bible
Mieux vaut écouter la semonce du sage qu'écouter le chant du fou.
Tous suivirent ce conseil : la folie disparut et le chant avec. R√®gnent les modes d'emploi et la palabre sans m√©lodie, sans folie, sans larme. Et qu'inverse, b√™tement, Chesterton : « Le monde moderne est plein d'id√©es chr√©tiennes devenues folles » - « A world full of Christian ideas gone mad ».

confucius
Il n'y a que deux choses immuables : la hauteur de la sagesse et la profondeur de la b√™tise.
L'immobilité, c'est la hauteur même, échappant à la gravitation terrienne. Mais la sagesse se démène dans la profondeur, et, à long terme, finit en compagnie de la bêtise, en affleurant dans une vaste et accueillante platitude.

démocrite
Pauvre raison, ta victoire est ton √©chec !
Je pense avoir terrassé la sottise, mais c'est le sentiment que je découvrirai attaché à mon char. Je chercherai à lui céder, mais il sera déjà sans vie.

cicéron
Bis pomis utilis arbor.

L'arbre est deux fois plus utile que ses fruits.
Car il entretient les app√©tits aussi bien des yeux que des cerveaux et des √Ęmes. Ce que j'appelle arbre ma√ģtrise les racines, embrasse les cimes, produit les ombres. « Je vois mon arbre r√©parer ses branches »*** - Emerson - « I see my trees repair their boughs ».

cicéron
Ironia, genus est perelegans et cum gravitate salsum.

L'ironie est un style de la plus haute élégance, grave dans le plaisant.
Grave dans le grave - chemin s√Ľr vers l'ennui ; l√©ger sur le l√©ger - vers la sottise ; plaisant sur le grave - l'autre face, moins ombrageuse, de l'ironie.

ovide
Quem si non tenuit, magnis tamen excidit ausis.

Celui-là, s'il n'a pas réussi, a succombé à de nobles efforts.
Il a m√™me √©rig√© sa propre ar√®ne en Espagne, imagin√© son adversaire invisible et choisi son arme infaillible ; ses bras faillirent, mais pas son √Ęme. Tandis que celui-ci, r√©ussissant sur des lices communes, n'a exhib√© que de vils efforts, en absence de l'√Ęme.

sénèque
Democritum in publicum processerat, flebat, Heraclitum ridebat ; huic omnia quae agimus miseriae, illi ineptiae videbantur.

D√©mocrite ne pouvait para√ģtre en public sans pleurer, H√©raclite - sans rire ; l'un ne voyait que mis√®re dans toutes les actions des hommes, l'autre que sottise.
Croire en fid√©lit√© des actions est sottise ; croire en leur forfaiture syst√©matique est mis√®re. Le commanditaire des actions, le mot, jouet de l'ironie, pleure ou rit en m√™me temps.

sénèque
Disputare cum Socrate licet, dubitare cum Carneade, cum Epicuro quiescere, hominis naturam cum Stoicis vincere, cum Cynicis excedere.

Discuter avec Socrate, douter avec Carn√©ade, nous reposer avec √Čpicure, vaincre la nature humaine avec les Sto√Įciens, la d√©passer avec les Cyniques.
Vivre heureux en attendant l'injection de cig√ľe ou l'injonction de N√©ron.

talmud
La passion commence comme une toile d'araignée et finit par devenir une bonne corde.
Pour celui qui agite son cou, au lieu de faire avancer sa tête. La passion, c'est la corde d'un arc tendu ou la corde de ta lyre.

talmud
L'homme vient au monde mains ferm√©es - je tiens le monde ! Il le quitte mains ouvertes - regardez, je n'emporte rien avec moi !
L'homme vient les yeux ferm√©s - je vais r√™ver ! Il part les yeux ferm√©s - j'ai honte de trop de gestes et de trop peu de r√™ves !

thomas d'aquin
Mendacium quod transcendit veritatem in majus - ad jactantiam ; et in mendacium quod deficit a veritate in minus - ad ironiam.

Mensonge se mettant au-dessus de la v√©rit√© - la jactance ; celui qui en est en-dessous - l'ironie.
L'ironie s'impose, lorsqu'on comprend qu'un mensonge inventif peut mener plus haut qu'une v√©rit√© stagnante, sur une √©chelle langagi√®re, la seule o√Ļ se mesurent les v√©rit√©s. Les v√©rit√©s elles-m√™mes n'ont pas de hauteur, et leur profondeur se r√©duit √† la richesse du langage, c'est √† dire la repr√©sentation plus le discours. Quand le langage n'√©volue pas, tout discours est de la jactance, dans la platitude.

bacon f.
Argument is like an arrow from a cross-bow, which has equal force though shot by a child.

La raison invoqu√©e est comme une fl√®che d'arbal√®te : sa force est la m√™me, que ce soit un g√©ant ou un nabot, qui l'avait d√©coch√©e.
La force devint attribut banal de tous, ce qui m√©tamorphosa en nabots m√©caniques m√™me les g√©ants. Leur cible, l'homme au carquois vide ou aux fl√®ches d√©mouchet√©es. C'est l'un des symboles des temps modernes : ma peine est r√©elle, la fl√®che est pointue, l'arbal√®te bien r√©gl√©e, - mais je ne sens ni muscle, qui se tende, ni √Ęme, qui vibre, - je fus foudroy√© par un robot.

shakespeare w.
The readiness is all.

N'être que prêt, tout est là.
Ce n'est qu'un tiers, le tiers des scouts, l'autre tiers serait pr√™t pour l'action contraire et le dernier, le meilleur, pour reconna√ģtre sa d√©faite (ce que tu r√©sumes bien : « √ätre m√Ľr, tout est l√† » - « Ripeness is all »), quand vient l'heure de l'acte lui-m√™me (√† rebours de « l'ant√©riorit√© de l'acte sur la puissance » d'Aristote ou du Docteur ang√©lique). Du Faire au Fait - on s'abaisse, du Dire au Dit - on s'√©l√®ve. L'oppos√© de l'opini√Ętret√© ou du risque. Saluer l'√©nergie, sans la traduire en mouvement, se contenter de d√©sirer. Tenir √† son regard, qui accompagne l'action, est plus instructif qu'agir en le suivant. Savoir ce que je fais, plut√īt que faire ce que je sais. Ne pas redouter de n'√™tre que pr√™t √† vivre, √† pied d‚ÄôŇďuvre. Faire ses s√©lections, sans faire de choix. Avoir √† sa disposition, sans disposer. La disponibilit√© serait le bonheur √† proprement parler du Chinois. « La possibilit√© est vie, et tout le reste - d√©chet » - Val√©ry. Caresser l'id√©e, sans l'habiller en concept. Je peux rater le but, mais je l'aurai bien per√ßu ou bien nomm√©.

graci√°n b.
Caçar las aves con luz es el verdadero encandilar.

