bible
La langue du sage est dans son cŇďur ; le cŇďur du sot est dans sa bouche.
Se parler ou parler aux autres - deux arts diff√©rents : sonder les sources ou prospecter les fins. Est sage celui qui ma√ģtrise ces deux langues, sans se tromper de grammaire. Mais le soi, auquel je parle, est double : le connu et l'inconnu, chacun ayant sa propre langue. Parler au premier, c'est comme parler aux autres, c'est la langue de la raison. Jadis, on ne parlait qu'au second, et c'√©tait la langue de l'√Ęme. Avec l'extinction des √Ęmes, le langage unique, le langage algorithmique, devint le seul outil d'introspection ou de requ√™tes des hommes robotis√©s. La bouche du sage √©coute la raison ; le cŇďur du sot y est sourd.

bible
Au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute vaine parole qu'ils auront proférée.
M√™me le ciel nous r√©clame des justificatifs, modes d'emploi, recettes et instructions, pour accorder une entrevue et une remise de peine ! La vanit√©, comme le vide, peut n'√™tre qu'une pr√©paration d'une musique et une fuite devant la banale utilit√© du bruit ambiant.

euripide
Parle, si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence.
Dans le silence, m√Ľrit la r√©volte des mots. Dans les mots, le silence se lib√®re.

lao tseu
Les vrais mots ne sont pas beaux ; les beaux mots ne sont pas vrais.
Les vrais mots remplacent le regard ; les beaux mots le dessinent. Et si l'on veut les soumettre √† l'√©preuve de la v√©rit√©, c'est qu'on pr√©f√®re la chose vue au regard (Heidegger : « La pens√©e est chose vue »).

platon
Pens√©e et discours ne sont qu'une m√™me chose. La pens√©e est un discours int√©rieur, un dialogue de l'√Ęme avec elle-m√™me.
Ce dialogue est fait de messages, que ne r√©sume aucun discours et ne subordonne aucune grammaire. Le discours est une p√Ęle et obs√©quieuse incarnation d'un Verbe souverain.

publilius s.
Licentiam des linguae, cum verum petas.

Quand tu as soif de vérité, libère ta langue.
Aujourd'hui, le premier geste des chercheurs de vérités d'esclave, ayant toute honte bue et donc sans soif, est de se soumettre à une langue de bois commune.

horace
Scribendi recte sapere est et principium et fons.

L'art de bien écrire est ton commencement et ta source.
Une bonne √©criture vient avec notre talent ; les commencements et les sources r√©sident dans notre g√©nie, qui n'a rien de langagier. La bonne √©criture, c'est l'art de rester fid√®le au message de ta source, donc - de garder le rythme ; bien √©crire, c'est cr√©er de la musique.

horace
Verbaque praevisam rem non invita sequentur.

Pour une chose bien conçue, les paroles s'offriront et couleront d'elles-mêmes.
Tous les sots croient Caton : « La chose ma√ģtris√©e, le mot n'aura que suivre » - « Rem tene, verba sequentur ». Non : pour les mots bien con√ßus, les choses s'offriront et se feront rouler !

horace
Est brevitate opus, ut currat sententia.

Sa brièveté fait courir la pensée.
Il s'agit d'un √©lan int√©rieur d'une pens√©e verticale. Ne tracent des routes que des pens√©es √©tal√©es. √ätre emport√© par un vecteur, une br√®ve pointe des hic et nunc, plut√īt qu'√™tre port√© par la longue droiture des valeurs, des pourquoi et comment. Haut doute ou profonde blessure plut√īt que routes, plates et s√Ľres.

horace
Vis consili expers mole ruit sua.

La force, sans esprit, s'écroule de son propre poids.
L'idée, sans renouvellement de mots, se pétrifie ou cesse d'être féconde.

ovide
Siqua videbuntur casu non dicta latine, in que scribebat, barbara terra fuit.

Si, d'aventure, mon latin para√ģt douteux, c'est que la contr√©e o√Ļ j'√©cris est barbare.
La contr√©e, o√Ļ j'√©cris, est civilis√©e, et mon fran√ßais douteux porte les m√™mes asp√©rit√©s. Rel√©gu√© aupr√®s des Scythes, rejet√© par les Scythes, dans des masures ou au milieu des ruines, nos mots bris√©s s'assemblent sans brisure.

ovide
Interdum lacrimae pondera vocis habent.

Il arrive, que la larme ait la force du mot.
Et le vrai mot est une larme de l'oreille, des sons brisés aux gouttes cristallines.

ovide
Lingua, sile, non est ultra narrabile quidquam.

Tais-toi, ma langue, il n'y a plus rien à raconter.
√Čcrire, ce serait psalmodier et non pas parler. Narrer aurait d√Ľ rester dans l'oral.

sénèque
Cum rem animus occupavit, verba ambiunt.

Quand l'objet a rempli l'√Ęme, les mots accourent tout seuls.
C'est l'intuition qui am√®ne des objets, c'est l'intelligence qui souffle des mots, mais c'est surtout de la hauteur qu'on aurait besoin, pour que les sons des mots traduisent bien l'√Ęme. Pour pouvoir remplir l'√Ęme, il faut que l'objet soit fait en mati√®re crue. C'est ainsi, qu'il prendra sa forme. La r√©sonance de l'√Ęme combl√©e produit des mots. Le po√®te est l'√©galit√© des dons de l'√Ęme et du mot.

talmud
Surveille tes pensées, car elles deviennent des mots, surveille tes mots cars ils deviennent des actes.
Les lignes de succession entre les mots, les pens√©es et les actes ne sont que de la b√Ętardise, les protagonistes relevant des esp√®ces biologiquement incompatibles. Au lieu de les surveiller, il faudrait les mettre en cellules ou mouroirs isol√©s.

st augustin
Alia est enim lux quae sentitur oculis ; alia qua per oculos sintiatur ; haec lux qua ista manifesta sunt, utique intux in anima est.

Autre est la lumi√®re per√ßue par l'Ňďil ; autre la lumi√®re que l'Ňďil peut percevoir ; autre enfin la lumi√®re imprim√©e dans l'√Ęme, qui la con√ßoit.
Une langue vivante, un mod√®le conceptuel, une image con√ßue - Aristote e√Ľt partag√© la m√™me vision ternaire, que les philosophes analytiques abaissent √† une terne division binaire.

st augustin
Non accuso verba quasi vasa lecta, sed vinum erroris, quod in eis nobis propinabatur ab ebriis doctoribus.

Ce n'est pas le mot, ce précieux récipient, que j'accuse, mais le vin de l'erreur que des docteurs ivres nous poussent à boire.
Pour les convives vigilants, l'ivresse du vin (la beaut√©) est dans la lecture des √©tiquettes, o√Ļ r√©side la v√©rit√© (in libello veritas).

shakespeare w.
What's in a name ? that which we call a rose, by any other name would smell as sweet.

Le nom n'est rien. Ce que nous nommons rose sous un tout autre nom sentirait aussi bon.
Le nom est l'√©piderme des choses. L'ar√īme est sur les √©pidermes des asphod√®les et des n√©nuphars. En dessous, presque tout est insipide. Le nom est promesse (« Nomen est omen » - Plaute). Aimer la rose, rose absente de tous les bouquets (Mallarm√© contre Ronsard), chass√©e du jardin (« l'√™tre-rouge de la rose est absent du jardin »** - Heidegger - « das Rotsein der Rose steht im Garten nicht »), mais aussi de son propre nom (U.Eco).

shakespeare w.
Patch grief with proverbs.

Bouche les fuites du chagrin avec des mots.
Il vaut mieux le boire frais et plein, avec un calice des mots, sinon ce chagrin se transformera en lie d'indifférence, à consommer par des idées peu exigeantes, c'est à dire ne trouvant dans ce breuvage que de la vérité.

graci√°n b.
Tres eses hacen dichoso : santo, sano y sabio.

