. Comparez le plumage dressé et la sourde révolte - aux boulets et pavés.

hugo v.
Le peuple est conduit par la misère aux révolutions, et la révolution ramène le peuple à la misère.
L'élite affamée aspire à l'unanimisme, et la démocratie nourricière lui inspirera la mentalité des repus. On ne comprend toujours pas, que l'existence même des repus signifie l'existence de la misère. La misère est dans le relatif des cyniques, l'excellence est dans le superlatif des ironiques.

hugo v.
Qui est incapable d'être pauvre, est incapable d'être libre.
Notre société, si prodigue en récompenses des mérites, prive tout homme fort de cette chance de vivre en misère et le rend, de ce fait, esclave méprisable. L'homme ne sachant pas se contenter de peu, vivra toute sa vie en esclave (Horace).

tolstoï l.
Сила сцепления людей есть ложь, обман. Сила, освобождающая каждую частицу людского сцепления, есть истина.

Toute force centrifuge des hommes est mensonge. Toute force, qui libère chaque particule d'une multitude, est vérité.
Et ce qui libère pour unir ? Ou ce qui unit pour libérer ? Des vétilles ! N'est vrai que le premier pas, dans n'importe quelle direction ; la grandeur n'est pas dans la direction (Nietzsche), mais dans le commencement, poétique ou héroïque. La direction, c'est tout pas second, expression de la force mécanique, de l'inertie.

tolstoï l.
Всё, что соединяет людей, есть добро и красота ; всё, что разъединяет их, есть зло и безобразие.

Tout ce qui réunit les hommes est beau et bon ; tout ce qui les désunit est morbide et hideux.
Le contraire est aussi défendable ! Ou bien on s'unifie au sein d'un arbre fraternel ; ou bien on se perd dans une forêt des esprits communs.

tolstoï l.
Тщеславие, даже между людьми, готовыми к смерти из-за высокого убеждения, есть особенная болезнь нашего времени.

La vanité, même parmi ceux qui s'immoleraient pour une haute cause, la vanité est une maladie propre à notre siècle.
Sous cet angle, qu'il est enviable, ton siècle, prêt à consacrer aux fantômes une part de ses rythmes ! Que dirais-tu du nôtre, où tout geste, tout mot sont calculés par de transparents algorithmes ? « Deux tiers de tout ce qui se calcule, dans ce monde, se font sans intervention de la pensée »** - Lichtenberg - « Von allem, was ausgerechnet wird in der Welt, geschehen zwei Drittel gedankenlos ».

marx k.
Die Bourgeoisie hat die heiligen Schauer der Schwärmerei, der Begeisterung, der Wehmut in dem eiskalten Wasser der Berechnung ertränkt.

C'est dans les eaux glaciales du calcul, que la bourgeoisie a noyé le frisson sacré du rêve, de l'enthousiasme et de la souffrance.
Dès que ce frisson quitte le club des gentlemen, où est sa seule vraie place, pour se déverser dans la rue et enflammer la foule, tout élan s'arrête, couvert d'horreur et de glace. L'enthousiasme de la rue promet l'angoisse dans les foyers. Le sacré, proclamé collectivement, se mue en idole ; il devrait ne s'exercer qu'entre quatre murs.

marx k.
Immerhin soll Scham ein revolutionäres Gefühl sein.

Malgré tout, la honte devrait être un sentiment révolutionnaire.
La loi du suum cuique, la certitude de sa place et de son mérite, débarrassa les hommes de la honte ; la troupe, révoltée et lésée, appelait la révolution ; le troupeau, éhonté et blasé, prône l'évolution. On rougissait puisqu'on se sentait injuste ; on reste sans honte puisqu'on se sait juste.

marx k.
Die Freiheit beginnt da, wo das Arbeiten, das durch äußere Zweckmäßigkeit bestimmt ist, aufhört.