Si tu chasses les oiseaux avec de la lumière, tout ce que tu peux espérer est de les éblouir.
Pour toucher le volatile de Minerve, il te faudra des ombres pénétrantes.

graci√°n b.
Las paradojas han de ser como la sal, raras y plausibles que como son opiniones escrupulosas.

Les paradoxes devraient n'√™tre que du sel ; il faut s'en servir avec du bon go√Ľt.
Ils excitent le palais ; les convictions engraissent les bas-fonds. Le style est le compromis entre bon app√©tit et bonne digestion.

la rochefoucauld f.
La gravité est un mystère du corps, inventé pour cacher les défauts de l'esprit.
L'ironie est un problème de l'esprit, pour échapper aux défauts du corps. La gravité et l'ironie dégringolent au grade des solutions, quand c'est l'inertie, et non plus l'invention, qui les façonne

pascal b.
L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut, que qui veut faire l'ange fait la bête.
Ce qui le rend humain. L'ange sait, qu'il y a, chez lui, de la b√™te (les ailes cachent la bosse ! ). Le propre de la b√™te est de ne pas soup√ßonner l'existence des anges. L'une des plus grandes fonctions de l'intellect est de faire vivre les joies communes de la b√™te, en nous, comme des joies inimitables de l'ange. Mais pourquoi ceux qui veulent se couvrir des ailes de l'ange sont-ils, si souvent, oblig√©s de tirer le diable par la queue ?

montesquieu ch.
Quand on court après l'esprit, on attrape la sottise.
Et on attrape, par inadvertance, de l'esprit, quand on s'immobilise, p√©trifi√©, devant de majestueux monuments de la sottise ‚Äď arracher un balbutiement humain √† la r√©citation robotique, c'est un progr√®s.

montesquieu ch.
Plus une tête est vide, plus elle cherche à se désemplir.
La t√™te a mille pi√®ces, et le vide des mansardes contribue √† la bonne garniture des caves. La voix n√©e dans un souterrain peut parler de hautes vo√Ľtes.

rousseau j.-j.
Plus le corps est faible plus il commande, plus le corps est fort plus il obéit.
L'esprit fait l'inverse, face au sentiment : plus il est fort plus il ob√©it, plus il est faible plus il commande. Pourtant, mens sana in corpore sano.

lichtenberg g.
Es regnete so stark, daß alle Schweine rein und alle Menschen dreckig wurden.

Il pleuvait si dru, que les cochons furent propres et les hommes crottés.
Sous le soleil tu retrouveras le bel √©quilibre : les premiers dans la boue et les seconds - dans les abattoirs.

lichtenberg g.
Wenn ein Buch und ein Kopf zusammensto√üen und es klingt hohl, ist das allemal im Buch ?

Un livre frappe une t√™te et √ßa sonne creux, est-ce toujours la faute du livre ?
Une des nobles fonctions du livre est de vider les t√™tes des encombrantes billeves√©es en cr√©ant du vide sonore, o√Ļ pourront retentir de hauts √©chos.

lichtenberg g.
Ich habe oft eine andere Meinung, wenn ich liege, und eine andere, wenn ich stehe.

Couché, j'ai souvent un avis, mais une fois debout - tout un autre.
Les avis tranchés et justes, en général, me viennent, quand je suis debout, quand je marche ou parle, mais leur vertige nuancé ne m'atteint que quand je danse, chante ou suis couché.

lichtenberg g.
In drei Etagen lebt der Leib : der Kopf, die Brust und der Unterleib. Ich w√ľnsche √∂fters, da√ü sich die Hausleute der obersten und untersten Etage besser vertr√ľgen.

Le corps habite en trois √©tages : la t√™te, la poitrine, le bas-ventre. Souvent on r√©clame, que les habitants des √©tages inf√©rieurs et sup√©rieurs fassent moins de tapage.
De jour, je devrais me r√©concilier avec mon voisin d'en haut, de nuit - avec celui d'en bas. Hors du temps, Salomon et Freud se repentent devant J√©sus. « Le corps est outil de l'√Ęme, et l'√Ęme est outil de Dieu » - Plutarque - l'√Ęme serait donc l'outil, servant √† fabriquer ou animer d'autres outils ‚Äď l'un des m√©tiers les plus nobles ! L'√Ęme repr√©sente l'esprit et interpr√®te le corps.

joubert j.
Le but n'est pas toujours placé pour être atteint, mais pour servir de point de mire.
La visée, d'une flèche ou d'une plume, dépend de l'ampleur des horizons et de la hauteur du firmament, que te dictera la noblesse et atteindra le talent.

hegel g.
Die Ironie enthält dies Große in sich, die abstrakten Vorstellungen konkret zu machen.

La grandeur de l'ironie, c'est de rendre concrètes les représentations abstraites.
C'est sa dimension profonde ; la haute consiste √† rendre abstraites, donc inaccessibles √† toute m√©diocrit√©, m√™me profonde, - les repr√©sentations concr√®tes. L'ironie, c'est la pr√©f√©rence que l'√Ęme donne √† la verticalit√©, dans toute r√©sistance √† la platitude. Le contraire du relativisme des pauvres d'esprit et de l'indiff√©rence des repus de corps.

hegel g.
Die Ironie der schönen Seele durstet sich nach Festem.

L'ironie d'une belle √Ęme languit le Ferme.
Cette √Ęme est plut√īt lourde que belle ; une belle √Ęme est appel√©e par le Haut, qu'il soit sacr√© ou ironique. L'ironie enl√®ve du poids l√† o√Ļ ne compte que l'Impond√©rable. Le Ferme s'oppose √† l'A√©rien, comme le Ferm√© ‚Äď √† l'Ouvert.

schlegel f.
Ironie ist klares Bewußtsein des unendlich vollen Chaos.

L'ironie est la conscience d'un chaos inépuisable.
L'intelligence est notre √©puisable facult√© d'harmoniser le chaos. Une fois aux fronti√®res d'un chaos ma√ģtris√©, elle arrive soit au vide de l'attendu, soit √† l'ennui de l'entendu ; en se d√©barrassant du ballast ou de la platitude du s√©rieux, elle s'accroche √† l'ironie, prometteuse de hauteurs et d'apesanteurs. C'est ton √©toile qui te remplit de chaos ; celui qui a besoin du chaos, pour enfanter de son √©toile (Nietzsche), finira en fausses couches.

schlegel f.
Mit der Ironie kann sich nur die Poesie bis zur Höhe der Philosophie erheben.

Seule la po√©sie peut, gr√Ęce √† l'ironie, s'√©lever jusqu'√† la hauteur de la philosophie.
Je dirais m√™me, que la seule hauteur accessible √† la philosophie est celle que lui procure la po√©sie ; et l'ironie est ce qui pr√©vient l'emploi d'unit√©s profondes pour mesurer la hauteur.

byron g.
Sapping a solemn creed with solemn sneer.