Trois s rendent heureux : saint, sain et sage.
D√®s qu'on leur ajoute un s final, ils deviennent aussi banals que p√©cheur, corrompu ou b√™te. Le nombre sauve de l'ombre. √Ä comparer avec quatre s du parfait amour de Calder√≥n : sage, seul, serviable et secret, o√Ļ le duel sauve le pluriel. Trois s tourn√©s vers l'√Ęme en appelle le salut : son, soin, souci - musique, pathologie, intelligence. Trois W de Nietzsche, m√®res de l'√™tre : Wahn, Wille, Wehe - acc√®s (crise), succ√®s (volont√©), exc√®s (douleur).

racine j.
Verbe, en qui l'√Čternel contemple sa beaut√©.
C'est donc dans le lisible, et non pas dans le visible, qu'Il se reconna√ģt davantage !

voltaire f.-m.
Les paroles sont aux pens√©es ce que l'or est aux diamants : il est n√©cessaire, pour les mettre en Ňďuvre, mais il en faut peu.
La forfanterie des pensées endiamantées, dans des fêtes de l'utile, va de pair avec l'incapacité de dorer les mots, dans la révolte de l'inutile.

hamann j.g.
Reden ist √ľbersetzen - aus einer Engelssprache in eine Menschensprache : Gedanken in Worte, Bilder in Zeichen.

Toute parole est de la traduction - d'une langue des anges en une langue des hommes : les pens√©es en mots, les images en signes.
Dans cette traduction, on néglige beaucoup la phonétique, en prenant la musique primordiale pour des accents trop graves. On prend la grammaire de la création pour une vulgaire grammaire générative. Et le Verbe divin n'est souvent rendu que par une ponctuation sans substance ni hypostase. Les pensées et les signes, avant les mots et les images, et les pensées et les signes après, ce sont deux univers différents, le second étant, chez un talent créateur, beaucoup plus riche et beau que le premier. La langue, qu'il s'agit de traduire, n'est pas la langue des pensées humaines, mais celle des merveilles divines.

hamann j.g.
Wer in einer fremden Sprache schreibt, der muß seine Denkungsart, wie ein Liebhaber, zu bequemen wissen.

Celui qui écrit en une langue étrangère doit chercher à courtiser sa manière à penser, tel un amant.
Ce qui le pousse √† s√©duire ses mots plut√īt qu'√† conduire ses pens√©es, √† vibrer des seuls commencements, sans s'installer dans la routine des dur√©es, √† v√©n√©rer ses amours √† la verticale, au lieu de les √©taler dans l'horizontalit√© banale. La t√™te au milieu des mots, l'√Ęme au milieu des pens√©es, c'est ainsi qu'on perd la terre sous ses pieds, c'est √† dire - devient amoureux. Ses d√©clarations d'amour seront d√©cousues et fi√©vreuses, d√©fiant les routines des sobres communications entre autochtones ; qui devinera ses soupirs ou ses chants, au milieu des mots d√©cha√ģn√©s ?

lichtenberg g.
Einer zeugt den Gedanken, der andere hebt ihn aus der Taufe, der dritte zeugt Kinder mit ihm, der vierte besucht ihn am Sterbebette, und der f√ľnfte begr√§bt ihn.

Un homme conçoit une pensée, un autre la porte sur les fonts baptismaux, le troisième lui fait des enfants, le quatrième la visite à son lit de mort, le cinquième l'enterre.
Le mot, thuriféraire et thaumaturge, est le seul à accélérer ce parcours, sans abréger la biographie ni allonger les regrets.

lichtenberg g.
Bei Shakespeare zeugt immer der Gedanke das Wort.

Chez Shakespeare, c'est toujours la pensée qui engendre le mot.
Il e√Ľt √©t√© aussi ennuyeux que Moli√®re, si √ß'avait √©t√© vrai ! La libert√©, avec laquelle Shakespeare extrait les mots des tiroirs impr√©visibles, prouve, qu'il se d√©sint√©ressait des pens√©es aux clefs toujours trop pr√©cises. Je ne connais pas une seule pens√©e de Shakespeare, mais ses intrus de mots me mettent au seuil des pens√©es subtiles.

lichtenberg g.
Wir sehen in der Natur nicht Wörter, sonder immer nur Anfangsbuchstaben von Wörtern.

Ce n'est même pas des mots, mais leurs initiales, que nous voyons dans la nature.
C'est mieux que des phrases tout enti√®res, que pr√©tend lire le sot. Mais je pense (et un Chinois serait d'accord avec moi) qu'on voit plut√īt une cat√©gorie : un substantif - pour s'arr√™ter, un verbe - pour bouger, un adjectif - pour peindre, un signe de ponctuation - pour soupirer ou sangloter.

goethe w.
Wer fremde Sprachen nicht kennt, weiß nichts von seiner eigenen.

Celui qui ne conna√ģt point de langues √©trang√®res ne conna√ģt rien de la sienne.
Car il se trompe sur la nature de ses propres émois, ne devine pas la mystérieuse source de beauté et de puissance du langage et ne découvre pas, que la vraie vie d'une langue est ailleurs. Posséder ou savoir ce qu'on possède, la performance ou la compétence, monogame ou polyglotte. Dans le harem des langues s'apprend le corps inimitable de la parole à caresser.

goethe w.
Ein Wort, wie ein Baum, der jahrelang unfruchtbar war, kann wieder bl√ľhen und Fr√ľchte tragen.

Le mot, comme un arbre, resté infécond depuis des années, peut refleurir encore et apporter des fruits.
Le déracinement, l'élagage, la taille profonde font partie du même arsenal de résurrection. Tout ce qui est vraiment vivant peut être comparé à l'arbre. Être artiste du mot est d'en savoir créer les saisons et climats.

rivarol a.
La langue est un instrument, dont il ne faut pas faire crier les ressorts.
Surtout, si l'on cherche à provoquer des secousses verbales, même en absence d'aspérités vitales.

maistre j.
L'ou√Įe est √† la vue ce que la parole est √† l'√©criture.
Non, il y a une √©criture de la vue et une √©criture de l'ou√Įe. Le regard, la musique des mots au-dessus de l'√©cho des choses. Ou le reflet, la r√©flexion m√©canique sur les cadences des choses.

maistre j.
Toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation proportionnelle dans le langage.
En n'entendant plus autour que des beuglements ou hallalis, on se rend compte de la place, que prit le troupeau ou la meute, dans les individus et dans les nations. Que leur silence √©tait plus propice, pour que, en plein air, s'afferm√ģt le chant ou s'√©touff√Ęt le sanglot, qui se r√©fugi√®rent, d√©sormais abasourdis, dans des catacombes.

joubert j.
Comment il se fait, que ce n'est qu'en cherchant les mots, qu'on trouve les pens√©es ?
Les pens√©es du sot pr√©existent toujours et s'annoncent avec des mots anonymes, sans √©clat ni reflets. Les pens√©es du sage sont des effets de bord, des reflets dans des miroirs des mots, dans lesquels se mire l'esprit et y trouve son compte. « Je ne conduis pas ma plume, c'est elle qui me conduit » - Sterne - « Ask my pen, - it governs me, - I govern not it ». L'√©criture cr√©e des ombres invent√©es, et ensuite, l'esprit leur d√©couvre une source de lumi√®re r√©elle. Celui qui part d'un √©clairage accessible, au lieu de suivre son √©toile inaccessible, ne pense pas, il copie ou imite. « On pense √† partir de ce qu'on √©crit et pas le contraire » - Aragon.

joubert j.
Les mots sont comme des verres, qui obscurcissent tout ce qu'ils n'aident pas à mieux voir.
Les vrais mots permettent surtout de voir ce qui se passe en deçà et non pas au-delà des verres. Ils réfléchissent et font réfléchir. Le mieux voir est souvent ennemi du mieux sentir. Les plus beaux mots sont au service du regard et non pas des yeux.

joubert j.
Jamais les mots ne manquent aux id√©es ; ce sont les id√©es qui manquent aux mots. D√®s que l‚Äôid√©e en est venue √† son dernier degr√© de perfection, le mot √©clot, se pr√©sente et la rev√™t.
Les id√©es sont des mannequins, facilement interchangeables, pour moi, grand couturier ; elles sont des ch√Ętelains al√©atoires, √©l√©gants ou grossiers, de mes ch√Ęteaux de mots ; elles peuvent m√™me √™tre des racines de mon arbre, fier de ses fleurs et de ses ombres, ou bien le livret insignifiant de mes partitions, musicales et vitales.

schiller f.
Laß die Sprache dir sein, was der Körper den Liebenden.
Er nur ist's, der die Wesen trennt, und der die Wesen vereint.