La liberté commence, lorsque s'arrête le travail dicté par la raison extérieure.
Que ce soit le travail des bras, des cervelles ou des consciences, c'est seulement le déni de nos propres intérêts calculables qui prouve notre liberté !

france a.
On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels.
La patrie s'identifiant de plus en plus avec l'industrie et l'espérance de vie économique, éloignant tout trépas dramatique, les hommes vivent pour l'industrie et meurent pour une patrie céleste abandonnée, business as usual.

france a.
La majestueuse égalité devant la loi interdisant aussi bien aux riches qu'aux pauvres de dormir sous les ponts.
Le volet permissif de la même loi invite les pauvres et les riches à rêver dans la Bourse. Les réponses enthousiastes y sont beaucoup plus nombreuses.

france a.
Dans tout État bien gouverné la richesse est une chose sacrée. En démocratie, c'est la seule chose sacrée.
Mais, à tout hasard, on la flanqua de deux hypostases de camouflage : l'égalité des chances (le Sauveur d'apparences) et les droits de l'homme (l'Esprit Saint de la bonne conscience et de la bonne digestion des repus).

dostoïevsky f.
Свобода не право человека, а обязанность, долг ; свобода не лёгкость, а тяжесть.

La liberté n'est pas un droit d'homme, mais un devoir d'homme. La liberté n'est pas la grâce, mais la pesanteur.
Je ne vis personne, que la liberté politique fît danser. Elle fait surtout calculer. La liberté morale commence par la préférence de la danse, face à la marche, du vertige de la conscience, face à la science impassible.

dostoïevsky f.
В отвлечённой любви к человечеству любишь почти всегда одного себя.

Dans un amour abstrait de l'humanité tu n'aimes, en général, que toi-même.
Il semblerait qu'aimer l'homme soit pire : « Aimer l'individu, c'est de la barbarie » - Mérejkovsky - « Любовь к одному есть варварство ». S'aimer veut dire se fouiller. Aimer les autres veut dire les prendre tels quels. Privilégions la recherche au détriment de l'ondoyance, c'est-à-dire de l'indifférence. « Je plaide coupable d'avoir placé l'idée de l'homme au-dessus de celle de l'humanité » - Koestler - « I plead guilty to having placed the idea of man above the idea of mankind ». Il vaut mieux s'attacher, soi-même, au banc des accusés et s'y aimer ou aimer l'humanité entière.

dostoïevsky f.
Человечество именно потому и любит войну, чтоб участвовать в великодушной идее.

Si les hommes aiment la guerre, c'est justement pour prendre part à une idée généreuse.
Laissons-les donc, aujourd'hui, occupés, à part entière, par l'omni-présente et omni-puissante idée marchande, pour que ni leur générosité ni leur égoïsme ne nous salissent. La paix des châteaux en Espagne passe par la transformation des chaumières en habitats tout-confort, des culs-terreux - en contribuables.

dostoïevsky f.
Человек - раб, хотя и создан бунтовщиком.

L'homme, c'est un esclave, bien qu'il ait été créé rebelle.
La rébellion naît d'une horreur. En chassant les monstres on chasse, par inertie, les rêves. L'homme sans rêve s'appelle esclave.

soloviov v.
Чтобы победить ложь коммунизма, нужно сначала признать его правду, заключающуюся в его интернационализме.

Avant de vaincre le mensonge du communisme, il faut en reconnaître la vérité, qui est dans son internationalisme.
Sa vérité est intime, belle et irrationnelle, et pour qu'elle triomphe dans la rue, la guillotine ou la police secrète sont indispensables. Ses antagonistes s'affichent dans des vitrines, c'est pourquoi la liberté de circulation leur suffit pour régner. Le salut public, dont rêve l'âme, se paye par la perte d'ailes.

twain m.
The radical invents the views. When he has worn them out, the conservative adopts them.

La gauche invente les idées. Elle les porte jusqu'à l'usure, et alors la droite les adopte.
Ce ne sont plus ni les galons ni la mode, hélas, mais bien l'adaptation au climat marchand, qui détermine le choix d'habits. La droite comme la femme ne retient des extravagances humaines que ce qui réussit socialement.

nietzsche f.
Ich frage dich nicht wovon du frei bist, ich frage dich wozu du frei bist.