√Čbranler la gravit√© d'une conviction par celle d'une moquerie.
Il ne nous resteraient que des convictions hilares, dont on continuerait de se moquer, en hésitant et avec un manque de conviction.

schopenhauer a.
Versteckt nun aber der Scherz sich hinter dem Ernst, so entsteht die Ironie.

L'ironie na√ģt, lorsque le plaisant se cache derri√®re le grave.
Volé chez Cicéron. L'ironie n'est qu'une forme, pour accéder au contenu, dont on ignore les chemins d'approche droits et en dessine des obliques.

heine h.
Je gr√∂√üer der Mann, desto leichter trifft ihn der Pfeil des Spottes ; Zwerge sind schon schwerer zu treffen.

Plus grande est ta stature, plus facilement une fl√®che de l'ironie t'atteint ; toucher un nain est moins facile.
N'expose, en profondeur, que tes parties vuln√©rables - pieds, cerveau, muscles ; cache, en hauteur, tes parties furtives - √Ęme, r√™ve, regard. Vis au pays des cordes tendues et des fl√®ches non d√©coch√©es.

leopardi g.
I fanciulli trovano tutto nel nulla, gli uomini trovano il nulla nel tutto.

Les enfants trouvent le tout dans le rien ; les hommes, le rien dans le tout.
Le tout est temporel et ponctuel, le rien est spatial et √©lastique. Le tout juv√©nile est sans avenir, et le rien viril - sans pass√©. L'enfant est encore sans √©tonnement ; l'adulte ‚Äď d√©j√† avec morgue. L'enfant manque encore de questions ail√©es ; l'adulte est d√©j√† bourr√© de r√©ponses apt√®res.

lermontov m.
–Ę–į–ļ —ā–ĺ—Č–ł–Ļ –Ņ–Ľ–ĺ–ī‚Ķ
–í–ł—Ā–ł—ā –ľ–Ķ–∂–ī—É —Ü–≤–Ķ—ā–ĺ–≤‚Ķ
–ė —á–į—Ā –ł—Ö –ļ—Ä–į—Ā–ĺ—ā—č - –Ķ–≥–ĺ –Ņ–į–ī–Ķ–Ĺ—Ć—Ź —á–į—Ā !

Tel ce fruit pr√©coce, parmi l'√©clat des fleurs : l'instant de leur beaut√©, c'est l'instant de sa chute.
√ąve et Newton surent en profiter, aid√©s par la sagesse des reptiles, mais c'est l'ivresse des volatiles qui abr√®ge la f√™te des sages.

emerson r.w.
We boil at different degrees.

On bout aux degrés différents.
En quel liquide paie-t-on de sa personne : en sueur, en larmes, en sang, en encre ?

kierkegaard s.
L'ironie est un développement anormal qui, comme celui des oies de Strasbourg, finit par tuer l'individu.
Comparez avec la grave normalité du mouton, bourré de certitudes prophylactiques, qui avance, sans vaciller ni se plaindre, vers l'abattoir. L'ennui des normes mortifères pousse vers l'ironie revivifiante.

baudelaire ch.
Deux qualit√©s litt√©raires fondamentales : surnaturalisme (intensit√©, sonorit√©, vibrativit√©, profondeur) et ironie (d√©doublement).
La profondeur et l'ampleur r√©sument le talent, et la hauteur du regard ‚Äď la noblesse. Le s√©rieux - aux s√©dentaires ; l'ironie, c'est le ton de revenants. Le d√©doublement est ton absence provisoire dans le r√©el, qui n'est jamais ironique. Le nomadisme des positions ; le culte de la pose.

flaubert g.
Il est plus facile de dessiner un ange qu'une femme. Les ailes cachent la bosse.
Mais, chez la femme, certains contours, de la famille des bosses, nous portent plus haut que les ailes des anges. Et l'on comprend, que le corps affamé est meilleur dessinateur que le peintre repu.

flaubert g.
Je suis à la fois le désert, le voyageur, et le chameau.
Tu constitues ainsi ton propre paysage, ce que tu as toujours préféré à ton portrait.

flaubert g.
Le cynisme, c'est l'ironie du vice.
Comme l'ironie, souvent, c'est le cynisme de la vertu. Le cynique est grave, et l'ironique ‚Äď l√©ger.

amiel h.-f.
Ce que nous sommes g√Ęte ce que nous croyons √™tre.
Mais ce que nous croyons être en rêve, nous empêche d'être trop fiers de ce que nous sommes en acte.

france a.
L'ironie est la dernière phase de la déception.
C'est ce qu'affirment les adeptes des joies payantes, tandis que l'ironie devrait être la première phase vers un enthousiasme gratuit. Ce qui est impasse pour l'homme linéaire, est départ d'un nouveau langage pour l'homme annulaire. L'ironie est refus d'angles et de lignes droites, déracinement d'ellipses et de spirales.

france a.
Sans l'ironie le monde serait comme une forêt sans oiseaux.
L'ironie combat le braconnage d'idées et le défrichement des jungles de mots. Mais la chasse et les champs de reptiles sont en train de gagner leur partie contre les chants de volatiles.

dosto√Įevsky f.
–°–ļ–Ķ–Ņ—ā–ł—á–Ķ—Ā–ļ–ł–Ļ –≤–∑–≥–Ľ—Ź–ī —É–Ī–ł–≤–į–Ķ—ā –≤—Ā—Ď, –ī–į–∂–Ķ –ł —Ā–į–ľ—č–Ļ –≤–∑–≥–Ľ—Ź–ī.

Le regard sceptique finit par tout tuer, y compris le regard lui-même.
Le regard ironique ranime tout, même un regard éteint ou enterré.

dosto√Įevsky f.
–ē—Ā—ā—Ć —á—É–ī–Ķ—Ā–į –ł—Ā–ļ—É—Ā—Ā—ā–≤–į –≤–ĺ –§–Ľ–ĺ—Ä–Ķ–Ĺ—Ü–ł–ł, –Ĺ–ĺ –≤ –°–ł–Ī–ł—Ä–ł, –ļ–ĺ–≥–ī–į —Ź –≤—č—ą–Ķ–Ľ –ł–∑ –ļ–į—ā–ĺ—Ä–≥–ł, –Ī—č–Ľ–ł –ī—Ä—É–≥–ł–Ķ –Ņ—Ä–Ķ–ł–ľ—É—Č–Ķ—Ā—ā–≤–į.

Oui, j'ai bien vu des merveilles de l'art à Florence, mais en sortant du bagne, en Sibérie, j'avais découvert d'autres avantages.
√Ä rapprocher l'art du bagne on perd en climat ce que l'on regagne en latitude. Sur un monument florentin en marbre, place D√©midoff, on peut toujours admirer cet √©tonnant quatuor : Sib√©rie, Art, Joie, Charit√© ! √Ä Florence, vit le jour non seulement l'Idiot, mais aussi la Dame de Piques et la Nostalgija.

renard j.
L'ironie doit faire court. La sincérité peut s'étendre.
L'une est un pi√®ge du r√Ęteau, l'autre - du marais. Par o√Ļ et comment on se renie : par le front ou par les pieds ? Est-ce que quelqu'un a d√©j√† pratiqu√© l'ironie de ruminant ?

renard j.
L'ironie ne dess√®che pas : elle ne br√Ľle que les mauvaises herbes.
Dans mes sillons tombent, fatalement, l'ivraie ou de mauvais pesticides : le s√©rieux les fait passer pour mes produits, mais l'ironie, honn√™tement, les d√©vitalise.

twain m.
Truth is our most valuable commodity - let us economize it.