Que la langue te soit ce que le corps est aux amoureux.
Il n'y a que lui qui sépare les amants et qui les unit.
On se sépare ou se rencontre par le mot ou par le corps, sur des facettes illisibles ou invisibles, que seule découvre la volupté.

hegel g.
Die Sprache ist der Leib des Denkens. Wir denken im Worte.

La langue est le corps de la pensée. C'est dans le mot que nous pensons.
La langue n'en est que l'habit ; la royale nudit√© de la pens√©e n'en ressort que grandie. Peu importe que le sens, l'esprit de la pens√©e, soit hors la langue, celle-ci en porte les sens : le d√©sir, la s√©duction, la promesse. Mais les sens s'√©veillent en moi ; les objets et les liens s√©mantiques entre eux, vis√©s par les sens, sont, la plupart du temps, dans la repr√©sentation ; les relations syntaxiques, que j'interroge, rel√®vent de la logique. Il ne reste au mot qu'envelopper ces √©lans, ces tentatives d'acc√®s √† l'extra-langagier. Dans le mot, nous nous exprimons ; nos pens√©es naissent et s'impriment hors la langue.

hegel g.
Das Unaussprechliche ist etwas Tr√ľbes, G√§rendes, das, wenn es zu Worte zu kommen vermag, Klarheit gewinnt.

L'ineffable est obscurité et fermentation, atteignant à la clarté par l'appel au mot.
La clart√© r√©sulte de deux faiblesses de l'esprit : incapacit√© d'approfondir ou incapacit√© de rester soi-m√™me au milieu des nues. Toute sensation de clart√© est preuve, que je baigne dans la platitude. L'ivresse ou la st√©rilit√© - deux issues de la fermentation.

hölderlin f.
Die Sprache ist ein großer Überfluß. Das Beste ruht in seiner Tiefe.

La parole est une franche fuite : le meilleur de nous reste dans sa profondeur.
Seuls les meilleurs jaillissements laissent en deviner la hauteur. C'est mieux vu que Hofmannsthal : « La langue est tout ce qui reste √† celui qui est priv√© de sa patrie. Mais la langue, il est vrai, contient tout » - « Die Sprache ist alles, was einem bleibt, der seine Heimat entbehren mu√ü. Aber sie enth√§lt auch alles ».

hölderlin f.
Ein Zeichen sind wir, deutungslos. Schmerzlos sind wir und haben fast die Sprache in der Fremde verloren.

Un signe, tels nous sommes, d√©pourvus de sens. Sans douleur nous sommes ; et, dans l'√©tranget√©, presque perd√ģmes le langage.
Le sage est dans l'image, et le po√®te - dans la requ√™te ; repr√©senter avant d'avoir trouv√© le langage et d'interpr√©ter ; chanter avant d'avoir trouv√© le sens, avant la piti√© et avant la honte.

byron g.
But words are things, and a small drop of ink,
Falling like dew upon a thought…

Les mots sont lourds, et, telle une rosée,
L'encre appesantit l'idée…
Si l'id√©e brille, c'est √† cause de la ros√©e verbale. L'id√©e n'est qu'un poids fortuit, sans √Ęme, et servant √† √©prouver les bonnes balances. Dieu m√™me ne fait le poids que sur une balance c√©leste, la seule, o√Ļ l'on puisse se f√©liciter de la hauteur du plateau vide.

schopenhauer a.
Das eigentliche Leben eines Gedankens dauert nur bis er an den Grenzpunkt der Worte angelangt ist.

La vie propre d'une pensée dure jusqu'à ce qu'elle ait atteint le point-limite des mots.
Elle s'imagine, que les mots ne cherchent qu'√† l'√©puiser, tandis que ceux-ci se soucient davantage de ciselage de cuill√®res que de grattage de casseroles. √Čcoutez le passage des auteurs charg√©s de pens√©es‚Ķ L'artiste change de cuill√®re non pas aux arrivages de pens√©es nouvelles, mais bien √† la naissance d'un nouvel app√©tit.

balzac h.
Demander des mots au silence et des idées à la nuit.
√Čcoutez les cadences m√©caniques diurnes, qui remplissent les id√©es d'aujourd'hui ! La musique √©toil√©e se r√©fugie en hauteur, o√Ļ ne s'aventurent ni √©diteurs ni lecteurs. La d√©faite du mot est de ne plus provoquer d'avalanches d'id√©es. Le mot est un silence, faisant entendre la musique. L'id√©e est un silence cadenc√©.

pouchkine a.
–í–ĺ—Ā—ā–į–Ĺ—Ć –ł –≤–ł–∂–ī—Ć, –ł –≥–Ľ–į–≥–ĺ–Ľ–ĺ–ľ –∂–≥–ł —Ā–Ķ—Ä–ī—Ü–į –Ľ—é–ī–Ķ–Ļ.

Sois hauteur et regard, pour que ton verbe porte l'ardeur aux √Ęmes humaines.
Tandis que la descente jusqu'aux bras, et m√™me aux cerveaux humains, √©teint souvent toute flamme ; le verbe enracin√© est toujours apt√®re, ignorant le souffle √©mancipateur. La lumi√®re te promet la profondeur ; le feu s'√©lance vers la hauteur.

leopardi g.
Lo stile e le parole sono non la veste ma il corpo dei pensieri.

Le style et les mots sont non le vêtement, mais le corps des pensées.
La pensée s'occupe de podiums, d'angles d'éclairage, d'ordre de défilé. Les mots-caresses et les mots-promesses s'occupent et de vêtements et de corps. La pensée seule, qui, dévêtue, monte sur les planches, sans être sacrée par le mot d'un haut couturier, ne peut servir que de porte-manteaux ou d'épouvantail.

poe e.
All Nature speaks, and ev'n ideal things
Flap shadowy sounds from visionary wings.

Dans l'Univers, tout parle ; et m√™me l'id√©al
De sa large aile envoie une ombre ou un signal.
Le silence, lui aussi, y a sa place : c'est l'art de rester dans le soleil, sans jeter d'ombre. Le langage est toujours une projection de mod√®les ; le soleil est la r√©alit√©, l'√©cran de ta Caverne ‚Äď ton intelligence, les ombres projet√©es ‚Äď ta cr√©ation, faite de perceptions, d'images, de mots, fondus dans des m√©taphores.

lermontov m.
–Ě–į –ľ—č—Ā–Ľ–ł, –ī—č—ą–į—Č–ł–Ķ —Ā–ł–Ľ–ĺ–Ļ, –ļ–į–ļ –∂–Ķ–ľ—á—É–≥, –Ĺ–ł–∂—É—ā—Ā—Ź —Ā–Ľ–ĺ–≤–į.