Je ne te demande pas de quoi, mais à quoi tu es libre.
Chez l'homme, dit libre, on constate, que plus vaste est son de quoi (wovon), plus étriqué est son à quoi (wozu). Chez l'esclave, ce sont des synonymes ; la différence n'est de taille que chez le créateur : il est libre aux images virtuelles, il est libre des choses réelles.

nietzsche f.
Der Kampf um die Erdherrschaft wird im Namen philosophischer Grundlehren geführt werden.

La lutte pour la domination du monde se déroulera sous le signe des principes philosophiques.
C'est ainsi que fut pressentie la dernière guerre européenne : le bolchevisme contre le nazisme, où, mécaniquement, le premier aurait dû succomber au second. Mais le conflit dévia et, au lieu d'être une lutte de classes, devint une guerre de races, où l'âme slave s'avéra supérieure à la raison germanique.

rimbaud a.
Le drapeau va au paysage immonde.
Dès qu'on baisse le drapeau, c'est l'enseigne, et non pas le panache, qui prend sa place et qui rend immonde le climat même. La vexillologie est incompatible avec l'héraldique.

wilde o.
Democracy is the bludgeoning of the people, by the people, for the people.

La démocratie est l'abêtissement du peuple, par le peuple, pour le peuple.
C'est le pour qui est ici le plus certain, en justifiant et l'écervellement et la collaboration et l'occupation.

mallarmé s.
L'homme peut être démocrate, l'artiste se dédouble et doit rester aristocrate.
Être entier est devise de l'homme d'aujourd'hui ; sa face aristocratique s'étiola partout. Et ce qui explique aussi l'entente, et même la fusion, entre le mouton et le robot, l'instinct et la raison.

shaw b.
Democracy is a device that ensures we shall be governed no better than we deserve.

La démocratie est un mécanisme, qui nous garantit d'être gouvernés avec exactement les moyens, que nous méritons.
C'est le résultat de la disparition de la hauteur, dans les affaires des hommes : la société abandonna ses hauts buts, et l'homme dédaigna ses hautes contraintes, - les deux ne vivent plus que des moyens de se maintenir dans la platitude. C'est dans l'immérité, dans l'impondérable, comme un sacrifice ou une honte, que l'homme se manifeste le mieux – dans ses contraintes !

shaw b.
Liberty means responsibility. That is why most men dread it.

Être libre, c'est être responsable. Voilà pourquoi on la redoute.
Le vrai homme aime donner et recevoir de la pitié ; dans la liberté, tout se marchande, même l'entraide. Dans la société de comptables, la responsabilité est la première vertu.

shaw b.
Revolutions have never lightened the burden of tyranny : they have only shifted it to another shoulder.

Les révolutions n'ont jamais allégé le fardeau de la tyrannie. Elles l'ont seulement changé d'épaule.
Le conservatisme cherche surtout à nous rendre insubmersibles. D'où d'énormes creux côté âme et ballasts côté porte-monnaie. La tyrannie nous oblige de nous souvenir de notre âme humiliée ; la démocratie rend les âmes aussi suffisantes que les têtes et finit par les rendre amorphes.

shaw b.
The bureaucracy consists of functionaries ; the aristocracy, of idols ; the democracy, of idolaters.

La bureaucratie est faite de fonctionnaires, l'aristocratie - d'idoles, la démocratie - d'idolâtres.
Aujourd'hui, on aboutit à une coexistence pacifique et dépassionnée de ceux qui devinrent, respectivement, clans, clones et clowns.

chestov l.
Тот, кто хочет помочь людям, не может не лгать.