La v√©rit√© est la chose la plus pr√©cieuse au monde. √Čconomisons-la !
Sur le marché de vérités, exercent leur travail de sape les mots déflationnistes d'ironie et de doute, et barrent la route à l'inflation des idées sans provision.

twain m.
Good breeding consists in concealing how much we think of ourselves and how little we think of the other person.

La bonne éducation consiste à cacher tout le bien, que nous pensions de nous-mêmes, et tout le mal, que nous pensions d'autrui.
L'√©ducation est plus pr√©cieuse en tant que d√©coratrice ou h√©bergeuse plut√īt que cachotti√®re : « L'√©ducation est pour les gens heureux une parure, pour les malheureux - un refuge » - D√©mocrite. Le bon go√Ľt √©tant un n√©cessaire √©quilibre entre l'enthousiasme pour l'inconnu et la haine du connu, - autant concentrer le premier sur soi-m√™me et la seconde - sur autrui.

twain m.
Get your facts first, and then you can distort them as much as you please.

Présentez d'abord les faits, après, vous pourrez les déformer comme bon vous semble.
Et quand on a la chance de comprendre, que l'art de (dé-)former est plus précieux que ce qu'on (dé-)forme, on finit par se débarrasser des faits.

twain m.
The human race has one really effective weapon, and that is laughter.

La race des hommes n'a qu'une arme, celle du rire.
Le rire n'est qu'une alarme ou un bouclier, mais sa larme désarme. Une technique préventive, pour chasser l'ennui et le sérieux, - placer un éternuement au lieu le plus pathétique de ton discours (Bergson).

nietzsche f.
Der Zweck der Ironie ist Dem√ľtigung, Besch√§mung.

Le but de l'ironie, ce sont la perte d'assurance et la honte.
L'arrogance et la conscience tranquille seraient donc ses cibles - surprenant et juste ! Rien n'est d√©finitivement perdu pour l'homme, qui porte haut ses hontes.

nietzsche f.
Das tiefe deutsche √úberlegen ist oft nichts anderes als ein schmerzliches Verdauen.

La profonde réflexion allemande n'est souvent qu'une pénible digestion.
Vu d'une √©poque, o√Ļ, surtout, on m√Ęche et rem√Ęche, en n'avalant que pour remplir des cases d'une m√©moire m√©canique, - dig√©rer ne me para√ģt pas si ennuyeux. Bien que je reste partisan inconditionnel de go√Ľter.

wilde o.
A cynic : a man who knows the price of everything and the value of nothing.

Un cynique : celui qui conna√ģt le prix de tout et la valeur de rien.
« Tout cr√©tin ahuri confond valeur et prix » - Machado - « Todo necio confunde valor y precio ». Le sto√Įcien serait celui qui conna√ģt la valeur de tout, quel que soit le prix. Il rend les prix caducs.

wilde o.
The tragedy of old age is that we are still young.

La tragédie de la vieillesse, c'est qu'on reste jeune.
La comédie de la jeunesse actuelle, c'est qu'elle veuille être vieille.

wilde o.
The imagination imitates. It is the critical spirit that creates.

L'imagination imite, l'esprit critique crée.
Celui-ci sait, qu'il peut partir dans n'importe quelle direction ; il cr√©e, lui-m√™me, ses rencontres. Celle-l√†, se laisse entra√ģner par un courant puissant, mais reproduisant des virages d√©j√† emprunt√©es par d'autres voyageurs.

mallarmé s.
De l'éternel azur la sereine ironie.
Ironiser sur l'infiniment proche ou l'infiniment lointain ; le calme des dieux hautains assurant le vertige profond.

shaw b.
All intellectual work is humorous.

Tout travail intellectuel est d'ordre humoristique.
Un intellectuel est celui qui tente des attitudes tragiques et en encaisse de retentissantes déconfitures. Pour sauver le sens du drame, l'humour du mot s'alliera à l'ironie de l'idée.

shaw b.
Self-sacrifice enables us to sacrifice other people without blushing.

Le sacrifice de soi permet de sacrifier les autres sans rougir.
Rougir, en sacrifiant les autres, permet de sauver la face.

chestov l.
–°–ľ–ł—Ä–Ķ–Ĺ–ł–Ķ - —ā–ĺ–Ľ—Ć–ļ–ĺ –Ņ—Ä–ł—Ď–ľ –Ī–ĺ—Ä—Ć–Ī—č –∑–į —Ā–≤–ĺ—Ď –Ņ—Ä–į–≤–ĺ.

La résignation n'est qu'une ruse de combat pour ses droits.
La rébellion n'est souvent qu'une pacifique franchise, une fois notre devoir disqualifié pour non-combativité. Tant de rebelles autour, mais je ne vois plus de rébellion.

tchékhov a.
–Ě–į—Ā–ľ–Ķ—Ö–į—Ź—Ā—Ć –Ĺ–į–ī –ľ—č—Ā–Ľ—Ź–ľ–ł, –≤—č –Ņ–ĺ–ī–ĺ–Ī–Ĺ—č –ī–Ķ–∑–Ķ—Ä—ā–ł—Ä—É, –Ĺ–į—Ā–ľ–Ķ—Ö–į—é—Č–Ķ–ľ—É—Ā—Ź –Ĺ–į–ī –≤–ĺ–Ļ–Ĺ–ĺ–Ļ –ł —Ā–ľ–Ķ–Ľ–ĺ—Ā—ā—Ć—é, —á—ā–ĺ–Ī—č —Ā–ļ—Ä—č—ā—Ć —Ā–≤–ĺ–Ļ —Ā—ā—č–ī.