Sur le fil d'une pensée, respirant la force, s'enfilent des perles de mots.
Cette op√©ration est juste bonne, pour orner un cou ; l'esprit s'orne mieux de perles isol√©es, pour que le regard suive non pas le fil, ni m√™me le cou, mais la perfection d'une forme sortie de l'√©ternit√©. La vraie perle fuit le fil, comme un vrai arbre se d√©solidarise de la for√™t.

flaubert g.
Quand on sait bouleverser une √Ęme, rien qu'en faisant passer un adjectif sous l'Ňďil du lecteur, on est vraiment un artiste, le plus sup√©rieur des artistes.
Le moins inf√©rieur des adjectifs que cette noble ambition me fait venir √† l'esprit est interloqu√©. Une √Ęme grammaticale en litt√©rature est parente du cŇďur phon√©tique en musique.

flaubert g.
Le mot est un lointain et faible écho d'une pensée.
Tu t'es tromp√© de montagne : c'est la pens√©e vagabonde qui renvoie parfois l'√©cho d'un mot sonore. Celui qui est en haut garde le son, celui d'en bas - l'avalanche.

renan e.
Le génie apporte une langue et une voix aux instincts muets.
Le g√©nie d√©couvre, que tout parle dans l'univers. Le g√©nie est la rencontre de deux interpr√®tes : de celui qui sait lire la partition de l'Autre et de celui qui sait la rendre. Les mal-entendants ont raison de voir dans le silence du monde l'origine de leur angoisse ; pensant rendre la voix lointaine de Pascal, ils ne rendent que la faiblesse de leurs propres cordes. L'angoisse, c'est ta voix ne d√©passant le silence ni en puissance ni en m√©lodies.

dosto√Įevsky f.
–°–Ľ–ĺ–≥ - —ć—ā–ĺ, —ā–į–ļ —Ā–ļ–į–∑–į—ā—Ć, –≤–Ĺ–Ķ—ą–Ĺ—Ź—Ź –ĺ–ī–Ķ–∂–ī–į ; –ľ—č—Ā–Ľ—Ć - —ć—ā–ĺ —ā–Ķ–Ľ–ĺ, —Ā–ļ—Ä—č–≤–į—é—Č–Ķ–Ķ—Ā—Ź –Ņ–ĺ–ī –ĺ–ī–Ķ–∂–ī–ĺ–Ļ.

Le style n'est que le v√™tement ; la pens√©e est le corps cach√© par ce v√™tement.
L'emploi intensif de mannequins jetables finit par rendre aux vêtements leurs lettres de noblesse.

renard j.
Les mots ne doivent être que le vêtement, sur mesure rigoureuse, de la pensée.
Plus j'y mets de la rigueur, plus je suis s√Ľr d'habiller un √©pouvantail ou une figure de g√©om√©trie. La haute couture du mot doit √™tre au-dessus de l'anatomie de la pens√©e, et leur homologie est toujours suspecte. « En l'habillant, la langue dissimule la pens√©e » - Wittgenstein - « Die Sprache verkleidet den Gedanken » - mais le couturier peut se moquer de mannequins. La valeur des mots s√©duit la vie ; les pens√©es en r√©digent l'√©tat civil ou en fixent le prix.

nietzsche f.
Ich f√ľrchte, da√ü wir Gott nicht loswerden, solange wir noch an die Grammatik glauben.

J'ai peur qu'on n'arrive pas à se débarrasser de Dieu parce qu'on continue à croire en grammaire.
Pourtant, c'est l'existence même des excellents analyseurs sémantiques de la langue qui témoigne de la présence d'un excellent synthétiseur mystique du Verbe.

nietzsche f.
An dem Bau der Begriffe, der Begräbnisstätte der Anschauung, arbeitet die Sprache.

La langue contribue à échafauder des concepts, cette tombe du regard.
Le regard ne doit que très peu au choix des concepts, choix, qui ne doit presque rien à la langue. C'est, d'ailleurs, l'une des définitions même du regard que d'être indépendant du libre arbitre du concepteur. La mise au tombeau du regard, c'est l'oubli du langage et l'auto-identification avec les concepts.

mallarmé s.
Nommer un objet, c'est supprimer trois quarts de la jouissance.
Quand on nomme par le nom. Nommer, ou plut√īt sugg√©rer, par une m√©taphore s'appelle cr√©er ou initier. Le nominalisme, c'est le dernier, la suggestion - le premier ou l'avant-dernier pas.

mallarmé s.
Tout le myst√®re est l√† : √©tablir les identit√©s secr√®tes, au nom d'une centrale puret√©.
La solution po√©tique du sens : la puret√© de l'arbre, surgi de l'unification des id√©es probl√©matiques et inconciliables.

chestov l.
–°–į–ľ—č–Ķ –∑–Ĺ–į—á–ł—ā–Ķ–Ľ—Ć–Ĺ—č–Ķ –ľ—č—Ā–Ľ–ł —Ź–≤–Ľ—Ź—é—ā—Ā—Ź –Ĺ–į —Ā–≤–Ķ—ā –≥–ĺ–Ľ—č–ľ–ł, –Ī–Ķ–∑ —Ā–Ľ–ĺ–≤–Ķ—Ā–Ĺ–ĺ–Ļ –ĺ–Ī–ĺ–Ľ–ĺ—á–ļ–ł : –Ĺ–į–Ļ—ā–ł –ī–Ľ—Ź –Ĺ–ł—Ö —Ā–Ľ–ĺ–≤–į - —Ü–Ķ–Ľ–ĺ–Ķ –ł—Ā–ļ—É—Ā—Ā—ā–≤–ĺ.

Les plus sublimes pens√©es viennent au monde toutes nues, sans enveloppe verbale ; c'est tout un art que de les couvrir de mots.
Ce couturier-artisan est bien pitoyable, s'il crée ses vêtements en les adaptant à un modèle. L'art, cette haute couture du mot, n'a pas besoin de mannequins des idées, pour créer dans l'imaginaire.

tagore r.
L'idée s'infiltre dans le rythme, pénètre les mots, et vibre dans leur ascension et leur chute.
Quand on a compris, que c'est bien l'id√©e qu'on m√®ne en bateau et que ce n'est pas elle qui m√®ne la danse, on a des chances de devenir danseur surclassant le calculateur. « Le vrai po√®te est celui qui trouve l'id√©e en forgeant le vers »** - Alain - il tombe la-dessus, sans l'avoir cherch√©e.

bergson h.
Nous ne voyons pas les choses ; nous lisons des √©tiquettes coll√©es sur elles.
Voir et lire sont loin d'√™tre la m√™me op√©ration ; la grammaire de la cr√©ation ne ressemble en rien √† celle du discours. Nous lisons des r√©f√©rences, dans lesquelles se glissent aussi des √©tiquettes (non-grammaticales), qui sont bien coll√©es, mais non pas sur les choses, mais sur les concepts (objets ou relations).

bergson h.
La pensée demeure incommensurable avec le langage.
Le langage pour la pensée, ce sont les ondes pour la musique. N'empêche qu'une bonne acoustique peut servir et l'algorithme et le rythme.

claudel p.
Mallarmé laisse l'initiative aux mots. Comme l'homme ivre laisse l'initiative aux jambes.
Laisser l'initiative aux id√©es, c'est abandonner son souffle √† l'Alcootest. L'initiative devrait aller, tour √† tour, √† l'impr√©vu : au mot, √† l'id√©e, au son. « Les mots sont g√©n√©rateurs d'id√©es, plus encore que l'inverse »* - Baudrillard. Le po√®me, qui ne s'appuie que sur le mot, s'√©croule aux fronti√®res des langues et des √©poques ; ce qu'a bien compris Val√©ry.

alain
Le lien magique est celui du mot à la chose invisible et à l'homme invisible.
Passer de l'homme et de la chose au mot est presque m√©canique, de la conception arbitraire : c'est le chemin inverse qui est magique : comment, du mot, aboutir √† la r√©alit√©, c'est √† dire au sens, en passant par des interpr√©tations linguistique, logique, conceptuelle, pragmatique ?

russell b.
The most delicate is to make difference between a controversy of words and a controversy of essence.