Qui veut aider les hommes, ne peut pas ne pas mentir.
Le mot et l'acte : par eux, on aide l'homme ; par un pont entre eux, on aide les hommes. Ce pont ne peut être que mensonge, puisque ces deux royaumes ne se comportent mutuellement qu'en envahisseurs. Avec les hommes, on consolide les vérités et évente les mensonges ; sans eux, on invente les mensonges, qui deviendront futures vérités.

claudel p.
Mon désir n'est pas d'apporter la liberté, mais simplement de rendre la prison visible.
C'est une tour d'ivoire qui se prête à cette architecture. Et pour que la prison fût, en plus, lisible, à la lumière du passé, le meilleur état serait celui de ruines.

suarès a.
Il n'est pire misère, parce qu'on veut faire le bonheur d'un peuple, que de croire en lui.
On le sut plus tard, le bonheur d'un peuple se construit bien à partir d'un business plan rassurant le banquier et propulsant le boutiquier à la tête du peuple.

gide a.
Journalisme - tout ce qui sera moins intéressant demain qu'aujourd'hui.
Rêve - ce qui était plus triste hier qu'aujourd'hui. Les rêveurs sont au moins des esclaves, les journalistes ne sont que des journaliers.

valéry p.
Un État est d'autant plus fort, qu'il peut conserver en lui ce qui vit et agit contre lui.
Aujourd'hui, tous sont contre l'État, et jamais il ne fut aussi faible. Ses adversaires d'antan furent des brigands et des rêveurs. Le rêve est mort et le brigandage devint policé et souriant.

valéry p.
La liberté, l'un de ces détestables mots, qui chantent plus qu'ils ne parlent.
Aujourd'hui, les détestables oreilles perçoivent tout chant comme un compte rendu. Et rien ne danse plus aux yeux de celui qui a perdu le regard et ne lorgne que sur ce qui ne fait que marcher.

morgenstern ch.
Anno 2000 werden wir erkennen in einem Augiasstall zu leben.

En l'an 2000 nous reconnaîtrons enfin, que nous vivons dans l'écurie d'Augias.
Ce n'est pas le nettoyeur qui est à plaindre, mais l'allergique d'étables.

péguy ch.
Pour la première fois dans l'histoire du monde, l'argent est seul en face de l'esprit.
Tu omets de citer les anciens compagnons félons de l'esprit : la tyrannie, l'arbitraire, l'incartade. L'esprit, entre-temps, s'accommoda de la vénalisation ambiante et en devint le chantre.

péguy ch.
Ce qui ne devait servir qu'à l'échange a complètement envahi la valeur à échanger. L'instrument est devenu la matière et l'objet et le monde.
Le culte de l'outil, du méta-objet, n'est beau que s'il peut être envisagé d'un autre méta-niveau (méta-métamorphose), sinon il est d'une épouvantable platitude. L'outil, c'est la valeur d'usage, comme l'œuvre est une valeur d'échange, mais toutes les deux sont dominées par la valeur-signe (Baudrillard) - la métaphore.

berdiaev n.
Обязательны интересы народа, но не обязательны его мнения.

L'intérêt du peuple est important, ses opinions ne le sont pas.
Ce que proclame le poète avant de devenir tyran ou de se mordre les doigts, à cause de ses opinions hâtives. Le boutiquier dit l'inverse avant de se faire élire et de se mettre à encaisser ses intérêts. Le bonheur mécanique, vers lequel on tentait de traîner le peuple, devint, pour celui-ci, le seul bonheur compris et désiré. L'opinion court coïncida avec l'intérêt long.

berdiaev n.
Хлеб для меня - материальный вопрос, хлеб для других духовный.

Le pain pour moi - une question matérielle. Le pain pour les autres - une question spirituelle.
Et, en toute logique, on s'occupe de son pain, en jouant des coudes, et du pain pour les autres, en pérorant aux assemblées. D'où une devise d'intellectuel : « Vis pour les autres, si tu veux vivre pour toi-même » - Sénèque - « Alteri vivas oportet, si vis tibi vivere ». L'aristocrate fait mieux : fais pour les autres, sois pour toi-même.

chesterton g.-k.
The richer a man is, the easier it is for him to be a tramp.