Lorsque vous raillez les idées, vous ressemblez à ce déserteur qui, pour étouffer sa honte, raille la guerre et le courage.
Ceux qui ignorent la honte trouvent facilement une guerre juste et un courage de brutes. Tout appel à la mobilisation générale réveille en moi un déserteur, même des causes justes.

claudel p.
Freud prétend, que le chiffre 3 est le symbole de l'appareil masculin.
Le plus beau des chiffres, le 0, étant réservé à l'appareil féminin.

valéry p.
Le sentiment d'être tout et l'évidence de n'être rien.
Ce qui devrait exclure de ton écriture les tout et les rien, conjugués avec avoir dans un cercle fermé. Dans être, le sentiment et l'évidence convergent dans un espace ouvert.

valéry p.
Les intellectuels sont ceux qui donnent des valeurs à ce qui n'en a point.
Et ne s'arr√™tent pas √† celles qui cr√®vent les cadrans ! Le moyen √©l√©gant de donner de la valeur au monde plein est de s'adonner √† l'orf√®vrerie du n√©ant. Un intellectuel a trop de mots, pour dire plus qu'il ne sait.

valéry p.
Philosopher en vers, c'est vouloir jouer aux échecs selon les règles du jeu de dame.
La philosophie est le seul combat, o√Ļ tous les coups sont permis √† condition d'en expliquer le pourquoi. Et si la po√©sie apporte, en plus, le comment, on surclasse les √©checs en harmonie et le jeu de dame en g√©om√©trie.

péguy ch.
Rien n'est plus vieux que le journal de ce matin, et Homère est toujours jeune.
Ne nous trompons pas de crit√®re : Hom√®re est bien vieux et le journal de ce jour ne peut √™tre que de notre temps. Seulement, il y a celui qui cherche ses contemporains dans la rue et celui qui trouve des acteurs de sa vie jusqu'aux ar√®nes de Troie ou en proie aux sir√®nes. Alexandre le Grand, sur la tombe d'Achille, l'envia : « Heureux gar√ßon, tu eus Hom√®re, pour chanter ta gloire !  ».

churchill w.
It is a good thing for an uneducated man to read books of quotations.

Lire des livres de citations est une excellente occupation pour ignares.
Quand ni ex-citation ni in-citation n'accompagnent la citation, on se contente de ré-citation de procès-verbaux, de modes d'emploi et de recettes de cuisine, lectures préférées des savants.

churchill w.
A pessimist sees the difficulty in every opportunity ; an optimist sees the opportunity in every difficulty.

Pour le pessimiste toute occasion est un piège, pour l'optimiste tout piège est une occasion.
L'enthousiasme na√Įf appuie le pessimisme ; le ridicule √©labor√© soutient l'optimisme. L'art de passer d'une pierre d'achoppement √† une pierre de touche, voire √† la pierre tombale, s'appelle ironie. Sisyphe cachait son jeu : la pierre qui montait vers ses belles ruines n'√©tait pas la m√™me qui roulait vers ses souterrains.

mann th.
Ironie heißt fast immer, aus einer Not eine Überlegenheit machen.

L'ironie est, presque toujours, une pose de supériorité dans un manque.
Dans l'abondance, elle fait découvrir une infériorité. L'ironie est l'art d'unification des niveaux de nos misères.

rilke r.-m.
Suchen Sie die Tiefe der Dinge : dort steigt Ironie nie hinab.

Cherchez la profondeur des choses ; et l'ironie n'y descend jamais.
Elle en sauve souvent la hauteur. Tout voyage, sans compagnie de l'ironie, d√©bouche, t√īt ou tard, sur la platitude. La fonction la plus utile de l'ironie est de faire comprendre que toute profondeur, refusant de hautes ailes, est condamn√©e √† devenir bien plate.

einstein a.
If I had only known, I would have become a locksmith.

Si j'avais su, je serais devenu serrurier.
Au lieu de forcer des portes, de se tromper de clefs, de se trouver, en permanence, face au mur, s'égarer sur le toit ou s'éterniser à la fenêtre.

blok a.
–ė—Ä–ĺ–Ĺ–ł–∑–ł—Ä–ĺ–≤–į—ā—Ć –∑–Ĺ–į—á–ł—ā –ĺ—ā–Ľ—É—á–į—ā—Ć—Ā—Ź.

Ironiser, c'est s'absenter.
S'absenter des r√©ponses et emplir de soi-m√™me l'interrogation. Les absents ayant toujours tort, ironiser, c'est ne pas chercher √† avoir raison. C'est bien de d√©sarmer les choses pr√©sentes, les choses absentes ne m√©ritent pas plus d'√™tre port√©es au pouvoir. Jankelevitch : « ironiser, cesser d'adh√©rer aux choses »*** et Bachelard : « imaginer, c'est s'absenter » furent du m√™me avis.

blok a.
–°–ĺ—ā—Ä–ł —Ā–Ľ—É—á–į–Ļ–Ĺ—č–Ķ —á–Ķ—Ä—ā—č,
–ė —ā—č —É–≤–ł–ī–ł—ą—Ć, –∂–ł–∑–Ĺ—Ć –Ņ—Ä–Ķ–ļ—Ä–į—Ā–Ĺ–į.

La vie est belle, tu l'apprends en effaçant les traits du hasard.
Des traits du hasard en continu, tu laisseras des points de la fatalité en pointillé. C'est ainsi que la beauté montrera son vrai visage. La beauté est la modulation du hasard. Le hasard est une forme contingente cachant le contenu nécessaire, l'être divin, cette négation du hasard humain. Dans le beau, la part du malgré doit être occulté, pour ne pas entacher nos espérances.

kraus k.
Mit Frauen f√ľhre ich gern einen Monolog. Aber die Zwiesprache mit mir selbst ist anregender.

Avec les femmes, je pr√īne un monologue, mais une explication √† deux avec soi-m√™me est plus all√©chante.
Les yeux ou les cieux, pour mes t√©moins infid√®les ? Mon ch√Ęteau en Espagne s'ouvrant par une tour d'ivoire ou s'√©croulant en ruines ? Vais-je devenir Sisyphe ou Narcisse ?

kraus k.
Ungl√ľck eines Fetischisten, der sich nach einem Frauenschuh sehnt und mit einem ganzen Weib vorlieb nehmen mu√ü.

Le malheur du f√©tichiste : aspirer √† un soulier de satin et recevoir la femme enti√®re.
Le malheur du naufrag√© : avoir hurl√© sa d√©tresse, mais √† sa bouteille on ne demandera que l'ivresse.

kraus k.
Wenn die Sonne der Kultur niedrig steht, werfen selbst Zwerge einen Schatten.

Quand le soleil de la culture se couche, même les nains jettent de l'ombre.
Plus ce soleil est bas, moins on s'occupe des ombres. Les meilleurs horizons et écrans se réfugient dans des cavernes. La rampe économique envoie la lumière, la trempe poétique dessine les ombres.

braque g.
Appuyez-vous sur les principes, ils finiront par céder.
Cette haute recette vaut pour le cuisinier de langages savoureux. Ceux qui tournent le dos aux principes, s'appuient sur des recettes de basse cuisine.

cocteau j.
La gloire, on n'imagine pas une fleur, qui rêverait de finir dans un vase.
Si, le tournesol, cherchant le soleil de la gloire et destin√© aux cuisines ou tableaux de ma√ģtres. Une grande question : la fleur est-elle faite pour nos yeux admiratifs ou pour le ciel indiff√©rent ? La v√©rit√© et la beaut√© c√©lestes sont per√ßues accompagn√©es de mots ou de vases, dans nos cavernes terrestres.

cocteau j.
Ils craignent de secouer l'arbre, avares qu'ils sont de fruits et d'oiseaux, craintifs qu'on s'aperçoive, qu'il ne s'en détache pas de leurs branches.
On le secoue, aujourd'hui, pour en recevoir des perroquets et des navets (Twain). Rien de fructueux ne croit plus en hauteur ; rien de frais ne se cache dans les ombres ; tout grandit en vitamines et s'amplifie en largeur. Toutes les variables le quitt√®rent ; aucune unification enrichissante n'est plus en vue.

cocteau j.
La poésie est un exhibitionnisme, qui s'exerce chez les aveugles.
Car la poésie, c'est l'art de suspendre le regard, avant qu'il n'atteigne l'objet du délit, le mot viril. C'est devant Dieu, ce grand muet et peut-être même ce grand aveugle, qu'il faut exercer notre virilité.

heidegger m.
Der Weg zur√ľck f√ľhrt uns sogar erst vorw√§rts.