Le plus délicat est de faire la différence entre une querelle de mots et une querelle de fond.
La meilleure preuve de la ma√ģtrise du fond est de savoir ramener toute discussion √† une querelle de mots, o√Ļ l'on s'escrime √† coups d'idiomes, au lieu des axiomes, √† coups de toquades, au lieu des incartades.

proust m.
Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère.
Dans la reconnaissance d'un fait d'art, le besoin de traduction en est l'un des premiers signes de qualit√©. Les grands auteurs sont des acteurs d'une pi√®ce, o√Ļ les mots se traduisent, instantan√©ment, en √©motions.

valéry p.
Le langage articulé permit à l'homme de tout mettre en problème, car il lui suffisait de mettre le signe de question devant des noms d'objets ou de phénomènes.
Et l'intelligence consiste à substituer à ces belles inconnues des objets ou phénomènes, dont l'accès est délicatement suggéré par l'interrogation même. Ce n'est pas le nombre d'inconnues qui fait la richesse et la beauté de l'équation de la vie, de l'arbre, mais l'élégance de leur greffage.

valéry p.
La liberté implique le langage, qui crée la possibilité de l'intervalle conscient.
Mon cher Ma√ģtre, dans la cha√ģne de l'acte, vous placez mal le langage. La libert√© intervient entre le d√©sir et le choix, o√Ļ se d√©roulent les o√Ļ et quand, les pourquoi et comment, qui sont des requ√™tes extra-langagi√®res. Le langage n'est impliqu√© qu'√† partir de l'embarras, pour atteindre un objet ou d√©signer une relation.

valéry p.
La nécessité de ces objets verbaux, qui sont Idées, Lois, Être, est seulement formelle.
Ce juste verdict priverait de pain tant de n√©cessiteux professeurs. Une remarque, toutefois : les Lois ne sont pas des objets verbaux, elles gouvernent le mod√®le pr√©-langagier.

valéry p.
Le Langage est un interm√©diaire sans valeur propre. La pens√©e, poursuivie jusqu'au plus pr√®s de l'√Ęme, nous conduit sur les bords priv√©s de mots.
Ceci est parfaitement juste, lorsqu'il s'ag√ģt de n'exhiber que l'intelligence (en s'appuyant sur le mod√®le, o√Ļ le langage ne peut √™tre que requ√™te) ou de ne viser que des d√©monstrations (sans chiffres √† l'appui, dans l'insupportable verbalisme des philosophes, o√Ļ se noie la r√©alit√© ontologique) - une fois interpr√©t√©, le Langage y doit dispara√ģtre, pour laisser la place aux substitutions du mod√®le ou au sens dans la r√©alit√©. N√©anmoins, la litt√©rature ne commencerait-elle pas, lorsque le mod√®le et la r√©alit√© sous-jacents laissent le langage les recr√©er ? Le philosophe doit choisir entre po√®te et cogniticien, s'il ne veut pas √™tre assimil√© √† l'idiot du village. La pens√©e, priv√©e de mots, ne garderait que la piti√© et la tendresse.

valéry p.
Ce verbe nul, être, a fait une grande carrière dans le vide.
Il faut reconna√ģtre qu'un certain vide abstrait peut s'av√©rer moins ingrat que le bric-√†-brac concret, pour recevoir notre musique ou valoriser notre pl√©nitude.

valéry p.
Se faire source de ce qu'on reçoit.
C'est l'origine la plus féconde d'un nouveau langage ou d'un nouveau regard.

péguy ch.
Un mot n'est pas le même dans un écrivain et dans un autre. L'un se l'arrache du ventre. L'autre le tire de la poche de son pardessus.
Le premier cherche √† y mettre le son, pour qu'on y d√©couvre le sens et en vibre ; le second y met du sens, sans osciller.

mann th.
Nur dort, wo es noch keine oder keine Worte mehr gibt, im Blick und in der Umarmung, ist eigentlich das Gl√ľck zu finden.

On ne trouve le bonheur que l√† o√Ļ il n'y a pas encore ou il n'y en a plus de mots, - dans le regard et dans le baiser.
Le trouver est banal ; le porter jusqu'au seul milieu, o√Ļ il puisse survivre, vers la hauteur, n'est √† port√©e que du regard, que seul poss√®de le hautain. Il se met √† se d√©poss√©der de tout ce que le bonheur a de plat et d√©couvre, au bout du chemin, que c'est le bonheur m√™me qui est plat : « Le bonheur ne se trouve que sur des sentiers battus » - Pouchkine - « –°—á–į—Ā—ā—Ć–Ķ –ľ–ĺ–∂–Ĺ–ĺ –Ĺ–į–Ļ—ā–ł –Ľ–ł—ą—Ć –Ĺ–į –Ņ—Ä–ĺ—ā–ĺ—Ä—Ď–Ĺ–Ĺ—č—Ö –ī–ĺ—Ä–ĺ–≥–į—Ö ». Mais les sir√®nes infestent les impasses enchanteresses, o√Ļ le malheur guette les meilleurs nautoniers. « Le fort n'a pas besoin de bonheur » - Tourgueniev - « –°–ł–Ľ—Ć–Ĺ–ĺ–ľ—É –Ĺ–Ķ –Ĺ—É–∂–Ĺ–ĺ —Ā—á–į—Ā—ā—Ć—Ź ».

rilke r.-m.
Denn wie das Licht von manchem Sterne lange
im Weltraum geht, bis es uns endlich trifft,
erscheint erst lang nach unsrem Untergange
von unsrem Stern seine entstellte Schrift.

Comme cette lumière interstellaire traverse longtemps l'univers avant de nous atteindre, l'image défigurée de ton étoile ne se dessine qu'après ton départ.
Ne te décourage donc pas à envoyer de la lumière de ton étoile, dans le vide, et apprends à déchiffrer le scintillement des étoiles, déjà éteintes, des autres.

barney n.
Que d'êtres, dans un mot devenu vide, ont enfermé toute leur vie.
C'est moins incongru que, dans une vie trop pleine de niaiseries, sans paroles ni notes, ne plus trouver de place pour un mot sonore.

barney n.
√Čprouver un sentiment, tant qu'il ne rel√®ve d'aucune formule, en √©vitant de lui trouver un nom - ob√©ir √† la puissance de ce qui n'a pas √©t√© dit.
Retarder le mot, c'est s'attarder dans le geste. Le geste, certes, a√®re, mais le mot promet l'ar√īme. Deux voies vers la maturit√© : pourrissement v√©g√©tal ou chutes verbales.

kraus k.
Das Hauptwort ist der Kopf, das Zeitwort ist der Fuß, das Beiwort sind die Hände.

Le substantif est la tête, le verbe est le pied, l'adjectif est la main.
Et le regard en règle - la grammaire vitale et l'acoustique tonale.

kraus k.
Das Fatum hat den Deutschen, f√ľr den Segen gedankenreichster Sprache, mit dem Fluch bestraft, au√üerhalb ihrer zu leben ; zu denken, nachdem er sie gesprochen, zu handeln, ehe er sie befragt hat.

Pour la b√©n√©diction de la langue la plus spirituelle, le destin punit l'Allemand par la mal√©diction de vivre hors d'elle : penser apr√®s lui avoir parl√©, agir avant de l'interroger.
C'est une attitude de po√®te, preuve suppl√©mentaire, que la branche philosophique allemande est une branche de l'arbre po√©tique. Ailleurs elle n'est qu'un treillis d'un graphe m√©canique, dont les gardiens, ou d√©veloppeurs, n'h√©sitent pas √† proclamer : « L'√Ęge des po√®tes est achev√© ; il est n√©cessaire de d√©-suturer la philosophie de sa condition po√©tique ».

kafka f.
Das rechte Wort f√ľhrt ; das Wort, das nicht recht ist, verf√ľhrt.