Plus on est riche, plus on a de chances d'être une crapule.
Par leur regard sur le mérite, on trouve trois classes de crapules : envieuses, béates, hypocrites. Celles qui pensent mériter plus, avoir exactement ce qu'elles méritent, être comblées au-delà de leur mérites.

churchill w.
Any man who is under 30, and is not a liberal, has not heart ; and any man who is over 30, and is not a conservative, has no brains.

Celui qui n'est pas à gauche à vingt ans n'a pas de cœur ; celui qui l'est à quarante n'a pas de tête.
Prenez G.Bernanos, calculant dans sa jeunesse, avec R.Debray, vouant la sienne au rêve. Le rêve tardif désavoue la vilenie des jeunes calculs ; la raison tardive consacre la belle défaite du rêve. Le despotisme de la tête met au pas le cœur. On prend l'abrutissement de celui-ci pour la sagacité de celle-là ! Qu'est-ce qui n'est pas condamné par la liberté ? - les instincts mécaniques, dictés par la force et la logique. L'idée communiste, étant un défi à toutes les deux, elle est doublement condamnée.

churchill w.
Democracy is the worst form of government except all those that have been tried from time to time.

La démocratie est le pire des régimes, sauf tous ceux qu'on a tentés par ailleurs.
L'union de boutiquiers, autre nom de démocratie, remplit les vitrines et vide nos arrière-boutiques ; l'union de poètes, berceau de toute tyrannie, baisse tous les rideaux et exacerbe toutes les soifs dans les coulisses. Mais sur la scène : choisir librement les paroles du troupeau le plus dense ou être contraint à suivre le souffleur intraitable.

einstein a.
Everything that is really great and inspiring is created by the individual who can labour in freedom.

Tout ce qui est vraiment grandiose fut créé par l'homme pouvant travailler en liberté.
En liberté on crée ce qu'on peut, dans une tyrannie - ce qu'on doit. Le grandiose est peut-être dans le pouvoir, mais le sublime est dans le devoir. Quand les deux se rencontrent, ça s'appelle vouloir, le désir, une liberté tyrannique, loin de tout labeur, celle qui te fascinait chez Schopenhauer : « L'homme peut faire ce qu'il veut - mais il ne peut pas vouloir ce qu'il veut » - « Der Mensch kann wohl tun was er will - aber er kann nicht wollen was er will ».

blok a.
Революция - это - я - не один, а мы. Реакция - одиночество.

La révolution veut dire : je ne suis pas seul, je suis nous. La réaction, c'est la solitude.
La réaction ayant inventé la formule heureuse : je suis comme les autres, et la révolution ayant substitué vous à la place de nous - le troupeau réactionnaire devint plus compact et solidaire que la caserne révolutionnaire.

jaspers k.
Eine über die Gleichheit der Chancen hinausgehende Gleichmachung der Menschen ist die höchste Ungerechtigkeit.

Le nivellement des hommes dépassant l'égalité des chances est la pire des injustices.
Seules les têtes nobles tiennent à cette injustice ! Mais tous saluent, aujourd'hui, votre justice, où la chance de l'agneau est proclamée égale à celle du loup.

pessõa f.
Il faut être insensible pour être meneur d'hommes. Pour dominer, il faut être joyeux, car il faut être sensible pour être triste.
Le triste fait la gueule d'autant plus désespérément, que les gueules joyeuses des chefs de file moutonniers le cernent désormais de toute part. La cité n'a plus de recoins, où une larme versée ne soulèverait la risée générale.

benn g.
Das Abendland geht nicht zugrunde an den totalitären Systemen, auch nicht an seiner geistigen Armut, sondern an dem hündischen Kriechen seiner Intelligenz vor den politischen Zweckmäßigkeiten.