Le cheminement qui recule, seul, nous mène de l'avant.
L'obsession par l'avant, est si commune, qu'on saluerait machinalement cette d√©marche d'√©crevisse ; mais l'attitude de marmotte m'est plus ch√®re : couch√©e, pour ne pas avancer vers l'arri√®re, seule direction, o√Ļ il y ait encore des promesses.

borgès j.
Esfinge, el Arquetipo inmóvil de la Cara o de la Mano.

Le Sphinx, l'image figée du Visage et de la Main.
On ne s'impose, aujourd'hui, que par des mains, en renonçant à son visage. Le Sphinx a d'ailleurs montré l'exemple en perdant son symbole de flair, le nez.

pasternak b.
–Ē–Ľ—Ź –ľ—č—Ā–Ľ–ł—ā–Ķ–Ľ—Ź –ł —Ö—É–ī–ĺ–∂–Ĺ–ł–ļ–į –Ĺ–Ķ —Ā—É—Č–Ķ—Ā—ā–≤—É–Ķ—ā –Ņ–ĺ—Ā–Ľ–Ķ–ī–Ĺ–ł—Ö –Ņ–ĺ–Ľ–ĺ–∂–Ķ–Ĺ–ł–Ļ, –Ĺ–ĺ –≤—Ā–Ķ –ĺ–Ĺ–ł –Ņ—Ä–Ķ–ī–Ņ–ĺ—Ā–Ľ–Ķ–ī–Ĺ–ł–Ķ.

Pour le penseur et l'artiste il n'existe pas de positions dernières, elles sont, toutes, avant-dernières.
Mais si la dernière est unique on n'est ni penseur ni artiste. La multiplicité des derniers pas s'appelle ironie. Tenir à sa liberté, c'est priser le premier pas. Tenir à la liberté de celui qui t'écoute, c'est t'arrêter à l'avant-dernier, tout en vivant le délice de l'inachèvement, de l'inabouti artistique, du refus de dénouement. Ce qui aboutit se délite.

pasternak b.
–í –ļ–ĺ–Ĺ—Ü–Ķ –Ĺ–Ķ–Ľ—Ć–∑—Ź –Ĺ–Ķ –≤–Ņ–į—Ā—ā—Ć, –ļ–į–ļ –≤ –Ķ—Ä–Ķ—Ā—Ć, –≤ –Ĺ–Ķ—Ā–Ľ—č—Ö–į–Ĺ–Ĺ—É—é –Ņ—Ä–ĺ—Ā—ā–ĺ—ā—É.

Au bout du chemin, tu succomberas à l'hérésie d'une vaste simplicité.
L'h√©r√©sie est peut-√™tre le seul subterfuge superficiel, pour emp√™cher les dieux s'√©riger en idoles. Les inquisiteurs de la forme simple, lue ou entendue, me font accrocher au fond : √† la complexit√© des √Čcritures et √† l'appel du silence. La simplicit√© est, h√©las, la religion dominante au pays des imb√©ciles.

nabokov v.
–í–ĺ –≤—Ā—Ď–ľ —Ā—ā–į–≤–ł—ā—Ć –ļ–į–ļ –Ņ—Ä–Ķ–≤—č—ą–Ķ —á—ā–ĺ, –Ĺ–Ķ –ī–ĺ–Ņ—É—Ā–ļ–į—Ź, —á—ā–ĺ–Ī—č —ć—ā–ĺ –Ņ–Ķ—Ä–Ķ—Ö–ĺ–ī–ł–Ľ–ĺ –≤ –Ĺ—É, –ł —á—ā–ĺ ?

En tout, mettre le comment au-dessus du quoi, sans que cel√† n'aboutisse au √† quoi bon ?
Tant que vous ne comprenez pas, que le quoi du regard est au-dessus du comment des choses vues, vos narrations de foires ou de motels aboutiront inexorablement dans le à quoi bon…

nabokov v.
–°–Ņ–ł—Ä–į–Ľ—Ć - –ĺ–ī—É—Ö–ĺ—ā–≤–ĺ—Ä–Ķ–Ĺ–ł–Ķ –ļ—Ä—É–≥–į. –í¬†–Ĺ–Ķ–Ļ, —Ä–į–∑–ĺ–ľ–ļ–Ĺ—É–≤—ą–ł—Ā—Ć –ł –≤—č—Ā–≤–ĺ–Ī–ĺ–ī–ł–≤—ą–ł—Ā—Ć –ł–∑ –Ņ–Ľ–ĺ—Ā–ļ–ĺ—Ā—ā–ł, –ļ—Ä—É–≥ –Ņ–Ķ—Ä–Ķ—Ā—ā–į—Ď—ā –Ī—č—ā—Ć –Ņ–ĺ—Ä–ĺ—á–Ĺ—č–ľ.

La spirale, c'est le cercle animé. Se brisant, se libérant de la platitude, le cercle cesse d'être vicieux, une fois transformé en spirale.
Le vice du cercle n'est pas dans sa fermeture ni même dans sa platitude, mais dans son impossible continuité. Sous les coupes discrètes de l'ironie, la spirale peut être vécue comme un pointillé ou une constellation des points lumineux et libres, aspirés par la hauteur.

montherlant h.
L'ironie, c'est le roi nu que personne ne voit nu.
Faire croire, que le r√©el n'est qu'une farce et qu'une farce contienne du r√©el !

jankelevitch v.
Il faut choisir entre l'intimité et la justice. Ironiser, c'est choisir la justice.
L'intimité, c'est la complicité avec l'innocence. L'ironie est l'impossibilité de circonstances atténuantes. La justice est le pilori de la proximité et le bagne de l'innocence.

jankelevitch v.
Ironie : renvoyer dos √† dos le d√©sespoir sceptique et l'orgueil sto√Įcien.
Rire et pleurer en m√™me temps. L'ironie serait-elle le culte rieur de la larme ?