Le mot juste conduit ; le mot, qui n'est pas juste, s√©duit.
Par le premier on d√©duit des id√©es ; le second, on l'√©conduit aupr√®s du r√™ve. Charme viendrait de carmen - invention, po√©sie, maxime. « II ne suffit pas, que ton po√®me soit joli ; il doit s√©duire » - Horace - « Non satis est pulchra esse poemata ; dulcia sunto ».

bachelard g.
Les mots cachent un verbe. La phrase est une allure. L'imagination est un musée des allures.
Le verbe muscle une phrase et la fait boiter ou danser. L'imaginaire laisse les mots reproduire le rythme, choisi par le guide du mus√©e, le go√Ľt. Et le talent couronne tout, dans une m√©lodie ou une harmonie.

bachelard g.
Les concepts et les images se développent sur deux lignes divergentes de la vie spirituelle.
Les images naissent non pas dans le langage, mais de l'interpr√©tation du discours dans le contexte des concepts ancr√©s dans le mod√®le ; les images se forment en enveloppant les intuitions, les concepts - en d√©veloppant les repr√©sentations. Plus riche en concepts est le mod√®le, plus vaste et profond est le domaine de d√©finition des images. Mais la valeur de l'image r√©side surtout dans la nature de sa d√©viation du mod√®le et dans sa hauteur, dimension absente dans le mod√®le.

benn g.
Am Anfang war das Wort und nicht das Geschwätz, und am Ende wird nicht die Propaganda sein, sondern wieder das Wort.

Au commencement était le verbe et non le bavardage, et à la fin, ce ne sera pas la propagande, mais de nouveau le verbe.
La diffusion évinça en effet la propagation, et le verbe énumératif fit taire tout nom, qui chante au lieu de narrer. Souhaitons qu'au prochain commencement, ce soit le déluge.

spengler o.
Schicksal klingt wie eine Fanfare, ssudjba knickt ein.

Schicksal retentit comme une fanfare, soud'ba s'écroule.
Destin√©e nous sourit. Schicksal nous est envoy√© (la source) ; soud'ba (—Ā—É–ī—Ć–Ī–į) r√©sulte d'une d√©lib√©ration (le proc√®s) ; destin√©e d√©signe un verdict (l'arriv√©e).

musil r.
Worte springen wie die Affen von Baum zu Baum, aber in dem dunklen Bereich, wo man wurzelt, entbehrt man ihrer freundlichen Vermittlung.

Les mots sautent, comme des singes, d'un arbre √† l'autre, mais dans la r√©gion obscure, o√Ļ poussent les racines, leur aimable concours nous manque.
Celui qui, même déraciné, réussit à se débarrasser de singeries des branchages mécaniques se consacre à son propre arbre organique, à ses ombres, à ses fleurs, à sa sève. Et pour ses mots, l'appel du ciel compte plus que le poids des racines.

heidegger m.
Der Mensch spricht erst und nur, insofern er der Sprache entspricht, indem er auf ihren Zuspruch hört.

L'homme ne parle vraiment une langue que dans la mesure, o√Ļ il lui cor-responde, qu'il entende ce qu'elle lui souffle.
La phrase la plus fatale et juste, pour condamner l'aventure de ce livre. Ma sc√®ne est une ruine ; le souffleur, sous mes pieds, a beau remuer ses l√®vres, - mon r√īle ne se lit que dans un regard hors-texte.

heidegger m.
Sprechen ist ein Vorstellen und Darstellen des Wirklichen und Unwirklichen.

La parole, c'est la représentation et la présentation du réel et de l'irréel.
Tous les philosophes attribuent ce r√īle au langage, tandis que celui-ci ne fait que r√©f√©rencer les objets, r√©els ou irr√©els, qui sont d√©j√† pr√©sents sous une forme mentale et non langagi√®re. Parler, c'est √©voquer, indiquer, signaler, viser, attirer, orienter, focaliser, et non - repr√©senter.

wittgenstein l.
Wovon man nicht sprechen kann, dar√ľber mu√ü man schweigen.

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.
Pour un condisciple de Hitler et un serviteur de Staline (avec d'autres Ap√ītres de Cambridge), c'est une sage pr√©caution (prise, avec la m√™me √©l√©gance, par les camarades Kojevnikov et Hemingway). En sens inverse, le silence, peut-il avoir une projection verbale ? - pour chercher « un mot √† l'image du silence » - Celan - « ein Wort nach dem Bilde des Schweigens ». Malheureusement, « l√† o√Ļ manque le verbe, parle l'action » - Goethe - « wo die Worte fehlen, spricht die Tat ». La philosophie serait d√©cid√©ment de la po√©sie : « Le verbe nous manque ; philosopher est dire ce qui ne se laisse pas dire » - Adorno - « Fehlen uns die Worte ; Philosophie ist : sagen was sich nicht sagen l√§√üt » ; tandis que la th√©ologie en serait l'antith√®se : « Nous taire, tel est souvent notre devoir ; car les noms divins manquent » - H√∂lderlin - « Schweigen m√ľssen wir oft ; es fehlen heilige Namen ». Mais pour ceux qui pr√©f√®rent la couleur √† la g√©om√©trie, le chant √† la d√©clamation et la danse √† la marche, bref - l'esth√©tique √† l'√©thique, il reste d'autres √©chappatoires √† l'angoisse devant le silence.

wittgenstein l.
Die Verbindung zwischen Sprache und Wirklichkeit wird allein durch die Worterklärung gemacht. Diese Worterklärung gehört zur Sprachlehre.

La liaison entre langage et réalité n'est faite que par les explications de mots, qui font partie de la linguistique.
Le langage n'a aucun moyen abstrait, pour entretenir une liaison avec la r√©alit√© ; il est esclave du mod√®le ; c'est le mod√®le qui lui dictera l'interpr√©tation de mots. Plus d'autonomie on accorde au langage, plus pi√®tre linguiste on est.

wittgenstein l.
Die Grenzen meiner Sprache sind die Grenzen meiner Welt.

Les limites de ma langue sont les limites de mon monde.
Ce monde ressemble à celui de la Panthère de Rilke, et dont la frontière serait sa cage. Ce monde est clos (comme la maison de l'être), et l'homme est un Ouvert (par le toit ouvert sur son étoile, dans ses ruines). La langue est une généralisation de la logique, donc elle ne s'occupe de la forme, tandis que le monde, c'est un contenu. La langue n'est qu'une machine à interroger les modèles du monde. On étend ses limites en introduisant, dans ses requêtes, de plus en plus de variables et en s'intéressant aux liens, qui ne sautent pas aux yeux. Qui ne sait pas questionner, ne sait pas voir non plus.

wittgenstein l.
Wir √ľbersehen den Gebrauch unserer W√∂rter nicht.

Nous ne dominons pas du regard l'usage de nos mots.
Si, mais c'est l'oreille d'autrui qui ne les entend pas sur le m√™me registre. Et c'est bien le regard qui prouve le poids originel du verbe ; entendre des voix n'y sert, en revanche, √† rien. L'oreille, qui voit (Jeanne d'Arc), ou l'Ňďil, qui √©coute (Claudel), sont des perversions.

wittgenstein l.
Je älter ein Wort ist, desto tiefer reicht es.

Plus un mot est ancien, plus loin en profondeur il pénètre.
Plus un mot excitant oublie l'Ňďil du temps, plus de chances il a de s'√©lever vers la hauteur. Sur cette dimension, le meilleur regard est plus proche de la caresse que de la vision, m√™me si « jamais le champ tactile n'a l'ampleur du champ visuel » - Merleau-Ponty.

wittgenstein l.
Die Sprache ist ein Labyrinth von Wegen.