L'Occident sombre non pas à cause des systèmes totalitaires, ni de son indigence spirituelle, mais à cause de la reptation servile de son intelligentsia devant les impératifs politiques.
Toute politique devenue économique, c'est au veau d'or que sont dédiés tous les temples de la cité. Et c'est l'intelligentsia, en manque de pépites convertibles, qui y prêche et s'y prosterne devant ses idoles : la croissance, la compétitivité, la rentabilité.

spengler o.
Die Demokratie ist die politische Waffe der Diktatur des Geldes.

La démocratie est l'arme politique de la dictature de l'argent.
C'est, hélas, la plus anodine et bénigne des dictatures. Ce qui est abject, c'est que ses suppôts pleutres se croient sains et libres. Sous la dictature d'une idée, au moins, personne n'ignore d'être un esclave malade. « La démocratie, c'est l'aristocratie des goujats » - Byron - « What is democracy ? - an Aristocracy of Blackguards ».

heidegger m.
Der Nihilismus ist das Ereignis des Schwindens aller Gewichte aus allen Dingen.

Le nihilisme est un phénomène d'effacement du poids de toutes les choses.
Les autres sont tellement habitués à utiliser toujours la même balance et, surtout, la même unité de mesure, que l'appel nihiliste d'inventer nos propres outils de mesurage, en partant de l'impondérable des points zéro, les effarouche. Ce n'est pas à la réévaluation de toutes les valeurs des autres que je dois appeler, mais à la bonne orientation de mes propres vecteurs, c'est à dire de mon regard.

borgès j.
Las dictaduras fomentan la opresión, el servilismo, la crueldad ; más abominable es el hecho de que fomenten la idiotez.

Les dictatures fomentent l'oppression, la servilité, la cruauté, mais le plus abominable est qu'elles fomentent l'idiotie.
Les dictatures voient tout en grand ; dans la démocratie, où tout est vu en petit, même l'idiotie - aussi épaisse qu'ailleurs - est mesquine. Sans parler de la pauvre intelligence…

saint exupéry a.
S'il n'est point de hiérarchie, il n'est point de frères.
Ta voyante fraternité s'établirait par un simple coup d'œil aux galons. La mienne, plus gustative, se fierait plutôt - aux narines : « Mon génie est dans mes narines » - Nietzsche - « Mein Genie ist in meinen Nüstern ».

saint exupéry a.
Je ne fonde point le respect de l'homme sur le partage de provisions dans une égalité haineuse.
Les repus fondent leur fortune et leur reconnaissance sur une inégalité aimable. Tout petit prince doit posséder un coquet compte en banque et un hôtel particulier, pour continuer à s'apitoyer sur le pauvre. Ce prince ne se distingue en rien du dernier des goujats. Le vrai prince est celui qui, même dans une chaumière, peut reconstituer une tour d'ivoire, ou, faute de mieux, - d'honorables ruines.

malraux a.
L'Amérique n'est pas une menace pour notre culture, le communisme - oui.
Notre culture se formait dans une harmonieuse sensation du temps. Le communisme la révère par sa chimère de l'avenir radieux (et ne laissant derrière lui qu'un sombre passé), mais l'Amérique l'efface par sa grossièreté toute spatiale, cet « éternel présent de l'humanité » (Kojève), rendu réel par l'argent qui abaisse et non pas par l'émotion qui élève. Ce n'est pas la culture mondaine que l'Amérique menace, mais la nature humaine.

soljenitsyne a.
Революции уничтожают только современных им носителей зла, само же зло берут себе в наследство.