jankelevitch v.
Le but de l'ironie est de restaurer un esprit innocent et un cŇďur inspir√©.
Car le s√©rieux, non seulement, d√©truit tout bonheur, mais engendre de coupables certitudes et d√©courage les cŇďurs errants.

jankelevitch v.
Le mensonge est un état de guerre et l'ironie un état de paix. Le mensonge attache une pierre au cou de sa victime, pour la noyer, l'ironie tend la perche à celui qu'elle égare.
Le mensonge est complice de l'ironie ; les deux s'exercent ensemble. L'ironie manie les pierres d'achoppement et le mensonge en fait des boulets.

jankelevitch v.
Dans la vodka de l'ironie le rieur noie son espoir comme son désespoir.
C'est en tenant la poésie hors du flacon qu'il nous fait aimer l'ivresse.

thibon g.
À force de 'jouer le jeu', on finit par attacher plus d'importance aux règles du jeu qu'à l'enjeu lui-même.
Dans certains jeux, l'enjeu est le respect des r√®gles. Dans d'autres, la r√®gle est de ne pas oublier l'enjeu. Un myst√®re cosmique, un probl√®me th√©√Ętral, une solution ludique ‚Äď il faut savoir jouer sur tous ces registres, pour que le d√©sespoir soit profond et l'esp√©rance ‚Äď haute.

thibon g.
Le jour ne tient pas les promesses de l'aurore, il les dissipe.
Le soir est bien placé, pour entretenir les promesses, que tiendra la nuit. Les meilleures promesses parlent conception et naissances. Encore faut-il savoir placer sous le signe de la nuit nos meilleurs commencements.

thibon g.
Les malades demandent la guérison, non la résurrection.
La r√©surrection est √©preuve de l'arbre ; on en peut cr√©er le climat jusque dans un grabat, en glorifiant l'incurable.

levinas e.
L'homme est l'être, pour qui, dans son être, il y va de son être même, qui a à saisir son être.
Quand on tombe, pour la premi√®re fois, sur ce genre de sagesse, on admire l'audace verbale du po√®te ; la dixi√®me - on respecte l'obs√©d√© par ce vocabulaire pittoresque ; la centi√®me - on b√Ęille devant le raseur ; la milli√®me - on rit √† la barbe du sot. Plus pr√®s des rues d'Ulm ou St-Jacques ils se trouvent, plus inconscients ils sont de leur ridicule.

char r.
Il semble, que ce soit le ciel, qui ait le dernier mot. Mais il le prononce à voix si basse, que nul ne l'entend jamais.
Mais c'est cela, l'art : se taire √† l'avant-dernier mot et nous laisser fantasmer sur le dernier ! L'encryptage du dernier mot et de sa hauteur, telle pourrait √™tre la d√©finition m√™me de l'art. La franchise litt√©rale est l'attitude la moins artistique.

arendt h.
Insofar as we act emotionally, we are programmed. Reason is the miracle.

Tant que tu agis sous le coup de l'émotion, tu es robot. Miracle, c'est la raison.
Les rythmes des frissons et l'algorithme de la raison furent con√ßus par le m√™me Programmeur ou Thaumaturge, sp√©cifi√©s dans un m√™me langage, o√Ļ le tragique et le logique suivent la m√™me grammaire hors-contexte, anim√©e par un Verbe g√©n√©ratif. Jadis, l'homme des √©motions n'avait aucun probl√®me, pour programmer la raison ; aujourd'hui, l'homme de raison, alla encore plus loin - il programme ses √©motions, dans des langages compil√©s et non-interpr√©t√©s.

weil s.
Être enraciné dans l'absence de lieu.
Qui va de soi pour un d√©racin√© de la pr√©sence de temps. √Ä l'oppos√©, on sait o√Ļ m√®ne la pr√©sence du sol, la Bodenst√§ndigkeit, ce mis√©rable d√©positaire de l'insaisissable √™tre (die Beschr√§nkung des Seins auf Anwesenheit - Heidegger).

lec s.
Un point d'exclamation, qui s'avachit, donne un point d'interrogation.
C'est la meilleure des d√©g√©n√©rescences grammaticales ! S'√©crouler en points de suspension ou s'envoler en laissant derri√®re soi un illusoire point final - est sans lendemains.

lec s.
Construisons des phrases provisoires. Car s'il y avait un tremblement de terre ?
En mati√®re sismologique, rien ne vaut une tour d'ivoire, qui ne met pas ses fondations dans des cloaques des profondeurs tra√ģtresses.

lec s.
La tradition ? Noblesse h√©r√©ditaire du plagiat.
« Un g√©nie emprunte noblement » - Emerson - « Genius borrows nobly ». La muflerie des inventions est plus traditionnelle, sans √™tre transmissible. L'ignorance des racines - la maladie des branches s√®ches. « L'immaturit√© se reconna√ģt dans l'imitation, la maturit√© - dans le vol » - T.S.Eliot - « Immature poets imitate, mature poets steal ». On vole des livrets, on invente sa propre musique. « Un bon compositeur n'imite pas, il vole » - Stravinsky - « –•–ĺ—Ä–ĺ—ą–ł–Ļ –ļ–ĺ–ľ–Ņ–ĺ–∑–ł—ā–ĺ—Ä –Ĺ–Ķ –ł–ľ–ł—ā–ł—Ä—É–Ķ—ā, –Ĺ–ĺ –≤–ĺ—Ä—É–Ķ—ā ». Le cr√©atif n'adapte pas, il adopte ; le poussif n'acquiert pas, il conquiert. L'art ignore le sixi√®me Commandement.

lec s.
Le manque d'√Ęme est un √©tat d'esprit, qui prend de plus en plus de corps.
Ceux qui d√©bordent d'√Ęme noient, √† leurs corps d√©fendant, un esprit trop lourd.

lec s.
La moindre puanteur, qui se bat contre un ventilateur, se prend pour Don Quichotte.
Est-il plus honorable de faire partie de ce ramassis de climatiseurs, dont n'√©mane aucun climat susceptible de mettre en mouvement les ailes ? Certains voient les ventilateurs ou les moulins, d'autres ne voient que Dulcin√©e.

cioran é.
Seuls les esprits superficiels abordent une idée avec délicatesse.
Ils prennent l'id√©e pour un mat√©riau cru et l'affinent par une forme verbale. Les esprits profonds s'amusent √† r√©duire √† l'√©tat de mat√©riau cru ce qui se concentra d√©j√† en mots. Remarquez que les esprits hauts n'existent pas : d√®s qu'ils touchent la hauteur, ils se muent en √Ęmes. Et les √Ęmes se d√©sint√©ressent des id√©es terrestres, pour se d√©dier aux r√™ves c√©lestes.

cioran é.
Le délire est plus beau que le doute, mais le doute est plus solide.
Le d√©lire est dans la poursuite d'un but retors, le doute - dans une nette sensation de contraintes. L'asc√®se des buts se rattrape dans l'esth√©tique des moyens. « Dans cette vie, le plaisir le plus solide est celui, vain, des illusions »* - Leopardi - « Il pi√Ļ solido piacere di questa vita, √® il piacere vano delle illusioni ».