Le langage est un labyrinthe de chemins.
Dans le langage lui-m√™me il n'y a ni labyrinthes ni chemins ; la structure la plus complexe n'y est que l'arbre syntaxique temporel. L'interpr√®te du langage n'est pas de nature langagi√®re ; les chemins se construisent dans la repr√©sentation sous-jacente, pour former des r√©seaux spatiaux de concepts ou de m√©taphores.

mandelstam o.
–°–Ľ–ĺ–≤–ĺ —Ä–į–∑–ī–Ķ–Ľ—Ź–Ķ—ā —É—á–į—Ā—ā—Ć —Ö–Ľ–Ķ–Ī–į –ł –Ņ–Ľ–ĺ—ā–ł : —Ā—ā—Ä–į–ī–į–Ĺ–ł–Ķ.

Le mot partage le sort du pain et de la chair : la souffrance.
Les rassasi√©s du pain et les blas√©s de la chair l'ignorent. Les esprits les plus sain(t)s souffrent devant le Verbe incurable. La non-assistance aux √Ęmes en danger ‚Äď les laisser en compagnie des seuls mots anesth√©siants.

mandelstam o.
–í–ĺ–ļ—Ä—É–≥ –≤–Ķ—Č–ł —Ā–Ľ–ĺ–≤–ĺ –Ī–Ľ—É–∂–ī–į–Ķ—ā —Ā–≤–ĺ–Ī–ĺ–ī–Ĺ–ĺ, –ļ–į–ļ –ī—É—ą–į –≤–ĺ–ļ—Ä—É–≥ –Ī—Ä–ĺ—ą–Ķ–Ĺ–Ĺ–ĺ–≥–ĺ, –Ĺ–ĺ –Ĺ–Ķ –∑–į–Ī—č—ā–ĺ–≥–ĺ —ā–Ķ–Ľ–į.

Autour de la chose, le mot tourne librement comme l'√Ęme autour du corps abandonn√© mais non oubli√©.
Seules comptent pour le mot comme pour l'√Ęme - l'orbite, sa hauteur et sa trajectoire ; la chose, c'est la pesanteur, et l'√Ęme, c'est la gr√Ęce.

tsvétaeva m.
–°–Ľ–ĺ–≤–ĺ - –Ņ–Ķ—Ä–Ķ–ī–į—á–į –≥–ĺ–Ľ–ĺ—Ā–į, –ĺ—ā–Ĺ—é–ī—Ć –Ĺ–Ķ –ľ—č—Ā–Ľ–ł, —É–ľ—č—Ā–Ľ–į.

Le mot traduit une voix et non pas une idée ni un projet.
Il sait traduire tous les trois, et c'est pr√©cis√©ment leur √©quilibre, autour du mot, qui prouve la ma√ģtrise et la primaut√© du sujet.

tsvétaeva m.
–°–Ľ–ĺ–≤–ĺ –ī–Ľ—Ź –ł–ī–Ķ–Ļ –Ķ—Ā—ā—Ć —ā–Ķ–Ľ–ĺ, –ī–Ľ—Ź —Ā—ā–ł—Ö–ł–Ļ - –ī—É—ą–į.

Le mot, c'est le corps des id√©es et l'√Ęme des passions.
L'id√©e, sans caresse, comme la passion sans hauteur, peuvent se passer de mots, mais, dans ce cas, elles ne conna√ģtront ni le frisson ni les ailes.

montherlant h.
Nos émotions sont dans nos mots comme des oiseaux empaillés.
Des pensées envieuses en ressortent en épouvantails ou en idoles.

montherlant h.
Une pensée prisonnière de son expression n'est pas de la pensée.
Les pens√©es, qui courent les rues, m√©ritent peut-√™tre ce beau nom, mais on ne se fait pas emprisonner pour elles. Ce vieux paradoxe des d√©licats : une belle expression d√©bouche miraculeusement sur de bonnes pens√©es, mais d'une bonne pens√©e √† une belle expression le chemin est tortueux et d√©formant.

j√ľnger e.
Die Worte gehen mit dem Schiffe ; der Ort des Wortes ist der Wald.

Les vocables se meuvent avec le navire ; le lieu du Verbe, c'est la for√™t.
Ce qui s'appelle - dans une for√™t ne pas voir l'arbre, cette incarnation du Verbe ! Devenu inutile comme le m√Ęt d'une √©pave, le fa√ģte d'une ruine ou la Croix du Golgotha.

bataille g.
La po√©sie est le sacrifice, o√Ļ les mots sont victimes.
Quand le feu des autels parvient jusqu'aux dieux, ils accordent aux mots po√©tiques immol√©s des r√©incarnations ou des r√©surrections, dans un genre prosa√Įque. La po√©sie engraisse la prose.

nabokov v.
–ú–Ĺ–Ķ –Ņ—Ä–ł—ą–Ľ–ĺ—Ā—Ć –Ņ–ĺ–ľ–Ķ–Ĺ—Ź—ā—Ć —Ä–ĺ–ī–Ĺ–ĺ–Ļ —Ź–∑—č–ļ, –Ī–Ķ–∑–ľ–Ķ—Ä–Ĺ–ĺ –Ī–ĺ–≥–į—ā—č–Ļ –ł –Ņ–ĺ—Ā–Ľ—É—ą–Ĺ—č–Ļ, –Ĺ–į –≤—ā–ĺ—Ä–ĺ—Ā–ĺ—Ä—ā–Ĺ—č–Ļ –į–Ĺ–≥–Ľ–ł–Ļ—Ā–ļ–ł–Ļ.

J'ai d√Ľ abandonner mon idiome naturel, infiniment riche et docile, pour un anglais de second ordre.
De la révolte du langage, de son indocilité, procèdent de belles contraintes qui, dans notre idiome naturel, seraient vécues comme de banals moyens.

nabokov v.
La plus belle des langues ? Mon esprit r√©pond - l'anglais, mon cŇďur - le russe, mon oreille - le fran√ßais.
C'est selon que vous visiez un tir, un soupir ou un sourire.

borgès l.
Con el decurso de los a√Īos pasamos del franc√©s al ingl√©s y del ingl√©s a la ignorancia.

Au fil des ans, nous sommes passé du français à l'anglais et de l'anglais - à l'ignorance.
Tu te trompes de diagnostic : on y gagne bien en savoir et en pouvoir ce qu'on y perd en vouloir et, surtout, en valoir. On a le savoir, on n'a plus le d√©sir ; d√©savou√©s, Platon qui d√©sire savoir, moi qui sais d√©sirer.

jankelevitch v.
Les mensonges reflètent l'impuissance du langage devant la suprême richesse de la pensée.
Mesur√©e en belle monnaie, que frappe le langage souverain, l'indigence de vos pens√©es les r√©duit √† un minable assistanat. Tout mensonge d'un langage riche contient tellement de variables subtiles, que de sa p√©n√©trante n√©gation naissent de multiples et belles v√©rit√©s, parmi lesquelles se glissent aussi des pens√©es b√Ętardes.

sartre j.-p.
Il faut tout écrire au courant de la plume, sans chercher les mots.
C'est un go√Ľt plut√īt dilettante et d√©plum√©. Il faudrait tout √©crire au courant des mots-griffes, sans chercher la plume-pens√©e ; la v√©ritable holo-graphie est logo-graphie. Ce qui tombe de la plume s√®che vite ; ce que le mot pressurise a des chances de faire venir de nobles liquides.

sartre j.-p.
Pour le poète, les mots sont des choses naturelles, qui croissent naturellement sur la terre comme les arbres.
Le naturel de chacun se d√©termine selon qu'on se sent plus pr√®s des mots ou plus pr√®s des choses. La chose pesant toujours plus, dans ce monde sans balances personnelles de mots, naturel signifiera inf√©rentiel, cro√ģtre - induire l'ordre partiel transitif, la terre - le manuel d'Analyse discr√®te et l'arbre - un cas particulier d'un graphe acyclique.