Les révolutions n'éliminent que les porteurs contemporains du mal, tout en étant héritières du mal lui-même.
Si toute action engendre le mal, la violence, l'arbitraire ou le caprice de l'action sont le mal lui-même, qu'on s'en prenne aux principes, aux règles ou à leurs nuances.

sartre j.-p.
La liberté, c'est l'exil.
Quand j'ai une patrie, que je refuse d'oublier. Qui s'appelle existence, et où règne le libre arbitre, ennemi de la liberté, sans lequel je ne suis rien. Des vagues d'émigration me portèrent jusqu'aux autres rivages, où je languis l'horizon.

sartre j.-p.
Le monde est l'iniquité : si tu l'acceptes, tu es complice, si tu le changes, tu es bourreau.
Je ne vois que des bourreaux, qui l'acceptent, et des complices, qui cherchent à le changer. Le rebelle n'a plus ni complices ni hache.

sartre j.-p.
La liberté, ce n'est pas de pouvoir ce que l'on veut, mais de vouloir ce que l'on peut.
Les deux sont libertés : la relative, celle qui me positionne au milieu des autres, et l'absolue, celle qui m'élève à tes propres yeux.

levinas e.
La faim d'autrui réveille les hommes de leur assoupissement de repus et les dégrise de leur suffisance.
Les repus sont en éveil et houspillent le songeur pour son insuffisance.

char r.
Tout en nous appelle, hélas, la tyrannie. Question de masse et de volume, plus que de surface.
La surface s'accommode de la hauteur des gestes, le volume en ambitionne la profondeur et s'y embourbe.

arendt h.
Man is free because he is a beginning and was so created.

L'homme est libre parce qu'il est un commencement et a été créé ainsi.
Dans la monotonie des n+1-èmes pas, on oublie le frisson du premier. Le rêve du dernier est encore plus palpitant, mais le sommeil de l'homme libre est sans rêves. La liberté est la fidélité au commencement, dont on ne garde que le rythme, - un fleuve exauçant les vœux de sa source.

cioran é.
On ne peut respirer que dans un régime pourri.
Car il te pousse à t'époumoner pour la défense de l'éternité, et en intérieur de surcroît. Le régime sain n'est bon que pour la digestion du quotidien. Vers l'extérieur.

camus a.
Je me révolte, donc nous sommes.
Calvin se contenta du singulier. Se révolter, c'est prêcher l'altérité, la commisération. Prôner l'égalisation ou l'ostracisme, c'est ironiser. Le goût, c'est de savoir où il faut écarquiller et où fermer les yeux.

camus a.
La révolte est mère des formes, elle nous tient debout dans l'histoire.
Elle est, elle-même, fille du fond, qui est souffrance. Mais trop souvent elle néglige les contraintes, qui sont hauteur, et qui nous apprennent la noblesse de l'acquiescement et de la position couchée, devant une histoire muette.

baudrillard j.
La démocratie, c'est la ménopause des sociétés occidentales.
L'insémination artificielle des cloaques cérébraux et le clonage des caractères lui assurent la procréation.

baudrillard j.
La nouvelle servitude volontaire est celle d'hommes obéissant à la sommation d'être libres.
La vieille liberté était souvent dans la fuite, sans poursuite, les oreilles bouchées, les yeux ailleurs, pour ne pas devenir complice de la servitude ambiante

debray r.
On aura rarement vu tant de révoltés courir avec autant d'entrain à l'orthodoxie du jour.
Les insurgés sont partout dès qu'on sacrifie les barricades à la liberté de circulation et voue ses rêves au pouvoir d'achat (mai 1968). « La barricade ferme la rue et ouvre la voie » … vers la même étable. « Prenez vos rêves pour des réalités » … en leur souscrivant une assurance-vie. La généalogie de cette révolte : les philosophies du soupçon, l'absurdité de l'existence, l'homme du ressentiment, le marginal majoritaire.

debray r.
Les révolutionnaires vivent et meurent de métaphores.
Les métaphores crues (fraîches) ne sont encore que des mots, les métaphores crues (adoptées) sont déjà, hélas, des idées. La métaphore est bien le seul plat de résistance d'un rebelle. La crudité vivifiante du mot est une métaphore décrue, la croyance mortifère de l'idée - une métaphore accrue.

debray r.
Le communisme a bâclé son agonie et l'époque solde ses rêves en vrac.
Ce qui devrait nous inciter à ne partager nos rêves avec personne : plus un rêve est vaste en adhésions, plus de débris en fera l'époque.