cioran é.
L'ironie est le masque qu'emprunte la pitié de soi-même.
Les orgueilleux portent leur piti√© aux autres, sans masque, tous crocs dehors. Le contraire de l'ironie est le visage d√©couvert. Rappelle-toi, que le pathos du oui nietzsch√©en ne s'arr√™tait qu'aux deux anicroches : la piti√© et l'ironie, le tragique et le comique. Formant, souvent, une balan√ßoire : « Il se vante, je l'abaisse ; il s'abaisse, je le vante »* - Pascal. Je me proclame grand - et, tout de suite, ma mis√®re m'inonde ; je reconnais ma mis√®re - et une grandeur insoup√ßonn√©e monte √† mes yeux baiss√©s.

cioran é.
Je suis un négateur assoiffé de quelque catastrophique oui.
Le oui, digne d'√™tre articul√©, est toujours passionnel, tandis que le non appartient au g√©nie ironique. Vivre de l'un et faire un clin d'Ňďil √† l'autre est un signe des rat√©s ou g√Ęcheurs. Les oui promettent des chutes ou des ascensions, mais les non garantissent une platitude. « L'astre supr√™me de l'√ätre, qu'aucun Non ne souille »** - Nietzsche - « H√∂chstes Gestirn des Seins! ‚Äď das kein Nein befleckt ».

cioran é.
J'ai toujours √©t√© du c√īt√© des √©paves futures.
Normal pour celui qui b√Ętit son abri sous forme des ruines pr√©sentes. L'ancrage n'est qu'un naufrage d'un vaisseau fant√īme, d√©sert√© par son √©quipage ail√©.

camus a.
L'ironie est une vertu qui d√©truit ; un bon gouvernement pr√©f√®re les vices qui construisent.
Pas d'√©difices, avec l'ironie ; elle n'est constructive que dans des ruines, pour vivre de toits, portes ou murs imaginaires. Le s√©rieux, c'est de voir de la vertu dans le vice ; l'ironie, c'est de voir du vice dans la vertu.

deleuze j.
L'humour est un art de surface, à l'opposé de la vieille ironie, un art de profondeur et de hauteur.
Il faut mettre ou √† la place de et. D√®s que l'ironie cherche de l'√©paisseur, en essayant d'√™tre √† √©gale distance du fond profond et de la forme haute, elle se trouve pr√®s de la surface, de la platitude. L'ironie est la facult√© de garder les yeux ouverts sur la profondeur et les yeux ferm√©s ‚Äď sur la hauteur.

baudrillard j.
Prophétiser la catastrophe est banal. Considérer qu'elle a déjà eu lieu est plus original.
En plus, il ne faudrait donner ni dans les rem√®des, ni dans le diagnostic, mais dans la tentative de faire des ruines une th√©ba√Įde. Mais, en bon pessimiste (ce que tu es plus bas), j'ajouterais (avec Shakespeare) : « the best is still to come ».

baudrillard j.
L'ironie est un trait d'esprit, qui dévitalise la réalité du mal.
L'ironie est aussi un trait d'√Ęme, qui donne de la vigueur √† l'irr√©alit√© du bien. C'est toujours non sans mal que le bien triomphe du mal, m√™me si le mal c√®de bien devant le bien.

baudrillard j.
Le nouveau pessimisme résulte du fait, que tout va de mieux en mieux.
Heureusement, l'ancien optimisme nous fait anticiper quelques catastrophes pittoresques, pour ne pas trop engrisailler nos plumes. Pour contre-balancer l'équilibre mécanique en bas, on recrée du chaos organique en haut.

baudrillard j.
L'ironie de la fatalité est plus grande que celle du hasard, ce qui la rend plus hautaine et plus séduisante.
Avec l'esp√©rance, fille de la fatalit√©, on peut f√™ter la hauteur ; avec le d√©sespoir, b√Ętard du hasard, on porte le deuil de la bassesse. Certains (Nietzsche) r√™vent de jumeaux : le d√©sespoir le plus profond pr√©c√©dant la plus haute esp√©rance. « Toute pens√©e profonde doit commencer par le d√©sespoir »*** - Chestov - « –í—Ā—Ź–ļ–į—Ź –≥–Ľ—É–Ī–ĺ–ļ–į—Ź –ľ—č—Ā–Ľ—Ć –ī–ĺ–Ľ–∂–Ĺ–į –Ĺ–į—á–ł–Ĺ–į—ā—Ć—Ā—Ź —Ā –ĺ—ā—á–į—Ź–Ĺ–ł—Ź ».

baudrillard j.
Au-del√† du stade h√©ro√Įque, il y a un stade ironique de la technique, de l'histoire, de la valeur.
Le héros sauvait la vérité, l'ironiste la noie. Les vérités ne sont plus que flottantes et insubmersibles. Au lieu de céder à la tentation de les posséder par l'idée, contente-toi de leurs furtives caresses verbales.

baudrillard j.
La bêtise demeure le refuge du sens.
L'intelligence étant toujours à la recherche de quelques nouveaux reniements, virevoltes ou départs, le sens, ce but se profilant au bout de la vérité, ne peut compter que sur l'inertie de l'ineptie.

badiou a.
L'être ne se diffuse pas dans le rythme et dans l'image, il ne règne pas sur la métaphore, il est le souverain nul de l'inférence.
Le devenir ne s'absorbe pas dans l'algorithme ou dans le noyau, il ne se soumet pas √† la m√©tonymie, il est le vassal hautain de la d√©duction - √† vous de juger o√Ļ l'esprit doit rire ou pleurer. Et de pardonner √† la platitude ce qu'on ne pardonne pas √† la profondeur.

debray r.
Quelle force que de n'avoir jamais cédé à l'espoir.
Surtout quand on n'est pas assez pusillanime, pour combattre le d√©sespoir. Par sa volont√© de puissance, Nietzsche d√©fendit bien la vie contre le d√©sespoir, la souffrance, la sati√©t√©, mais succomba √† l'invasion par la solitude. Solitude, ce point de d√©part d'un nouveau cercle vicieux ou du m√™me √©ternel retour : du soi connu qui se d√©sesp√®re - vers le soi inconnu qui esp√®re, et de cette duplicit√© na√ģt la volont√© de puissance, la volont√© d'authenticit√© c√©dant √† la volont√© d'invention.

debray r.
On traite pèle-mêle les savoir, les savoir-faire et les savoir-être.
C'est-√†-dire, les probl√®mes, les solutions et les myst√®res. Quand on les traite s√©par√©ment, on obtient les technocrates sans √Ęme, les artisans sans envol, les mystiques sans geste. Le p√®le-m√™le mat√©rialiste perce, voyez ce qui est mis en t√™te ! Le p√®le-m√™le id√©aliste consisterait √† en imaginer le cycle.