levinas é.
La pensée est langage et se pense dans un élément analogue au son et non pas à la lumière.
Elle est plut√īt dans l'intonation des m√©taphores que dans l'indication des s√©maphores.

char r.
C'est bien l'arbre qui me parle. Mais il fallait qu'il trouve les mots de mon pauvre langage.
Quand le flux devient un arbre, il est vid√© de ses mots d'origine ; je l'unifierai avec mon arbre et essayerai de comprendre l'union n√©e avec mes mots √† moi.

blanchot m.
Qu'arrive-t-il, lorsqu'on a trop longtemps v√©cu dans les livres ? On oublie le premier et le dernier mot.
Les livres ne sont plus d√©positaires de r√™ves. On y vit, comme partout ailleurs, dans l'inertie des actes et dans la routine des pens√©es. L'interm√©diaire occultant le primordial. Celui-ci ne se devine plus que dans les yeux amoureux, o√Ļ surgissent encore les premiers et les derniers sentiments. La derni√®re source de r√™ves et de mots irresponsables, donc initiatiques ou testamentaires.

merleau-ponty m.
La transformation du mot (qui perd son bruit) en pensée et de la pensée (qui renonce à son invisibilité) en mot est le mystère du langage.
Les plus beaux mystères ne sont pas dans des transfigurations ou conversions, mais bien dans la primauté du Verbe qui, en cherchant l'oreille du Père, sanctifie l'Esprit.

merleau-ponty m.
On peut comparer les relations de l'√Ęme et du corps √† celles du concept et du mot.
La double libert√©, qui les laisse parfois suivre des voies divergentes, la fonction instrumentale du corps, ses caprices ou caresses, qui sont ses m√©taphores ; porter l'expression, mais laisser le souci du sens √† l'√Ęme - le parall√®le est admirable.

merleau-ponty m.
La pens√©e n'est rien d'int√©rieur ; elle n'existe pas en dehors du monde et des mots.
Tu te goures compl√®tement, mon enfant : la pens√©e n'est ni dans le monde ni dans les mots, elle est √† l'int√©rieur du mod√®le, les mots la portent et le monde la re√ßoit.

lec s.
Certains poètes veulent en finir avec la Création et tout enfourner à nouveau dans le Verbe.
Leurs antipodes en finirent avec la R√©surrection en pla√ßant tous leurs vŇďux dans l'Action.

cioran é.
L'illusion, c'est croire aux mots. Cesser d'en être dupe, c'est le réveil, la connaissance.
√ätre dupe des mots, c'est croire, avec les professeurs, qu'√©noncer, c'est repr√©senter. Le mot n'est qu'un outil de dialogue. La connaissance, c'est ce qui pr√©c√®de l'assaisonnement du mot et ce qui s'extrait apr√®s sa digestion ; elle n'en est pas rivale. Trois sortes radicalement diff√©rentes de confiance au mot : admettre qu'il s'inspire d'un beau mod√®le, admirer son harmonie intrins√®que, fabriquer une interpr√©tation de son message. Le savoir, l'art, le savoir-faire. Connaissance des choses vues, connaissance de la vue, connaissance de lunettes.

cioran é.
Tout mot est un mot de trop.
Vivre du superflu (le mot d√©plac√© ou le regard intempestif, unzeitm√§√üig - Nietzsche) fut toujours le privil√®ge des fanatiques subtils et irr√©ductibles, vivant de l'unification des branches charg√©es de feuilles inconnues. « De trop : le seul rapport entre les arbres dont l'arbitraire ne morde plus sur les choses » - Sartre.

cioran é.
Tout persécute nos idées, à commencer par notre cerveau.
C'est bien dans l'exil forc√©, o√Ļ ne les accompagne que notre √Ęme, que nos id√©es s'en remettent √† la v√©ritable r√©volte, celle des mots.

cioran é.
Le langage n'est pas tout, il n'est presque rien. Un Dosto√Įevsky ou un Tolsto√Į n'en ont fait aucun cas.
C'est surprenant de la part de quelqu'un, qui fut capable de ha√Įr un plumitif √† cause d'une intemp√©rance adverbiale. Les bas-fonds de l'homme ou les labyrinthes de l'histoire se pr√™tent au fa√ßonnage presque fortuit, c'est la mesure finale qui compte. Ce n'est pas le cas du fragmentaire qui doit cr√©er l'unit√© de mesure.

cioran é.
Je n'aime pas d√©finir des mots, mais des sensations, des frissons, des br√Ľlures.
Mais ce sont justement des mots, le reste n'est que de mornes idées.

paz o.
√Ārbol de sangre, el hombre siente, piensa, florece y da frutos ins√≥litos : palabras.

Arbre de sang, l'homme sent, pense, fleurit et donne des fruits insolites : les mots.
Je n'aime pas le mot d'une saison, même de la plus fructueuse. Je lui préfère le mot d'un climat sachant unir racines et cimes.

foucault m.
Expulser tout ce qui peut rappeler la force humaine, pour établir le règne des mots.
Le mot s'intronise par un coup de force bien humain, mais doit rappeler la faiblesse humaine, expulsée des vocabulaires.

baudrillard j.
Le pire, c'est quand la pens√©e et le langage vont le m√™me train : l√† commence l'ennui.
Aux bals de l'écriture, c'est le mot qui mène la danse, et dans les figures les plus aristocratiques sa cavalière, la pensée, n'est enlacée que d'un regard discret et amoureux. Hors musique leurs pas ne parlent que caserne ou cuisine.

baudrillard j.
Il faut que les mots soient livrés à la prostitution sacrée.
Se soumettre aux caprices des dieux ivres. Ne pas former de famille en s'acoquinant avec une id√©e. Familles de pens√©e catin, je vous hais !

derrida j.
L'écriture se déplace sur une ligne brisée entre la parole perdue et la parole promise… Le jardin est parole, le désert - écriture.
La bonne √©criture, pour mieux garder sa face, gomme sa trace (sacrifice de la profondeur-pesanteur au b√©n√©fice de la hauteur-gr√Ęce) ; elle se concentre dans la brisure du pointill√©. Le d√©sert de l'√©criture hors pistes garde les mirages, ces jardins des mots, o√Ļ l'on chutait, priait, expirait.

steiner g.
It is this break of the covenant between word and world which constitutes one of the very few genuine revolutions of spirit.

La rupture de l'alliance entre mot et monde constitue une révolution authentique de l'esprit.
On a tout simplement compris, que dans le genre descriptif le journaliste est en train de surclasser Hom√®re ; tandis que les alliances avec des dieux se rar√©fient, et les voyages lointains n'apportent que des am√©liorations √† la technique de tissage. Toute belle H√©l√®ne devint patiente P√©n√©lope.

steiner g.
Le mot n'est pas un miroir, mais une fenêtre, pas le reflet en surface, mais une ouverture.
Il n'est pas dans le b√Ętiment pratique, mais dans l'architecture de l'utopique.

debray r.
L'Incarnation a pris le pas sur le Verbe ; et l'intonation sauve le discours.
Oui, les actes, comme datations et nommages, sont ennemis du vrai Verbe, qui est d√©sincarn√©. Le charnel de l'Incarnation et le spirituel du Verbe devraient s'ordonner par le rituel de la Grammaire. L'incorporation des esprits ou l'incarc√©ration des chairs repoussent du Verbe et font chercher des Incarnations de passage. Les choses m√™mes se pr√™tent √† tenir le discours d'aplomb, mais c'est bien l'intonation qui en donne la hauteur. Le salut, lui, viendrait tout de m√™me d'en haut, non ?